Nico ti, Nico Ta

Publié le par arbobo

Je vous parlerai de Wallenberg lundi (le sujet est un peu lourd pour le week-end).

Un grand merci à Stéphane, ça commençait à m'agacer de ne pas me souvenir du fondateur de Wotre musique (puis du label Fnac Musique) Laurent Treille. Quant-à Surkin (merci ricky), c'est une super découverte que j'aimerais bien passer un de ces 4 dans un bar. En même temps l'inconvénient quand on mixe toute la nuit, c'est le lendemain. Pas pour l'alcool, puisque je tourne au coca, mais parce que j'ai immanquablement le dos broyé d'être resté 8 heures debout penché sur une  table et des platines trop basses.
Que faire après un nuit de DJ?
1/ ne pas mettre de réveil. C'est dangereux un réveil, faudrait une loi contre ça.
2/ au lever, attendre un peu puis mettre un musique douce.

Ce matin j'ai commencé par le graduel d'Aliénor de Bretagne, et j'ai enchainé avec Nico. J'écoute beaucoup Nico ces derniers temps.

Pourquoi me suis-je mis à écouter Nico, maintenant plutôt qu'avant ou plutôt que... jamais? Mystère et queue de cerise.

"Nico, Icon", disait d'elle un documentaire, consciente qu'elle était d'avoir toujours été un corps, un visage, aux yeux du public, avant d'être une voix.
J'ai fait les choses bien. J'ai regardé les titres. Ca en faisait beaucoup. Alors avant de prendre ses disques j'ai trouvé des sites consacré à elle, histoire de faire le tri des albums et des compils innombrables.

Comme elle ne manque pas de fans j'ai trouvé sans problème ici
(avec des commentaires)
et là
 (avec les infos de base fiables, les "linear notes" qui permettent de savoir quand elle a fait quoi).

"L'album à la banane", tout le monde connait. Fond blanc, banane jaune, le Velvet Underground et son invitée au chant, Nico, mannequin allemande qui côtoie la Factory d'Andy Warhol.
Et après?

En me mettant à lire les Inrockuptibles, qui étaient n'étaient plus un fanzine mais qui étaient encore un bimestriel aux passionnants entretiens-fleuve, je découvre grâce à leur numéro spécial Velvet (le numéro à la banane) que Nico fut plus qu'une invitée de passage et qu'elle eut une carrière solo, et une fin pas très romantique ni très rock'n'roll. J'ignorais alors qu'elle connaissait Brian Jones bien avant que le Velvet ne joue ses premières notes ensemble. Elle venait de mourir, en 1988, avant même que je ne fasse connaissance de sa voix blanche sur I'll be your mirror. L'un des morceaux qui me collent le plus sûrement un spleen de première classe.

Nico était là, dans un coin, un bout de page, à différents moments de mon éveil musical.  Il n'y a pas si longtemps on fit grand bruit de Ari, le fils qu'elle a eu de sa rencontre avec Alain Delon (le cinéma traverse sa vie puisqu'on la trouve à l'Actors studio, auprès de Fellini, puis partageant la vie de Philippe Garel), occasion de reparler de Nico. Juste retour car il occupe une place de choix dans les disques de sa mère.

Voilà que j'ai découvert ses albums.  Son dernier, Camera obscura, m'a fait l'impression d'une prémisse de de Björk, alors je suis vite passé à autre chose. A ses premiers, contemporains de la carrière du Velvet.  Ceux là valent le coup. Amateurs de la Compagnie créole, s'abstenir.

Son premier album date de 1967. De Chelsea girl (dont un morceau s'appelle pour sa part Chelsea girls, au pluriel), j'ignore s'il a inspiré un titre à Keren Ann sur son très joli et très new yorkais Nolita. C'est un morceau très touchant Chelsea girls, "here's room one-o-six...". On y trouve cette langueur dans le chant, cette tristesse qui colle à son visage toujours grave sur les pochetes de ses disques, et des arrangements fins. Lou reed est à la guitare. John Cale est là aussi, et il le restera sur les suivants et reviendra même à la production pour l'ultime Camera obscura. La patte de Cale est perceptible, dans l'utilisation des cordes notamment, et je ne m'en plaindrai pas.

Marble Index qui sort l'année suivante (1968) est plus dur, et plus éloigné de la pop/rock que le précédent. Le format "rock" est déjà largement dépassé, avec moins de fracas que sur le White light du Velvet mais aussi sûrement.  Dès les premières notes, une atmosphères tenant autant de l'évocation,  de la musique de chambre, ou d'une musique de film, s'installe, vous prend délicatement par l'épaule avant de s'y appuyer tout entière. C'est splendide et désolé. L'importance des cordes, les compositions qui puisent dans la grammaire classique, préludent cet après-rock dont des groupes comme Godspeed you black emperor sont les héros. Les barrières avaient déjà éclaté bien avant nos ténébreux canadiens. On y trouve aussi l'influence de la musique contemporaine et des pères du minimalisme, qui se produisaient pour la 1e fois à New York au début des années 60 et dont le travail éclôt.

Desert shore, en 1970, poursuit sur la même ambiance de chapelle désertée. Ari n'est pas nommé comme Marble index, mais il est doublement présent, inspirant My only child et chantant lui-même Le petit chevalier. Etrange et touchante pièce que ce poème traduit de l'allemand, où la voix enfantine, à peine soutenue par un clavecin, en nous disant "je ne peux pas me effroyer", ne réussit qu'à nous inquiéter pour de bon et nous emporter hors du temps. Quand au Abscheid qui ouvre la deuxième face, le duo de Dead Can Dance a dû l'écouter quelques milliers de fois.

Durant toutes ces années son chant n'a jamais changé. De longues notes, bouche très ouverte, paroles (anglaises et parfois allemandes) articulées à l'extrème et surtout cette curieuse impression d'un chant désincarné. Un chant étrange qui ajoute tant à l'ambiance sépulcrale de ses disques.

Ce qui frappe dans ces disques c'est tout cela. D'abord un chant, unique et constant malgré les styles différents de ses disques, des ambiances très travaillées et très sombres, puissamment évocatrices, et puis un mélange de triste tendresse qui finit par vous prendre et vous faire regretter cette femme que vous n'avez jamais connue.
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L' Hystérique 20/02/2008 15:58

c'est un bel article, merci de me l'avoir recommandé. Ca me donne envie de découvrir Nico au delà de sa présence au sein du velvet. je suis totalement ok avec toi quand tu parles de langueur à son sujet. C'est tout à fait ça. Un peu de langueur, un peu de tristesse, un peu de gravité... Pour beaucoup de jolies choses finalement.

grand guide suprème 31/07/2007 21:08

       Le documentaire "Nico icon" est troublant, peut être un peu tordu (il insiste sur la folie du personnage, qui ne supportait apparement plus d'être belle, et qui se teignait en brune n'importe comment, on la voit flotter entre plusieurs visages).      La voix de Nico me fait trembler moi aussi, et l'idée de la coller avec les lou reed, moe tucker, et autres john cale, est géniale (merci andy !); même si l'intention de départ est surement très commerciale, pratique, puisqu'il s'agit de répondre à la question  comment rendre ce groupe musicalement  terrible1 peu plus présentable ?  Il existe au moins1 live de Nico, où elle chante vraiment n'importe comment sur les 2 premiers morceaux. Reste que c'est une des plus grandes voix, avec nina simone, janis joplin et bjork....

Jean-Pierre Chaubert 22/05/2006 00:31

Tout est piqué dans OK magazine, pas de quoi ê^tre fier !

stelfe 15/05/2006 19:34

voilà un blog qui ne manque pas de saveurs et d'humour, merci arbobo!