Lundi 7 juillet 2008

Lorsqu'on s'intéresse à la musique rock, dans toutes ses variantes et ses chapelles, on arrive plus ou moins vite à des embranchements inévitables, où l'on tombe sur des monuments qualifiés d' "incontournables" par la tradition orale, érigés tel des calvaires mariaux au bord d'une route bretonne.

La qualité d'artiste "incontournable" se gagne à coup de noms idiots faussement recherchés, de riffs de guitare soi-disant mortels destinés à convaincre les débutants de 11 ans et demi que la guitare rock c'est trop dur mais que quand même on y arrive en 8 jours, et à coup de morceaux de bravoures scéniques plus ébourrifants que le string d'Hélène Séguara (qui elle, malgré son charme indéniable, n'est toujours pas "incontournable", faudrait se dépêcher là, ça commence à être juste pour devenir la nouvelle Dalida). Voilà donc Stairway to mon lit-mezzanine ikéa, tube planétaire de tous les lycéens de seconde qui flashent sur le décoleté de la prof de sciences nat (celle qui peut dire "clitoris" sans rougir, exploit de maîtrise de soi digne d'un Michel Drucker interviewant un éleveur de porcs).

Incontournable, donc, sera le mot-clef pour comprendre l'inexplicable, à savoir la présence d'au moins un disque de Led Zeppelin dans toute discothèque de jeune des années 70 (comprenez, la génération de mes parents) et de tout étudiant pédant des années 90-2000.
Incontournable, les amis, que c'en est effrayant, que même le monsieur ripolin de la pop française, alias Sébastien Tellier pour les intimes, s'est senti obligé de leur rendre un hommage vocal en prenant un bonne bouffée d'hélium avant de chanter à l'Eurovision 2008.
Double hommage même, au dirigeable gonflant gonflé et à la voix de crécelle de Robert Plant, qui en fait de planter s'est mis un beau clou dans le doigt ouille ouille ouille vite un baillon, un pansement pardon voulais-je dire.

Evidemment, on ne peut pas jeter Led Zeppelin aux gémonies ni les vouer aux orties sous prétexte que le las baillement qu'ils nous inspirent nous fait perdre le bon ordre de nos expressions toutes faites. Mais tout de même.
Même Police a réussi à sortir au moins 3 bons titres, bien fagottés, sur chacun de ses trop nombreux albums (tout groupe qui fait plus d'albums que le Velvet est menacé d'une attaque en mauvais goût, qu'on se le dise, ceci expliquant en quoi Radiohead restera toujours un groupe surfait, plombés par le fait d'avoir commencé à écrire de bonnes chansons deux ou trois disques trop tard).

Alors que Led Zep, c'est le règne de la fulgurance molle. Le riff dément, qui nous met en joie les 30 premières secondes, nous crispe au bout de la 153e mesure, et nous achève à la 48e minute de solo. A cet instant précis, convaincu par les bruits étranges diffusés par les haut-parleurs haute-fidélité Hitachi qu'il se passe quelque chose contre-nature, on se saisit d'un seau d'eau pour mettre fin à l'accouplement interminable de Jimmy Page avec son instrument qu'il besogne inlassablement tel un mari bourré persuadé par la lecture assidue de Nous deux que tant que sa victime d'épouse n'aura pas décroché son téléphone en plein ébat pour raconter sa journée à sa cousine il doit poursuivre son pathétique va-et-vient coïtalement assommant.

Car Jimmy Page, tout occupé à l'astiquage des 2 manches de son machin, se frotte tellement la jambe qu'à la fin de l'enregistrement du disque il n'y a toujours qu'un seul morceau potable, assaisonné de quelques chutes comme des copeaux de parmesan sur une quatre-saisons plus très chaude. Quelle idée saugrenue que de croire qu'on sera un guitariste deux fois meilleur en ayant deux fois plus de cordes sur son gourdin. Car c'est bien d'un gourdin qu'il s'agit, au point que John Bonham a du passer sa triste carrière à croire qu'on l'appelait chaque fois que Jipé implorait "bonhomme" en carressant le manche, jusqu'à ce que mort s'ensuive (celle de Bonham, pauvre de lui). Ca vous la coupe? C'est normal que ça fasse ça, vu qu'il joue aussi du rock avec une scie, le pépère, il manque plus que le lancer de tronc d'arbre, on tient un filon les gars.

C'est que le garçon est productif. Qu'est-ce qu'il y a comme notes dites donc, et bling par ci, et ploc ploc par là, ben mince alors à force de se faire des durillons aux doigts ils sent plus ses cordes le gars, on l'arrête plus. Le pire à la limite c'est pas la guitare. C'est qu'il n'y en a pas qu'une (avec ou sans archet la symphonie pour 2 notes?). Et comme de juste le chanteur se met torse à poil et pousse la chansonnette comme s'il avait les roubignoles coincées dans le sanibroyeur. Un groupe de rock qui joue avec un sanibroyeur, et vous appelez ça une légende!?

Oh, bien entendu, je prends autant de plaisir que n'importe quel amateur de Deep Purple ou de Simple Minds à l'écoute de certains morceaux, (Whole lotta love, honnète boogie pour se mettre au rock) une fois réduits aux bons soins de la radio à une dimension enfin écoutable sans surchauffe du conduit auditif et des nerfs. De quel droit m'érigé-je juge (quelle phrase, on dirait du Stendhal sous LSD) d'un groupe qui a fait quelque 3 énormes morceaux de rock and roll, soit le double d'un best of d'Iggy pop sans les Stooges, excusez le rendement?
Je serais mauvais joueur d'insister sur l'allusion friponne à une certaine Allemagne contenue dans le nom de ce groupe (the Montgolfieres, c'était déjà pris?), car il a le mérite d'annoncer la couleur. Difficile avec pareil blaze de dissimuler qu'on remplit du vide et qu'on brasse de l'air sans poser le pied par terre.

Je n'ai qu'un remerciement à adresser à cette légende du rock (comme Phil collins, tiens), c'est de s'être séparés suffisamment tôt pour éviter qu'un ami trop bien intentionné me traine les voir en concert.

Pour le reste, mon véritable remerciement ira droit à
Thom, qui dans un des délires qu'on lui connait a lancé le jeu le plus dangereux (donc le meilleur) de l'histoire du rock et de l'internet, le top of the flops et son vertigineux concours de mauvaise foi ^^

Par arbobo - Publié dans : des artistes, des disques - Communauté : Le Monde du Rock
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