Seun Kuti, l'Egypte en héritage

Publié le par arbobo

Femi Kuti a eu un gros succès il y a quelques années. Ce fils de Fela, le grand Fela Anikulapo Kuti, l'inventeur nigérian de l'afro-beat, a su s'extraire de la trace paternelle pour avoir sa propre patte.
Seun, le plus jeune frère de Femi et donc dernier fils de Fela, a fait le choix contraire. Lui qui joua du saxo (comme Fela), à peine adolescent, aux côtés de son père, en prolonge la légende.

Tout comme Sergio Mendes et ses "Brazil" successifs, Fela baptisa ses musiciens par un nom de territoire et l'année de la fondation du groupe. A l'Africa 70 succéda l'Egypt 80. Celui-là même avec lequel le tout jeune Seun se produisait.
Il n'a pas quitté le groupe. En héritier, en fils de "roi" qu'il est, il a pris la direction du groupe où il ne fut d'abord qu'un bleu sans expérience. Il n'empêche. La fidélité joue dans les deux sens, et si Seun Kuti et Egypt 80 sont si fidèles l'un à l'autre c'est parce qu'en réalité c'est à Fela qu'ils restent attachés loyalement.

Du coup, ce nouveau disque d'un musicien désormais adulte (il a 26 ans) pourra plaire ou déplaire, pour les mêmes raisons. Ce n'est pas un exercice de style cependant, et c'est cela qui le sauve. Né dans l'afro-beat, Seun continue à jouer et écrire de l'afro-beat. C'est aussi simple que cela. Il ne mime rien, ne joue pas à, ne se prend pour personne et surtout pas son père Fela dont l'image plane toujours sur l'Afrique, inatteignable.
Voilà pourquoi Many things est un bon disque. Un disque qui aurait pu être enregistré il y a 30 ans, à cette nuance près qu'il bénéficie d'une très bonne production moderne. La veine politique est restée intacte elle aussi, faite de prise à partie (Don't give that shit to me) et de dénonciation des maux africains (African problems). Une vraie machine à remonter le temps. Un disque singulier dans sa tradition, qu'on n'est pas surpris finalement de trouver au catalogue du label
Tôt ou tard (Yaël Naïm, JP Nataf, Lhasa...)

L'afro-beat avait une longueur d'avance sur la techno et la house, répétitif, hypnotique, dansant et engagé, il a conservé une vraie modernité tandis que le krautrock et autres musiques psychédéliques planantes de la même époque ont pris un vilain coup de vieux.
Depuis, on connait mieux les musiques africaines, et le dialogue incessant qu'elles entretiennent avec celles d'autres continents. Seun Kuti n'en a cure.

Il est dans une autre logique, et continue à labourer inlassablement les mêmes arpents ensoleillés. D'une certaine manière c'est totalement vain. Mais quand on l'écoute, on comprend qu'il aurait tort d'y renoncer.
L'album sort le 28 avril.


PS : concert au Bataclan le 26 mai

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arbobo 12/05/2008 17:50

tu m'étonnes ^^j'ai préféré ne pas en parler tellement celle-ci est moche 8-0

nyko 12/05/2008 13:37

Vu en concert l'été dernier et c'était énorme. Je n'ai pas encore écouté son album (j'attends qu'il sorte en vinyle), mais son maxi sorti l'année dernière était plus que prometteur.Un bémol tout de même : dommage qu'il n'est pas le goût pour les belle pochettes comme son père

arbobo 24/04/2008 15:20

c'est une faille spatio-temporelle :-)

dr franknfurter 24/04/2008 14:47

oui on peut entendre svt sur Nova le morceau du fiston Many Things, on jurerait que ca sort des 70'sc'est vrai qu'on peut lui reprocher: et alors quoi de neuf?N'empeche, ca reste efficace

arbobo 23/04/2008 14:32

j'oubliais : ce n'est autre que Martin Meysonnier qui signe la production de ce disque.Quand même.