Keren Ann en scène

Publié le par arbobo

Une trompette fantomatique perce la brume. Avishai Cohen aura habité avec classe cette tournée de Keren Ann. D'un son clair aux reflets de Miles Davis, à des effets électronique rythmés par le pied sur la wah-wah, il en fait voir de toutes les couleurs à ses morceaux.

Je recommence.

2007-1210kerenann-pointepheme136.JPG Une voix claire traverse l'obscurité, porte vers nous a capella la toute première bossa nova. Bouclant la boucle, Keren Ann revient au genre qui l'a fait connaître il y a une douzaine d'années. Et nous laisse, regards pétillant et sourire désarmant, avec un amical "bonne nuit".

Je reprends.

C'était un concert rock.
Deux concerts rock, en vérité, à 2 jours d'intervalle. Keren Ann n'entre pas dans les cases, "forcément ça dépasse", puisque rock ne prend que 4 lettres. Malgré la trompette, la bossa, ce concert aura été rock de bout en bout. Guitare en main, voix pleine, assurée, Keren Ann nous emmène. 

Je poursuis.
Keren Ann sait tout faire, et du coup aura mis bien du temps à dissiper l'hypothèse "nouvelle scène française" qui pesait sur elle. Oh, elle en a fait aussi, de la chanson, mais c'est tout de même un personnage rock. Keren Ann, prononcez-le vite et vous tomber sur un cairn, ces édifices de pierre, de rocs, qu'on trouve en montagne. Voilà qui tombe bien, elle vit désormais au nord d'Israël, région montagneuse.

Encore. 
Dans la tristesse ou la fête, Keren Ann garde une forme de paix, de plénitude, et couve d'un regard bienveillant son public aux anges. Cette infime retenue, ce léger quant-à-soi de cette femme si chaleureuse pourtant, le garçon qui habite chez Ama-L lui en a voulu. Elle n'a pas, c'est vrai, l'abandon de soi qui fait souvent la sève du rock, des Stooges à the Gossip. Mais ne vous y trompez pas, l'ambiance n'est pas feu de camp et chamallow grillés.
Au contraire, l'ouverture sur un Nolita plus déchirant que jamais me serre le coeur. Il a toute la dureté, la noirceur de Lady & bird, et j'y vois une manière de nous dire que, sous la distance apparente, elle nous chante à coeur ouvert.

C'est un régal de voir Keren Ann à la guitare, et les photos du concert vous prouveront qu'elle était vraiment "dedans". En prenant la basse, elle nous vanne d'un excellent "on se sent tout de suite cool avec une basse" qui a du faire se bidonner les amateurs de funks s'il y en avait dans la salle.
C'est la basse, justement, qui booste un For you and I groovy en diable, où elle nous fait claquer les pognes en scandant "in the bucket". L'expression, fourre-tout par excellence et qui peut aussi bien dire "dans le mille", se prête en effet aux claquements laudatifs. Il faut dire que Keren Ann est toujours entre deux langues, sinon trois. Elle charie Avishai Cohen, splendide trompettiste déjà présent sur son dernier album, en lui demandant en français au rappel "ils t'ont manqué n'est-ce pas?" Et comme il fait la moue elle se marre avec nous "you should have guessed the other way".

2007-1215kerenann-cafedanse36.JPG Elle est toujours entre deux anglicismes, et nous laisse sur une note brésilienne, mais nous dit aussi son plaisir de jouer à Paris. Et on la comprend car si le Café de la danse est une salle agréable, la bonne surprise vient du Point éphémère dont le son est excellent, chose trop rare dans la capitale.
Elle y a choisi des invitées somptueuses. Ama-L vous a parlé de la soul dépouillée de l'anglaise Adele, sur qui on peut miser gros. Mais elle a aussi fait 2 dates ici avec son amie new yorkaise Dayna Kurtz. Elles feront d'ailleurs deux rappels ensemble, dont une version de sloop John B arrangée par Dayna. Magnifique Dayna Kurtz, qui m'a tiré des larmes sur I belong to the wind, reprise d'un "titre perdu" de 1962.
Sloop John B, vous en connaissez sans doute la version des Beach boys sur Pet sounds, mais c'est l'adaptation d'un titre caribéen. Alors on ne s'étonnera pas que Keren Ann reprenne big yellow taxi, écrit par Joni Mitchell lors d'un séjour... dans les caraïbes. Transformé ici en rock 80s, il confirme les acointances de Keren Ann avec les musiques du sud.

La compositrice de grande classe est devenue arrangeuse de talent. Et l'arrangeuse s'est muée en très belle chanteuse. Cette voix plus en confiance, plus puissante, qui vient nous chercher sur le dernier album avec grâce, on la retrouve, plus belle encore, sur scène. Certains en ont peut-être été surpris, mais pour avoir assisté grâce à Ama-L à une session radio, je savais à quel point Keren Ann est aujourd'hui une chanteuse accomplie. Mais ça, pour vous en rendre compte, il faudra la voir sur scène. Je vous recommande à ce sujet son concert à emporter pour la Blogothèque.
Elle revient en tournée début 2008 ^^

 

Publié dans concerts

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arbobo 21/12/2007 20:19

j'ai corrigé le lien, vous pouvez maintenant entendre I belong to the wind par Dayna kurtz :-)

rififi 20/12/2007 22:51

peut-être qu'elle a changé ses titres sur sa page Dayna Kurtz, parce qu'il n'y a aucun de ceux que tu cites, mais c'est pas grave, on peut quand même l'écouter. Ça a un petit côté country mélancolique que j'aime bien.Tu n'es pas vraiment sorti du concert de Kerenn Ann on dirait, il repasse en boucle  ;-)

Ama-L 19/12/2007 20:53

Flûte alors, j'ai raté une reprise de Sloop John B :-/Bon, j'irai écouter Dayna Kurtz dès que j'aurai le temps...

arbobo 19/12/2007 11:01

précision, ce que j'appelle ici abusivement "la 1e bossa nova" (ce qui est à peu près vrai) est Manha de carnaval,tirée de l'Orfeo negro de Tom Jobim, adapté au cinéma par le français Marcel Camus (palme d'or 1959)