Assault ! My Bloody Valentine au Zénith

Publié le par arbobo

Il y a une expression un titre de chanson plutôt, pour des évènements de ce genre : "a night like this".

Oubliez ce que vous savez. Oubliez le dictionnaire et ce que vous croyez savoir de mots comme "violence", "déflagration", "brutalité".

Oubliez qu'il s'agit d'un concert. Fermez la bouche et contentez-vous de subir gentiement la déflagration. C'est My Bloody Valentine en concert et vous vous en bloody souviendrez !

En 1992 je ne suis pas allé voir My Bloody Valentine sur la tournée de Loveless. Et durant les 16 années qui suivirent je couvais d'un regard envieux ceux qui y avaient assisté. Car voilà ce qui venait de se passer : en 1991, une triple déflagration renversa la musique rock, Dry de PJ Harvey, Blue lines de Massive attack, et Loveless de My Bloody Valentine.

A la différence des précédents, c'était déjà le 3e disque du groupe, qui poussait au-delà de l'imaginable les frontières du rock et du son tout court. J'ai eu la chance, adolescent, de m'éveiller à la musique avec quelqu'un qui me faisait écouter en 1988, Cure, Echo & the Bunnymen, mais aussi les tout nouveaux Pixies, the Jesus & Mary Chain ou... My Bloody Valentine.
De telles rencontres sonores vous marquent, et rendent même exagérément dur envers tout ce qui n'est ni "nouveau" ni "au-delà" de quelque limite artistique. Car bien que je chérisse des titres comme Soft as snow, ou You made me realize, c'est bien avec Loveless que j'eus le sentiment de vivre une expérience-limite.

Un courant d'air a fini par faire choir le coin qui bloquait la machine à arrêter le temps. En en 2008 on retrouve les quatre musiciens comme si rien n'était passé, et une Belinda d'une beauté captivante.

Presque sans un mot, les MBV ont attaqué direct façon revival. Mon corps et mon esprit étaient parcourus de sensations innombrables. Les lumières nous bombardent de coups, flashs crépitants hyperpuissants. Tout le fond de scène est occupé par la projection d'extraits frénétiques, même lorsqu'il s'agit de scène bucoliques, accélérées à un rythme fou pour suivre celui effréné des musiciens.
Un choc sans précédent dans ma carrière de spectateur. Ce n'est pas comme foncer pied au plancher droit dans le mur, c'est carrément le mur qui se projette sur vous à une vitesse vertigineuse. Et on n'attend plus qu'une chose, avidement. L'impact.


Chaque morceau commence par un riff rageur pour vérifier si le volume est assez étourdissant. Car durant tout le concert Kevin Shields s'est plaint de ne pas pouvoir jouer au niveau qu'ils voulaient. Du moins parmi les rares paroles audibles c'est ce qu'on pouvait discerner. Le chant, lui, était moins audible encore, même si l'ambiance des disques que nous connaissons par coeur est intacte et décuplée.
Après plus d'une heure de concert stupéfiant, la rumeur nous avait préparés au morceau de bravoure final. Mais au lieu du mur sonore de 17 minutes ininterrompues, nous avons eu un You made me realize dont le son fut coupé quantité de fois par le Zénith (sans savoir si c'était délibéré, on n'entendait par intermittence que du bruit blanc, plus les retours de la scène au loin). Au bout de 12 minutes un roadie a éteint les amplis, mais les 4 furax, refusant de quitter la scène, ont obtenu de rallumer pour 5 minutes, à nouveau interrompues constamment côté salle. L'impact attendu n'a pas eu lieu, les airbags se sont déclenchés, et le choc frontal s'est transformé en série de tonneaux laissant paradoxalement un goût d'inachevé. Pourtant, nous étions venus pour se faire mettre la gueule en sang et c'est ce qui s'est passé. Et nous pleurnichons parce qu'il nous reste une dent branlante qu'on a oublié de faire tomber. Ingrats et fous, fous comme ce qui vient de se passer, et qui peut-être ne se reproduira jamais plus.

En marge de ce concert qui donne un sens nouveau au mot "gigantesque", la polémique et la petite histoire se sont donc frayés un chemin. La fin hachée de ce concert-monstre délie les langues dès la lumière criarde rallumée. Notre public sage aurait pu créer une émeute, mais les 4 ou 5000 spectateurs ne sont que dégoûtés. Faisant un crochet par la console, je demande aux ingés-son si le 125 affiché par le décibelmètre est le maximum atteint. "More!", mais je préfère ne pas imaginer combien. La législation imposant de limiter à 105 (logiquement, puisque c'est le seuil de douleur moyen), on comprend que la salle a eu la trouille (ou a cédé à la demande du policier, toujours présent dans ces concerts). Un autre technicien nous dit que le groupe veut faire un procès au Zénith, qui s'était engagé à les laisser jouer quel que soit le volume. 
En même temps, la simple diffusion d'images du concert risque d'être qualifiée d'outrage par n'importe quel juge.

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Pierre 16/07/2008 23:05

Bah c'était pas si fort/agressif que ça hein, pas besoin des bouchons. Ca a commencé doucement et petit à petit c'est devenu un ouragan, mais mes oreilles vont bien :)Je pense que le volume était nécessaire pour nous faire perdre les repères. Ce n'est qu'après plusieurs chansons (et donc avec un niveau sonore bien plus élevé qu'au début) que je n'ai plus été capable d'identifier facilement les sons des instruments, que j'ai été noyé dans un tourbillon sonore agréable jusqu'aux retours sur terre brutaux imposés par le Zénith. Mais quand le son revenait, quel bonheur !

sylvain 13/07/2008 14:58

Calirement une expérience paranormale ! J'en parle là : http://parlhot.over-blog.com

rififi 11/07/2008 18:12

Valentine fait du stock-car. Bien vue l'image du choc automobile frontal :-)ils ont joué plus d'une heure ? l'élasticité du temps est remarquable. je pensais moins, sans doute à cause de la fin tronquée.Je ne sais pas s'il y aura procès ou non, mais le Zénith n'aurait surement pas dû signer un contrat qu'ils savaient ne pas pouvoir tenir, plutôt que d'amputer une partie du concert de cette manière. Ils ont joué ailleurs en France sans problème et tout ceux qui étaient là savaient que ça allait jouer Très fort, d'ailleurs ils distribuaient des bouchons à tout le monde à l'entrée (moi j'en avais pris en rab au cas où).Et bien contente de les avoir utilisé dès le début ! franchement, même si écouter fort peut apporter des sensations, je ne vois pas l'intérêt de se rendre sourd (combien ne les ont pas mis, ou juste les 10 dernières minutes ?)D'autant plus que les vibrations passent largement par le coprs aussi, l'estomac, les os, et... les sièges en plastique de la salle ;-pA part ça le son était bon et ne pas entendre plus qu'un murmure de la voix allait plutôt bien avec l'ensemble ravageur. Il faut dire que 7 amplis pour le seul Kevin Shields (2 pour chacun des 2 autres), et des pare-bruit entre les musiciens pour qu'ils puissent s'entendre un minimum, ça déménage.Tout ça pour finir en l'air.

Thom 10/07/2008 17:41

Aaaaaaaah (soupir)Je m'en veux d'avoir loupé ça. Tu sais quoi ? On aurait dû organiser un voyage collectif avec tous les blogueurs du secteur, genre "retrouvons autour d'un évènement d'importance"... à méditer la prochaine qu'un groupe mythique refera surface...