Lee coupé

Publié le par arbobo

Il y a des saisons pour les nécrologies. En dehors de la toussaint, le 31 décembre est souvent l'occasion de faire la liste des disparus célèbres et de rendre hommage à certains. Pour les arts, l'autre moment-souvenir est la remise des prix (les Césars, les Victoires...). Et puis, il faut bien dire, l'été il ne se passe parait-il jamais rien alors la presse en profite pour évoque des sujets légers comme, au hasard, kikémortcettesemaine ? 

A ce jeu hilarant, la bonne réponse change chaque semaine, du moins ça devrait si c'était bien organisé, parce vous connaissez les vedettes, dès qu'on commence à parler de l'une d'elle, toutes les autres rappliquent. Le cimetière, dernier endroit à la mode où l'on cause.... de vous.

tonywilson.jpgComme chaque été, la moisson a été copieuse pour la grande faucheuse, qui nous a raflé d'immenses hommes de cinéma, Antonioni, Serrault, Bergman. Mais aussi de grands noms du rock,  un art où l'on part sensiblement plus tôt qu'au cinéma. Coup sur coup là encore,
Lee Hazlewood  et Tony Wilson ont débranché leur Teppaz. Ainsi que Max Roach, passé directement des timbales à la pierre tombale.

Deux générations musicales, deux hommes très différents.
Tony Wilson, même pas 60 ans, fut le dirigeant comblé du label anglais Factory, un label parmi les plus importants dans l'histoire du rock indépendant, publiant parmi les plus grands, Joy division, New Order, OMD, A certain ratio, Durutti column, ou les Happy mondays. Je n'y reviens pas plus longuement, j'ai parlé de Factory sous un autre angle il n'y a pas si longtemps

Lee Hazlewood fut un des hommes des années 60-70 comme Tony Wilson fut celui des annés 80-90. Une bonne tête, agrémentée d'une moustache qui, à l'époque, était de bon goût, et surtout, surtout une voix splendide. Mais si beaucoup de gens ont déjà lu son nom, plus rares sont ceux qui en possèdent des disques. Musicien accompli, auteur-compositeur, il est surtout connu pour ses disques avec
Nancy Sinatra, dont le père avait supervisé la rencontre. 
Il en ressortit notamment un duo de toute beauté, Some velvet morning. Ici les deux voix se marient comme par enchantement, la voix claire et pop de Nancy combinée à la profondeur de celle de Hazlewood. L'ensemble y gagne en épaisseur, et dans cette ambiance fantasmagorique on croirait presque entendre le meilleur Scott Walker.

leehazlewood-rip.jpgMerci donc à Christophe de Pop-hits, qui a eu la riche idée de m'offrir un DVD de Nancy Sinatra (Movin' with Nancy, 1967), dans lequel on le retrouve en duo avec Nancy sur Some velvet morning, mais aussi sur Jackson, qui fut un titre mythique du couple Johnny Cash-June Carter, avec qui ils ont failli chanter.

Je suis loin d'être le premier à parler de Hazlewood, alors je vous invite à consulter le très bon
billet de la blogothèque sur son duo avec Nancy, et les interviews très riches citées en annexe. Quant-à Libé, ses nécros d'artistes sont restées d'une qualité intacte, par miracle, y compris celle de Hazlewood.

D'ordinaire, dans le rock la renommée posthume touche plus les jeunes morts (Jim Morrison, Jimi Hendrix, Nick Drake...). Lee Hazlewood a bien gagné sa vie, mais sans être un nabab, et surtout sans jamais accéder au rang de star. Sans revenir en détail sur les bios que j'ai mises en lien, il fut tout de même l'un des premiers promoteurs du rock'n'roll, et l'un des meilleurs songwriters des années 60, même si l'ombre de Burt Bacharach écrase un peu tout le reste. Lee Hazlewood allait sur ses 80 ans, autant dire qu'il avait 15 à 18 ans de plus que les Stones, les Beatles, ou Bowie. 

nancy-and-lee.jpgLorsqu'il rejoint le clan Sinatra en 1966 pour apporter de bonnes chansons à Nancy, les Kinks ont donné le meilleur d'eux-mêmes mais les Beatles, les Stones et les Beach boys commencent tout juste à sortir leurs grands disques importants. Hazlewood est alors au top de son talent. Il aurait pu tout balayer, régner sur la pop (le concept de pop-rock n'existait pas encore) en y attirant le public rock, jouer de sa proximité avec Leonard Cohen...

Hazlewood a eu une carrière cool. Sans les inconvénients du star system et sa compétition féroce qui a épuisé tant de groupes (Beatles) ou en a rendu fou d'autres (Brian Wilson jamais remis d'avoir approché la perfection). Sans ramer comme un damné pour gagner sa croute (rien qu'avec les royalties de these boots are made for walking il aurait pu se laver les couilles au champagne tous les jours).
Malgré ces duos qui ont rendu son visage et sa voix familiers, ses disques solo, généralement épuisés, n'ont pas connu le succès.

La touche Hazlewood, elle tient dans un triptique écriture-voix-son. Une écriture si juste qu'elle se prête volontiers à la reprise. Mais des reprises pas comme les autres, ainsi de Some velvet morning, repris par Primal scream avec au chant la sulfureuse Kate Moss. Pas difficile de lui préférer la version de 2 déjantés subtils, deux iconoclastes géniaux,
Nick Cave et Lydia Lunch.
Sa voix, profonde et bien timbrée, me fait l'impression d'avoir inspiré
Scott Walker, considéré comme un des plus grands chanteurs des années 60 (je ne suis pas fan de ses disques récents). Cette voix, la production l'enrichit encore en lui mettant un maximum d'echo, effet rarement poussé aussi loin, qui lui donne un côté étrange.

Dans cette magnifique vidéo, vous admirerez l'immense palette du sombre moustachu. D'abord, la mélodie est toute entière dévolue à la voix, l'accompagnement est discret (dans These boots, les premières mesures de guitare, elles, sont prenantes et entêtantes à souhait).
Son chant, ensuite, varie subtilement, à des finales très sèches, brutales, succèdent des notes étirées, plus douces.
Et le rythme, bon sang, le rythme, il varie sans cesse autour d'une métrique basique, et c'est le chant qui porte tous ces changements, le plus frappant étant le refrain de Nancy, qui nous fait basculler de la complainte country à la ritournelle d'enfance, et l'on retombe sur nos pieds l'air de rien. C'est du grand art. Régalez-vous.

 

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Christophe 29/01/2012 17:16


Des
reprises de cette chanson sublime par El Klako bang bang !

arbobo 18/08/2007 14:48

enfin une explication claire ^^pour les paroles, faut que je les réécoute, il parle d'une Phedre qui lui a donné la vie, et l'album s'intitule fairy tales and fantasies

Djac Baweur 18/08/2007 14:25

Hoo, en effet, exemple rare en variétés de mesures composées !! :o)
Quand c'est le monsieur qui parle, on est à deux temps binaires (1-2 / 1-2 / etc...), et quand c'est la dame on est à deux temps ternaires (1-2-3 / 1-2-3 / etc...), la sous-pulsation ne variant pas, mais juste l'organisation de celle-ci en groupe de deux ou trois. C'est la même chose que ce que j'explique dans mon article sur Bartok (http://djac.baweur.over-blog.com/article-11191304.html), et c'est le même truc que le take five de Dave Brubeck.
Simple mais efficace !
Et là, la symbolique me semble claire : le mec est binaire (les mecs sont cons), la fille est ternaire (les filles sont chiantes).
;o)

arbobo 18/08/2007 00:49

merci musum :-)le spécialiste veille au grain

musum 18/08/2007 00:06

pour lee hazlewood : http://www.socadisc.com/catalogue.php?search=lee&searchin=cata_artisteen permanence en stock  a corbeil essonnes  ;-)et puis quand même : http://www.youtube.com/watch?v=BXyBeaEK3lE&search=einsturzende%20neubauten