Isaac Hayes rejoint Moïse

Publié le par arbobo

Le "black Moses", Isaac Hayes, a définitivement rangé ses disques à 65 piges.
Je ne vais pas faire de vibrant hommage au musicien, simplement faire quelques rappels.

D'Isaac Hayes, on connait essentiellement le génial thème composé pour le film Shaft, qui lui valut un oscar (le thème est l'un des très rares bons morceaux de la BO, mais en même temps il est vraiment superbe).
Les amateurs de Massive Attack se souviendront aussi qu'ils lui ont emprunté plusieurs samples. Car, désolé de dire du mal d'un mort, autant Hayes avait des fulgurances magnifiques sur quelques mesures, autant ses morceaux interminables et pompiers (Joy par exemple) étaient chiants à mourir. En extraire des samples est encore le meilleur moyen d'en faire ressortir le meilleur.
Quitte à passer pour sévère, Shaft est peut-être le seul film blaxploitation qui soit meilleur que sa bande originale (d'ordinaire c'est l'inverse et de loin).

Le meilleur de Hayes reste donc lié au cinéma. Shaft, bien sûr, mais aussi les nombreux films où il joua la comédie (une soixantaine), ou d'autres BO comme celle de Truck Turner. Bon acteur, on le retrouve en particulier dans le "must see" de John Carpenter, New York 1997 (Escape New York), en chef de gang baroque dont la cadillac utilise des chandeliers en cristal en guise de phares. Durant des années, il prêta aussi sa voix à "chef", le cuisinier du dessin animé South Park. Jusqu'à ce qu'il claque récemment la porte pour protester contre les critiques contre Tom Cruise, scientologue tout comme lui.

Il savait donc faire beaucoup de choses, même s'il laisse peu de morceaux phares derrière lui (sous son nom). Artiste intéressant, Isaac Hayes me fait l'effet d'un surdoué qui ne sait pas où commence et où finit son talent et mélange le meilleur et le pire sans s'en rendre compte. Pourtant, lorsqu'il ne se composait pour lui des titres enflés et grandiloquents, il écrivait des tubes splendides pour les autres. Retenons plutôt Soul man ou Hold on! I'm coming, pépites rythm'n'blues écrites pour Sam and Dave.

Avec son ego surdimensionné et ses ambitions de compositeur pseudo-symphonique, Isaac Hayes pourrait prêter à sourire mais il a contribué à galvaniser le public américain (comme lors du concert WattStax) et à décomplexer la soul dans son rapport aux musiques "blanches". C'est déjà pas mal du tout :-)

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Magda 16/08/2008 03:20

Voilà quelqu'un que je ne connais que de nom. Article bien instructif donc, en ce qui me concerne. Et j'aime beaucoup la dernière vignette. Sacrés Southpark...

Grisé 15/08/2008 13:15

Je suis content de constater que tu apprécies To Be Continued qui se trouve aussi être l'un de mes Isaac Hayes préférés (peut-être même mon préféré et, en tout cas, il est largement supérieur à Hot Butterred Soul).Du magnifique Monologue initial à Running Out Of Fools, en passant par le moelleux Our Day Will Come et le grandiloquent Ike's Mood, sans oublier cette délirante version de The Look Of Love (très long solo de guitare), cet album contient tout ce que j'apprécie chez ce musicien: chant envoûtant, orchestrations démentes et climats feutrés.Et, en définitive, c'est cela que je retiendrai de l'oeuvre de cet artiste.

arbobo 14/08/2008 11:13

machiste et faisant appel à tous les clichés racistes/xénophobes, c'est le lot des films "blaxploitation", ska (enfin presque, il y a ceux qui sont à la lisière du genre, du type "Blacula" déjà commenté ici, mais le côté anti-européen et anti-italien en particulier est presque toujours présent).

Ska 14/08/2008 10:40

Je n'ai jamais non plus été complètement enthousiasmé par Issac Hayes. Ceci dit, je connais moins bien que toi sa discographie.Pourtant, une image reste : son arrivée sur scène, echaîné, dans le fantastique Wattstax... Et puis bien sûr ses scènes dans Escape From New York... Alors, plutôt une icône qu'autre chose, Isaac Hayes ?Quant au film Shaft, j'en ai le souvenir d'un mauvais polar, ennuyeux et machiste... Mais peut-être ma mémoire me joue-t-elle des tours...

arbobo 14/08/2008 10:36

bon, après un retour sur plusierus disques du bonhomme,je m'aperçois que mon préféré est un album que les nécros n'ont presque jamais mentionné ces dernires temps, To be continued. Non pas en raison du nombre de samples que Massive attack y a puisé (tous ses disques ont été pillés, par des centaines de gens), mais parce que justement je trouve, y compris dans le smorceaux les plus longs, 11 et 15 minutes, qu'il n'y a ni longueurs ni dérapage, en particulier dans le chant. Exactement ce que je reproche à sa version de "walk on by", par exemple, qui est sur l'album qui l'a rendu célèbre et qui est constamment cité en exemple, Hot buttered soul. Fondateur, ok. Disque de platine, en effet. Mais réussi... pas à mes yeux.Sur ce, je retourne à "Ike's rap I", à peu près aussi bon qu'un 24carat black (c'est pas rien)