Le bal de Vampire weekend

Publié le par arbobo

la petite sensation underground se transforme progressivement en petite bête qui monte, qui monte...

vampire-weekend-album.jpg Jugez plutôt, Technikart les mentionne en couverture, le très influent webzine Pitchfork (ma bible anglophone) leur a attribué 8,8 sur 10 (note remarquablement élevée), Magic les interviewe... et ça ne fait que commencer.

Est-ce mérité?
Dans la mesure où Ama-l et moi avons crié partout, après les avoir vus, qu'on les adore, ma première réponse sera donc "c'est mérité". L'engouement pour des groupes à la fois bons, frais, et qui ne sont par des produits marketting conçus par une major, est rassurant et fait franchement plaisir à voir. Lorsque je vois Bat for lashes dans quasiment tous les classements 2007, et sélectionnée pour toutes les récompenses anglaises, je suis heureux. En France, les succès réels d'Alela Diane, de the Do, et celui tonitruant de Yael Naïm, sont de bonnes nouvelles.
Si j'ai l'impression d'être submergé par la vogue Vampire weekend, c'est sans doute tout bonnement parce que je passe mon temps fourré dans la presse et la blogosphère spécialisées ^^.
 
Mais il reste à expliquer pourquoi. Car si je compare avec d'autres groupes, il est certain que le dernier concert  d'Okkervil river était génial (un bonheur rare!) alors que celui de Vampire Weekend n'était "que" très bon et réjouissant. Mais ces derniers débutent, je les ai vus alors qu'ils n'avaient encore qu'un 45t à vendre, tandis qu'Okkervil a une longue carrière.
Je ne cherche pas à réduire les mérites de Vampire weekend, seulement c'est encore un groupe jeune, qui n'a pas fini de s'améliorer, et je ne voudrais qu'à force de louanges on créée la déception chez ceux qui iront les voir à leur prochain passage.
 
vampire weekend  

La fraîcheur, voilà un mot qui revient sous toutes les plumes à propos de ce quatuor, au point que j'ai un peu de honte à l'employer à mon tour. A force de le sortir, on va finir par les faire passer pour le backing band des bisounours, alors que ce n'est pas de ça qu'il s'agit. C'est avant tout la meilleure surprise de l'hiver 2008 (et un excellent groupe de scène).

Cette fraîcheur vient du dedans (comme le bifidus), mais aussi du contexte. Leur musique tranche sur ce qui se fait depuis des années, elle n'est ni rock-rock, ni années 80, ni groovy pour le dancefloor, ni électro, et encore moins new wave.
Surtout pas en effet car ce groupe est éminemment pop, une pop au son extrêmement ouvert. Au sens strict, par les sonorités claires et une production qui laisse beaucoup d'air entre les instruments. Et musicalement, par son mélange de pop anglaise et de guitares africaines, matinées d'une énergie punk joyeuse et indolore. Car l'innoncence de Vampire weekend est telle qu'elle a banni toute violence, leur pop est à la fois musicalement honnète et pour les 7 à 77 ans.

vampire-we.jpgDepuis quelques temps circulait sous le manteau la "démo" de Vampire weekend. Démo, donc des versions de travail, inachevées ou n'ayant pas bénéficié de conditions d'enregistrement professionelles. D'ordinaire, je préfère les versions définitives, si les musiciens parlent de "démo" ce n'est pas pour rien, et ce serait du snobisme de préférer les ébauches au résultat final. Pourtant j'ai quelques réserves sur une partie du disque, le vrai, l'officiel qui sort en France mardi 26 (après une sortie américaine en janvier).
Le début de M 79 résume le problème. Accueilli par des cordes années 80, vous vous demanderez quelques secondes pourquoi le Rondo venezziano est venu squatter ce disque comme une mauvaise pub. Le morceau s'améliore progressivement, mais l'utilisation des cordes, récurrente sur le disque, n'est vraiment pas à la hauteur.
Péché de jeunesse? On le saura un jour, l'essentiel étant que le disque reste bon malgré cette faute de goût (ou cette faiblesse d'arrangements, comme on voudra). On se régalera tout de même, sans se forcer, avec Oxford comma (et son excellent pont à la guitare), le rythme irrésistible de A-punk (en fait un ska doux et dansant), ou les subtils relents d'Angleterre 80s de I stand corrected. Mais c'est Cape Cod kwassa kwassa qui reste de loin mon préféré, construit tout en contre-temps. Signe qui ne trompe pas, the Walrus nous fait déjà écouter un remix de ce titre.

Au risque de me facher avec tout ou partie du groupe, l'axe fort est constitué du binôme chant-guitare (Ezra Koenig) et batterie (Chris Tomson). C'est de là que viennent l'originalité et la force des morceaux, dont les rythmiques imparables vous tirent immédiatement sur la piste de danse. Et le charisme d'Ezra est un atout maître.
Si l'on ajoute à cela un grain de voix intrigant, et un mélange savoureux d'Angleterre et d'Afrique, on tient bel et bien un cocktail gagnant. Les paroles de Cape Cod kwassa kwassa font allusion à Peter Gabriel, grand promoteur des musiques non occidentales avec son label Realworld, mais une dédicace à Ali Farka Touré ou à Fela n'aurait pas fait de mal. Je chipote, mais ce détail insignifiant révèle que leur musique est avant tout tirée de la pop anglaise (Housemartins, Smiths), et que s'ils aiment aussi la musique africaine il n'y a pas à y voir une position politique.

Vampire weekend ne révolutionne pas la musique, mais ce qu'ils donnent avec simplicité et générosité nous séduit. J'imagine d'ici les jeunes parents mettre leur disque le dimanche matin, avec tout le monde qui saute joyeusement, petits et grands.
J'ai beau aimer le punk, le funk gras ou l'électro minimaliste, être capable de rassembler est aussi une vertu. Si la gentillesse et la légèreté de ces quatre garçons confirment l'aphorisme "les gens heureux n'ont pas d'histoire", on est bien content d'être tombés sur eux.

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G.T. 04/03/2008 00:22

OK, je vais tenter à nouveau, "avec modération". D'autant plus que je vois parfaitement ce que tu veux dire... c'est un "vrai problème", car un même album, si on le découvre par hasard, on peut trouver ça vraiment très bon et être heureux de cette bonne surprise... s'il a été survendu et encensé, on peut se dire "tout ça pour ça", et être très déçu...Mais bon, pour Vampire Week-End, je crains tout bêtement... que ce ne soit pas mon truc ! :-) 

arbobo 02/03/2008 11:54

ça, c'est le problème des albums sur-vendus,ça créée généralement chez les auditeurs de notre genre de la prévention plutôt que de l'attirance.essaie par petits bouts, Cape cod kk et Mansard roof par exemple :-)Je m'aperçois que ces morceaux anodins, finalement, me laissent leur mélodie dans la tête.

G.T. 02/03/2008 02:07

J'ai écouté une fois l'album... mais je ne comprends pas vraiment l'enthousiasme qu'il suscite. Enfin, je lui donnerais peut-être une seconde chance...

arbobo 27/02/2008 21:59

l'imperméabilité à la mode est une bonne chose.j'ai découvert une jeune écossaise totalement craquante, qui n'aura peut-être pas le succès de vampire weekend mais dont je vous causerai prochainement :-)parce que les belles surprises ne viennent pas toutes de new york (même si la hype VW-E n'est pas usurpée) :-)

lyle 27/02/2008 21:18

Vampire Weekend...m'ennuie...