Les pages concert : quand la presse se fait tourneur

Publié le par arbobo

Avant il y avait les organisateurs de concerts. Et il y avait la presse. Aujourd'hui, les deux se mélangent.
Je suis trop jeune pour parler des 70s, et de plus je ne vais régulièrement en concert que depuis peu, mais j'ai l'impression que c'est plus fréquent que par le passé. J'ignore si les journaux qui se prêtent à l'exercice y gagnent de l'argent, la seule certitude est qu'ils y gagnent en affichage. Pour un public "indé", la presse est clairement devenue un acteur important de l'organisation de concerts.

D'ailleurs hier soir Libération invitait ses lecteurs au Social club (ex-Tryptique) pour écouter Barbara Carlotti et Arman Méliès (et c'était bien). Entrée sur simple présentation du coupon pris dans les pages du quotidien, on est donc bien dans une prestation faite aux lecteurs.

Plusieurs explications se téléscopent.
La première est économique. La vente de magazines (ou de quotidiens) papier est fragile, et la multiplication des blogs -comme le mien par exemple- soyons clairs, contribue à cette fragilité. Après tout, une fois qu'on a trouvé un blog en accord avec ses goûts, même si son contenu est moins riche qu'un magazine il suffit largement à ce que nous achetons. Admettons que 2 articles sur 3 que je publie sont consacrés à un disque/concert/artiste, cela fait déjà plus d'un achat potentiel par semaine.

La seconde est affinitaire. Nous aimons la musique, nous en parlons, nous annonçons les concerts et y allons, donc rien d'étonnant à ce que nous en organisions avec des artistes que nous souhaitons défendre.

Les Inrocks (eh oui, toujours eux) ont lancé le mouvement dans les années 80. D'abord en fournissant des CD à leurs lecteurs de plus en plus fréquemment, poussant les nouveaux concurrents à systématiser cette pratique (Vibrations, Magic, Tsugi, fournissent chaque mois un CD gratuit ou des titres à télécharger). Je reviendai bientôt sur cet aspect de la question. Ensuite, en organisant à Paris le festival de musiques indé qui y manquait, le festival des Inrockuptibles, qui vient de fêter ses 20 piges, et qui avec le temps est devenu un festival nomade (tout comme Les Femmes s'en mêlent, qui se déroule dans plusieurs villes). Rock en Seine, lui, n'a qu'une dizaine d'années, tandis que les grands rendez-vous étaient jusque là en province (Transmusicales de Rennes, Printemps de Bourges, les Eurockéennes de Belfort étant créé à la même période que les Inrocks et d'autres étant encore plus récents).

La troisième explication est... économique encore. Dans un contexte de baisse des ventes de disques, les majors se concentrent sur les artistes qui rapportent le plus, que ce soit en concert ou sur les enregistrements. L'annonce de EMI que leurs artistes les moins rentables seraient prochainement virés en préfigure peut-être d'autres tout aussi accablantes. Du coup, des artiste de taille moyenne (quelques petits milliers d'albums), bénéficiant d'une couverture de presse et ayant trouvé un public, doivent se débrouiller sans l'appui des grosses structures qui les distribuent. En dehors des radios, la presse est une partenaire logique malgré son propre manque d'argent. Ils ont des intérêts communs, et les majors ne prennent pas de risque.

Aujourd'hui, Tsugi organise surtout des soirées, qui sont plus dans sa logique, mais s'y produisent notamment comme DJ des artistes chroniqués dans ses pages. Magic! et le petit nouveau Voxpop (qui commence sérieusement à m'intéresser) organisent aussi des concerts. J'ai vu Au revoir Simone dans une soirée labelisée Magic, et ce printemps Voxpop est de la partie pour faire venir Shack puis les Mabuses. Vibrations, de son côté, est basé en Suisse alors que son lectorat est majoritaire hors de ce pays, ce qui en fait un cas à part.
Pendant ce temps là, les Inrocks accentuent leur avance en faisant vivre un rendez-vous mensuel, itinérant comme le festival de novembre. Ces Inrocks indie club permettent de découvrir des artistes émergents (3 ou 4 par soir), français et étrangers. Elles se tiennent actuellement à la Maroquinerie (qui fait le plein de ses 500 places) car le Nouveau Casino était devenu trop petit pour les accueillir !
Les "nouveaux" média ne sont pas en reste, voyez plutôt la dernière "soirée à emporter" de la fameuse Blogothèque au Point éphémère.

Vous me direz, voilà qui est dramatiquement centré sur Paris. A voir. Les Inrocks sont itinérants, tout de même. La difficulté est d'avoir un moyen de diffusion local qui touche suffisamment de monde pour remplir une salle à coup sûr.
A ce jeu, la presse et les radios locales doivent souvent s'associer à des organisateurs de métier, ou s'allier à des associations. Mais je suis preneur des exemples réussis que vous pourrez me citer. Je ne doute pas qu'il en existe.

A l'étranger, l'exemple le plus frappant est celui de Pitchfork. Ce webzine américain (qui n'a pas de version papier), devenu au fil des ans la nouvelle bible mondiale des amateurs de musiques "indé", a lancé l'an dernier son propre festival, à Chicago.
Au menu en 2007, Sonic youth, Cat power, Iron & wine, Of Montréal, Stephen Malkmus... impressionnant. Cette année,on pourra y entendre notamment Public ennemy, Vampire weekend, Dirty projectors ou Fuck buttons.

On dirait que la formule presse + concert a de l'avenir.

Publié dans arbobo

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SysTooL 15/06/2008 14:54

Oui, même NOISE MAGAZINE, excellent mag de culture rock français, s'est mis au festival...SysT

lyle 13/06/2008 18:06

Cela fera à coup sur un excellent billet.Ce "métier" est assez étrange : un tribute band ou un orchestre de bal connu localement gagne sans doute plus d'argent qu'un "petit" groupe qui a sorti une poignée d'albums confidentiels (

arbobo 13/06/2008 16:47

il existe aussi des "niches" pour le live.les mariages/communions/bar mitzva, ça rapporte sans doute plus qu'un soir à la Mécanique ondulatoire (pure hypothèse, mais je serais surpris de me tromper).Idem si on connait des gens dans la mode, jouer live à un défilé, ou encore pour une soirée privée d'entreprise (lancement de produit, par exemple, comme on m'a proposé d'en organiser une récemment).De même composer des musiques à la commande pour un spectacle qui tournera peu ou pour une pub, peut rapporter plus que sortir un disque faire la BO d'un long métrage à budget serré.Il faudra que je fasse un article prochainement sur toutes ces manières de vivre de la musique, dont le public n'a qu'une vision tronquée car restreinte à disque + concert, soit la majorité mais pas la totalité.

Christophe 13/06/2008 16:41

D'accod'acc avec Arboboss avec un piti nexemple :  Gab arrive quand même à vivoter des revenus des concerts avec le chapeau et une part des boissons, même s'il n'est effectivement pas tip top côté cotisations.D'ailleurs vous pouvez contribuer au plaisir de vos oreilles ou de vos pieds (ou de vos pieds par la même occasion, avec débat sur  la construction de l'affiche et de son signifiant très intéressante) Avec le soutien de La cote Desfossé Music sensations et Cacolac7af  

lyle 13/06/2008 13:13

Effectivement le nombre d'artistes vivant de la scène est très faible. De nombreux groupes perdent même pas mal d'argent en tournée si les ventes de CD/T-shirts se révèlent en dessous de ce qu'ils avaient prévu ( ce qui explique sans doute les nombreux splits qu'il y a en ce moment ).Cependant d'autres artistes remplissent actuellement des salles bien plus grandes qu'il y a quelques années alors même que leurs ventes de disques diminuent ( Interpol par exemple ). C'est là qu'il y a de l'argent à faire.Un partenariat entre un organe de presse reconnu et les maisons de disque est très avantageux pour les deux :- une bonne promo pour la maison de disque- de la crédibilité et de futures rentrées publicitaires pour la presse.Prenons l'exemple de la venue des ( affreux ) Kooks à une des premières soirées Inrocks. Sans aucune sortie officielle en France, ils n'auraient attiré personne sur leur seul nom. Mais avec le tag "soirée Inrocks"  ils ont eu droit à une salle pleine et plutôt bienveillante ce qui assure un bon bouche à oreille et d'éventuels concerts plus rentables. Quand aux Inrocks, ils peuvent se targuer d'avoir "découvert" le groupe...