Pansoul, comme au premier jour

Publié le par arbobo

pansoul_motorbass.JPGCe disque a tout changé, et pourtant le grand public l'ignore. J'écoute rarement les disques que je préfère (à quelques exceptions près, comme Smile de Brian Wilson), car je les réserve pour des moments rares et pleins.

En l'occurrence c'est bon signe si j'écoute rarement Pansoul de Motorbass. Ce disque, sorti en 1996, a d'abord eu un petit succès d'estime, et son tirage limité a été écoulé en quelques mois. Puis il resta introuvable une dizaine d'années. Pendant cette absence des bacs des disquaires, son influence grandissait dans le milieu musical, au point d'en faire un disque culte. Ecoutez Les ondes :


D'autant plus vénéré qu'il est sans lendemain. Etienne de Crécy a poursuivi sous son nom (Tempovision) et celui de Superdiscount, tandis que Philippe Zdar (également producteur remarquable) est passé à un autre duo pour faire des cartons planétaires au sein de Cassius. Deux belles carrières, dont Motorbass a été la première remarquée.

Chaud et dur, caressant et angoissant, liquide et atmosphérique, Pansoul a ouvert des portes dont beaucoup d'artistes rêvaient. A l'époque où la presse mondiale présentait comme une école cohérente la French touch, Pansoul resta le grand oublié alors qu'il fut aussi influent que, dans leur genre, Daft Punk ou les premiers single de Air.
Avant ce disque, l'électro n'existait pas tout à fait, et les réussites sur 1 titre n'avaient pas encore été confirmées sur la longueur d'un album. Bande son idéale d'un rêve étrange et pénétrant, Pansoul fusionne soul, abstract, ambient, donna sa plus belle incarnation à ce que l'on appela de manière éphémère le trip-hop. Trip-hop dont la France émoustillée ressentit les premières secousses, grâce au label d'exception Source. Sourcelab, compilation qui révéla Air (encore au stade de projet solo), Bazbaz ou La chatte rouge (vaste programme), ce premier volume (suivi de 2 autres) n'est pas de ceux qu'on oublie. Mais les titres de Pansoul prennent toute leur ampleur dans l'album, un de ces rares disques construits de bout en bout avec une progression, une scénarisation qui vous aborde calmement pour finalement vous faire danser sur des rythmes arides et prenants.

Les enchainements sont d'ailleurs magnifiques. J'adore en particulier la manière dont Ezio nous entraine dans un beat très binaire, avec des claquements de main qui se décalent insensiblement jusqu'à devenir une contre rythmique perturbante. Quant-à Flying fingers, hypnotique, ou Pariscyde à vous accélérer n'importe quel film, leur efficacité est intacte. Le plus impressionnant est la force évocatrice de chaque morceau, la puissance visuelle qu'ils dégagent, qui vous donnent envie de revoir Ghost in the shell et Blade runner d'une traite, car ils partagent avec eux une poésie et une modernité qui ne subissent pas l'érosion.
sourcelab.jpgCurieusement, le mélange Zdar-de Crécy a donné une fusion très riche, pas seulement techno mais aussi assez poétique et ésotérique, alors qu'en solo ou au sein de Cassius ils ont chacun développé un côté ultra-dansant avant tout (Tempovision, de de Crécy, s'en approche seulement par intermittence). On se surprend à se demander s'ils n'auraient pas pu devenir de sérieux concurrents pour Massive attack.

On mesure aujourd'hui la présence de Pansoul, ou plutôt son avance. Le mélange est inédit. Les ingrédients, connus. D'abord une électro aux notes longues, orchestrée de manière minimale, privilégiant les notes planantes au clavier. Ensuite un beat, très métallique, chargé d'écho, qui s'installe tardivement mais pour ne plus vous lâcher.  Le son, encore, un son à la fois très mat et minéral, et pourtant très liquide en même temps. La voix, elle nous rappelle que l'électro ne cultive pas le chant comme la pop, elle est triturée par des effets, les paroles sont presque utilisées comme des arrangements, quasiment comme les extraits de films (ou pseudo extraits) devenus un gimmick électro. Pansoul, c'est un de ces disques grâce auxquels on a pu entendre par la suite ceux d'Alpha, de Boards of Canada, plus récemment de Burial, voire de Tujiko Noriko dont je vous parlais récemment.

Je ne vais pas vous dire que c'est "la" matrice, mais certainement un des quelques disques disques qui ont ouvert l'horizon ambient vers de nouvelles contrées. Autant dire qu'en plus d'être un grand disque, c'est un disque important. Mais venant de Zdar et de Crécy, ça n'a rien de surprenant.

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arbobo 21/03/2008 00:07

que voulez vous, mon meilleur ami est un branleur ^^
 
(en fait, je crois que les autres aussi, mais ne leur dites pas)

Christophe 20/03/2008 19:58

Bon, ne me fésez pas dire ce que je n'ai pas écrit : Daft Punk est pas mal, mais c'est finalement assez moyen. J'aurais préféré qu'ils baclent 80% de leurs albums au profit de quelques pépites, comme Justice a su le faire (ou même finalement Stardust, preuve qu'ils en sont capables partiellement). Trop léché, réfléchi, lustré du slip au pliz, on dirait qu'il faut mettre les patins pour écouter et apprécier.
Un truc de vioques quoi. Z'avez qu'à demùander aux danseurs de Tectonik si ça les fait bander ces albums frigides qu'on apprécie surtout dans son canapé, au boulot ou en bagnole mais totalement IN-DAN-SABLES sur piste.
Et pas de mauvaise foi en réponse hein !
n8m

arbobo 19/03/2008 17:40

pas exactement le même style, je préfère aussi nettement daft punk (discovery, excellent en effet!) à superdiscount, qui est très techno.motorbass c'est encore autre chose, ni l'un ni l'autre, le morceau en écoute donne un assez bon aperçu du reste de l'album.

Ama-L 19/03/2008 17:34

"Daft Punk, techniquement c'est bon."Qu'est-ce qu'il ne faut pas lire :-/Dans les trucs que je réécoute sans lassitude il y a quand même ce petit monument qu'est Discovery, dont on peut dire plein de trucs (putassier, plein de sucre et de gras, efficace comme une division de blindés et totalement emballant) mais certainement pas que c'est "techniquement bon, mais c'est tout".Christophe, encore une erreur comme ça et je t'expédie un colis piégé ^^Ah oui, le sujet de l'article c'est Motorbass. Désolée je connais mal, j'ai vraiment découvert de Crécy avec Superdiscount. J'aime bien, mais pas autant que les deux zigotos sous leur casque de motard ;-)

Christophe 18/03/2008 11:32

Nan nan, je parlais du chichitage pour ces groupes techno français qui se sont enfermés dans une posture et on davantage bricolé qu'innové. Alors que de Crécy et Zdar, nonbstant des réussites variables, ils n'ont pas confirmé dans Motorbass mais en faisant autre chose. C'est plus ça que je dis.

Daft Punk, techniquement c'est bon.

Mais c'est tout ^^.

Enfin, le pur trip-hop est surtout anglais, mais ce sont les mêmes références finalement entre la french touch française et le trip hop bristolien : BOF françaises et italiennes des 60-70's, infra basses voluptueuses, rythmes troublants et roulants. Donc.

aes