C'est la reprise

Publié le par arbobo

Ce n'est pas pour rien que sur seulement 2 liens que j'ai mis sur ce blog,

 le premier est the covers project. J'adore les reprises.
 

Je sais, à peine ce blog ouvert je dégoisais copieusement sur le manque d'imagination de certains français qui se contentent de plaquer des paroles de pacotille sur des titres dont la mélodie a déjà fait ses preuves ailleurs. Je n'enlève pas une virgule à ce que j'ai écrit, mais ça ne veut pas dire que je méprise les reprises (ni que je reprise les chemises... si vous avez d'autres débilités en "ise" les commentaires vous sont chaleureusement ouverts). Ca signifie seulement que je n'aime pas qu'on se foute de nous, ni qu'on traite la musique comme une industrie avant de la respecter comme un art, fût-il mineur (aux yeux de Gainsbourg). Visiblement l'ami Guillermo est du même avis.

 Je vais en parler souvent, des reprises, et j'ai déjà sous le coude pléthore de playlists qui s'en nourrissent. En rock et en chanson, on dit "reprise". Dans la musique classique, on ne dit pas, on emprunte, on évoque, on cite, mais ça n'a pas de nom particulier. De toute façon les oeuvres classiques sont majoritairement le fait de compositeurs, qui par définition doivent s'en remettre à une interprétation.
 

En jazz c'est encore différent, la "reprise" est un concept qui n'existe pas. Ce qui existe, ce sont les "standards". On ne reprend pas un standard, on le joue, soit fidèle à l'original, soit en se l'appropriant au point de la rendre parfois méconnaissable. Interpréter des standards fait partie intégrante de la démarche de la plupart des jazzmen, et quoi qu'il en soit ce n'est pas perçu comme une forme de flemme ou de prudence excessive. Au contraire, se mesurer à un standard, qu'on peut aussi traduire par "classique" (j'aime moins) c'est souvent ça, le risque.


C'est la raison pour laquelle on peut être surpris et déçu que le français Saint-Germain ait été signé sur le label Blue Note, qui n'a plus guère de jazz que son catalogue historique. Tout le monde a entendu Rose rouge, par exemple, sur l'album Tourist. Saint-Germain use et abuse de samples, qu'il assaisone mollement. Mais le sample, qui peut avoir beaucoup de sens dans une démarche rock ou electro ou hip-hop, n'en a pas vraiment en jazz (en totu cas quand c'est du jazz qui est samplé). Non seulement on n'a pas de nouvelle interprétation, mais l'interprétation que l'on sample est réduite à un gimmick, compressée au point de la trahir.

Si Ludovic Navarre n'avait pas eu la drôle d'idée de signer sur un label de jazz, et était resté dans la sphère électro où il a fait ses premières armes, j'aurais eu moins de critiques à lui faire. Mais là ça ne colle vraiment pas.

Dommage parce que la reprise peut vraiment donner du bon. Béatrice Ardisson est devenue la spécialiste incontestée des reprises, et son habillage sonore de Paris Dernière en est entièrement constitué (d'où les compilations du même nom qu'elle sort à intervalle régulier chez Naïve). La bande son est fréquemment le plus intéressant de l'émission (malheureusement les morceaux retenus pour ses disques sont parfois en dessous de ce qu'elle propose à l'antenne). Sur ces compilations elle privilégie le décalage, la reprise inattendue plutôt que la plus parfaitement orchestrée. Parfois une reprise est décalée ET musicalement réussie. C'est rare mais ça donne I will survive par Cake. De quoi abandonner définitivement tout régime.


Une reprise réussie, c'est quoi?

C'est le contraire de Da doo ron ron par Frank Alamo ou de Noir c'est noir par Johnny, qui sont des copie-carbonne des originaux. J'ai moins de plaisir à entendre une reprise "ratée", mais plus de respect malgré tout, parce que les musiciens ont eu une démarche artistique au lieu de faire les perroquets. Ce sont parfois les producteurs qu'il faut incriminer. Quand je cite Johnny et la plupart de la bande de Salut les copains, ce sont des interprètes. Certains interprètes sont assez puissants pour orienter le travail de leurs compositeurs et arrangeurs, mais ces derniers sont les vrais responsables, main dans la main avec les producteurs.

Les meilleures reprises ne se contentent pas de ré-interpréter le morceau original. Elles font plus que le déplacer, elles lui ajoutent une dimension supplémentaire. Quand on en arrive là, c'est très très fort.  Lorsqu'en 1972 le thème de Strauss Also sprach Zarathustra a été adapté en jazz-funk, c'était génial (Herbie Hancock lui-même a pris une grosse claque en l'entendant). Mais les dizaines de reprises funk qui ont suivi, et qui ne font parfois que singer la version de Eumir Deodato, sont généralement dépourvues d'intérêt (sauf pour moi qui en ai la collectionnite, mais musicalement on s'ennuie vite).

Allez, teaser :  la playlist du 30 sera consacrée à Ainsi parlait Zarathustra.
 
 
 

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arbobo pour fabrice 18/05/2006 11:41

Fabrice m'envoie ceci.
En plus il a raison, le bougre :
Oui mais permets-moi quelques remarques:-L'art mineur pour Gainsbourg, c'est la chanson !-Effectivement le concept de reprise n'a pas de sens en jazz quand il s'agit de standards (théoriquement morceaux créés pour les omédies musicales des années 1930-40, et par extension morceuax les plus joués consignés dans les "Real books", bibles des jazzmen) mais la meilleure traduction de ça c'est le "répertoire", comme en théâtre.-Plus généralement, il ne faut à mon avis jamais condamner par principe une technique ou un procédé (le sampling, la reprise sans réharmonisation, etc..) : tout dépend du talent avec lequel c'est fait. Si StGermain c'est de la merde, ce n'est pas parce qu'on ne peut pas faire de sampling en jazz, c'est parce que l'auteur de ce disque est un musicien minable.