Toute première fois

Publié le par arbobo

La première quoi?

Il y a, pour nous tou-te-s, des souvenirs liés à notre découverte de la musique, des moments et des rencontres qui ont marqué et forgé notre rapport à la musique. Je m'aperçois que j'en ai pas mal, des moments de ce genre. Et je suis certain que vous aurez vous aussi des souvenirs marquants à faire partager.


Le premier disque que j'ai acheté avec mes petits sous de petit gars, c'était blue hotel de Chris Isaac. Pas mal, pas mal, j'aurais voulu ne pas me faire honte 20 ans plus tard je n'aurais pas fait mieux. Premier 45tours.
Jusque là il y avait les disques que je me faisais payer par les parents ou offrir.

Dorothée. Et ses chaussettes rouges et jaunes à petit pois. Ecole primaire, goûts d'enfant, passion inavouée pour la blonde qui occupait mes retours d'école, et brin de jalousie envers les copains qui avaient déjà des disques d'elle. Anecdotique, enfantin, ok, voilà, sans intérêt.


Premier disque "écouté"? In utero, bien joué mais trop facile, carton jaune, ça compte pas.
Cinq. Comme les doigts du pied gauche. Comme nous, 3 garçons et 2 filles, bien rangés dans l'ordre, garçon/fille/garçon/fille/garçon, avec dans le rôle du petit poucet ma pomme.
Cinquième arbobo du nom, ça veut dire 4 fois plus de disques à découvrir parmi ceux de mes frères et soeurs, sans compter ceux de papa-maman qui avaient seuls droit de cité le dimanche après-midi dans le salon.
Quatre frères et soeurs amateurs de musique, mais surtout deux frères qui montraient une vraie passion. Dont l'un qui, à 15 ans, faisait le mur et fonçait sur sa mob à 40 kilomètes de là pour trainer dans la cabine du DJ de la boîte la plus courue et accessoirement rapporter des 45tours dont personne n'a jamais su à qui ils appartenaient réllement ;-) (chut!)

Assis. Par terre. Sur le tapis, devant la chaine, porte de gauche du placard ouverte sur la chaine, porte d'à côté ouverte sur les disques de frangin. AC/DC par milliers. Alors comme ça on peut avoir 6 disques d'un même artiste? Ouais. Slurp. 6 ans, et je découvre Dirty deeds dont, heureusement pour mon âge, je ne comprends pas encore les paroles (i've got big balls, she's got big balls).
Ma grande soeur me fera découvrir Supertramp avec Even in the quietest moments et Breakfast in America.
A l'époque je suis bien incapable de dire ce qu'écoute ma plus jeune frangine. En revanche le deuxième frangin va me faire découvrir un monde nouveau. Ou plutôt 2 : le funk des années 80 et les cassettes. Avec lui, je savoure les pires compils des années 80 (captain sensible, wham, ultravox, lime), de celles qu'on réédite aujourd'hui par milliers en best of, et le funk des années 80, let's groove, flashback, etc.

Un jour j'apprendrai que les années 70 ont existé, que j'y suis même né, et que de sacrés furax ont gravé des pépites qui deviendront parmi mes disques favoris. Ce jour n'est pas encore venu.

Premier 33 tours, ou plutot premier album offert. J'ai 12 ans. C'est mon anniversaire. Je suis grand, donc je peux choisir. On va à Rochefort, chez cette légende du monde du disque dont je ne sais encore rien à l'époque (mais dont je reparlerai un de ces jours), un dsiquaire nommé Thévenot ou un truc de ce genre. Madonna. Encore une blonde, mais fausse celle là. Peu importe. True blue est à moi, viva Madonna. Si tout va bien , je vais pouvoir sauter sur mon lit et péter une latte comme quand j'avais 8 ans et que les parents avaient eu la bonne idée de me laisser à la garde de mes ainés :-)

Premiers disques....
Premiers disques passés en "boum", nom tellement bien choisi pour caractériser les cris stridents que je pousse avec mes potesses et potes en 6e. On se bat pour savoir qui passera Thai nana de Kazéro. Débute une longue période appelée collège, durant laquelle j'écouterai consciencieusement la merde distillée à dose industrielle sur les rares radios captées à Niort.
Patience, l'heure viendra.

L'heure d'abord, grâce à mon pote Mickaël, de cesser d'écouter par principe les seules nouveautés merdqiues et de prendre autant de plaisir sinon plus à lui passer des Maxell vierges sur lesquelles il me gravera wish you were here ou du Neil Young piqué à son paternel. Mes oreilles vont enfin sortir de l'âge de pierre, et un drôle d'apétit va enfin me prendre pour ne plus me quitter.

Jusqu'ici, mon rapport à la musique consiste surtout à allumer la radio et trouver normal d'aimer ce qui passe. Le fait que mes parents écoutent du classique et mon père du jazz ne me secouent pas telement, après tout ce sont des "vieux". Et à l'époque j'ignore encore que je deviendrai vieux à mon tour. Mais rien ne se passe jamais comme prévu. Vient toujours un moment où le cours des choses change. J'avais 14 ans quand une révolution s'empare de la maison.

1988, nous 5 venons d'offrir à mon père un lecteur cd, objet sur lequel il salive depuis un moment. En soupesant d'une main mon argent de poche, je passe des heures à me demander quel sera mon premier CD.

J'en aurai 2. Viva hate, 1er album solo de Morrissey, et le nouvel album de Brian Wilson, dont j'ignore absolument tout mais qui est présenté partout comme un miraculé dont le retour est une bénédiction. Morrissey tourne en boucle à la maison, et je corrige scrupuleusement les notes de pochette pour que les paroles soient exactement celles chantées par l'ancien leader des Smiths. J'ai acheté cet album sur la foi d'un adjectif écrit dans une courte chronique du disque par Yann Plougastel dans l'Evènement du Jeudi. "Baudelairien". J'ai lu ce mot et j'ai acheté le disque. Merci Yann.
Je suis enfin prêt. Prêt à ouvrir grand mes oreilles, prêt à découvrir de l'inattendu et à subir mon premier choc.


Non. Premier CHOC !
(elle est où la sélection des couleurs sur blog bon sang? faut un truc qui pète j'ai dit "choc", quoi!)

Le fils de ma marraine a 6 ans de plus que moi et c'est un fou furieux de rock underground, qui se dégote tous les enregistrements pirates d'Echo and the bunnymen ou de the Cure, sans compter ceux que je ne découvrirai que petit à petit, ceux des Residents, New Order... Et puis ce choc.

1989. Maxi single, 4 titres, avec une photo magnifiquement bizarre signée Vaughn Oliver. Difficile de décrire ce que j'ai ressenti en écoutant ce truc. Guillaume, perché sur la mezzanine, savoure par avance de me faire découvrir quelque chose d'excitant.  C'est un peu comme si j'étais adoubé, et qu'en plus de ça je comprenais ce qu'on me montre. On me propose de changer de dimension, d'attendre autre chose de la musique. D'attendre des frissons pas possibles, une furieuse adrénaline et un goût de la nouveauté aux antipodes des clones avariés que j'entends à la radio. Pour la première fois, mon rapport à la musique et au rock devient un rapport artisitique. Ce jour là je me suis mis à vraiment aimer la musique, un truc de maboul, quelque chose qui fait vibrer comme plus tard me feront vibrer les toiles de Poliakov ou de Rothko.
Cet EP est celui de Here comes your man des Pixies, et le dernier titre, Bailey's walk, va changer ma vie. Je rentre chez moi tout engourdi et radieux, j'ai conscience qu'il s'est passé quelque chose d'important pour moi, et que grâce à cet ami je n'écouterai plus jamais la musique de la même façon.
Suivront les Pale Saints, My bloody Valentine, et tant d'autres que je lui empruntais semaine après semaine.

Entré dans une nouvelle galaxie sonore, je franchis à présent tout seul le seuil de Disco Plus et je fouille une pile de maxis vinyls et, comble de l'audace pour ma timide personne, je demande au grand type aussi gothique que gentil de me passer un maxi avec un motif vert sur fond noir. Comme un grand, je viens de faire connaissance avec les Sisters of Mercy.  J'écoute Temple of love, mais comme si je me sentais encore un peu paumé en territoire inconnu, je renonce à acheter le disque. Je ne suis pas encore prêt à me risquer dans ces contrées sans guide. Ca viendra.

Une autre découverte me reste à faire. Le Jazz. Oh, mon père a quelques bons disques, notamment le génial E=MC² de Count Basie orchestré par Neil Hefti. Masi c'est à nouveau les amis de mes parents qui vont tout changer. Celui qui est à l'origine de la création du centre culturel de Niort, Philippe Lefebvre, ami d'enfance de mon père, est un jazzophile acharné. Pendant des années, il apporte sa voix grave et mélodieuse sur la radio locale pour faire partager son amour du jazz. C'est chez lui que j'ai la première fois entendu le nom magique d'Ahmad Jamal, ou entendu Bill Evans. Quelle chance de rencontrer des passeurs, qui savourent de vous faire partager leur amour de l'art.

J'aurai encore des "premiers disques". Le premier que j'ai offert. La première cassette faite pour une fille. Le premier disque posé lors de mon premier set de DJ, le premier gravé, le premier vinyl racheté en CD, et tant d'autres premiers qui n'ont d'autre intérêt que d'alimenter les piles disparates qui m'empêchent de voir le sol de mon appartement (en fait je crois que mon appart' n'a pas de sol, tout simplement, c'est l'explication la plus rationnelle).

Tout le monde ne subit pas forcément un choc comme je l'ai vécu. Mais nous avons tous des souvenirs de musiques très forts. Une fois j'ai fait le siège d'un vendeur de la Fnac qui ne voulait pas me dire le nom du groupe qu'il passait, parce que le disque ne sortiarait pas avant des semaines. Finalement il a craché le morceau, et j'étais prêt pour découvrir Portishead. J'en ai plein des momenst de ce genre.

Et vous? de quoi vous souvenez-vous. Quel a été le "choc"?

Publié dans arbobo

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G.T. 22/09/2008 13:54

En même temps, il y a aussi pas mal de découvertes que je dois à des gens... mais c'est vrai que pendant ma jeunesse, ce n'était pas le cas... et généralement, ça a été plus pour moi un chemin où je découvre tel genre musical (metal, rock 70s-60s et jazz, rock indé) puis après je vais fréquenter des gens qui en écoutent... et là, eux vont forcément me faire aussi découvrir des albums...

arbobo 22/09/2008 10:34

c'est exactement ça GT, mes découvertes sont souvent associées à des gens,par exemple ce matin j'écoutais les Neils Children, que j'ai découverts chez toi grâce à la MOP d'Anne. savoir que c'est une lycéenne qui me fait découvrir ce truc rajoute un plaisir différent, d'ailleurs :-)ça "challenge" ^^

G.T. 22/09/2008 01:33

Très intéressant, ton parcours... c'est vrai que ça change pas mal de choses d'avoir des frères et soeurs plus agés... et un environnement qui te fait découvrir des choses... en fait, tu as eu un rapport à la musique beaucoup plus "sociable" que moi... pas mal d'interactions avec ta famille, des rencontres etc... moi, j'ai eu un rapport beaucoup plus... "intime", limite "autiste"^^   

arbobo 19/06/2006 23:41

je savais que vous auriez des souvenirs forts et nets,en vous lisant on visualise très bien,j'adore.

stefan 19/06/2006 12:34

A mon tour, au risque de passer pour un nerd..."Débute une longue période appelée collège, durant laquelle j'écouterai consciencieusement la merde distillée à dose industrielle sur les rares radios captées à Niort". Pareil. Pile poil idem.Et puis un jour, à 14-15, je mate MTV (choc culturel, merci le cable chez teuton Tonton, de la SF pour moi a l'epoque), je tombe sur un clip de John Lee Hooker (sur mtv!!!). LE choc, le Blues en pleine tronche zyva dans ta face. Un duo avec Bonnie Raitt  ("in the mood") qui m'a scotché. Relativement standard comme blues, mais ça a été une enorme claque sur le moment. Et à partir de là, ça a été blues blues blues, commande du double album de Robert Johnson (à Niort, faut l'faire), mais avec deja une predilection pour le blues, heu, rageur disons (les 1ers ZZ Top, miaaaaam). Et ça a enchainé sur le rock anglais puisé dans le  blues (Stones, et surtout surtout Led Zep, plus grand groupe du monde et si t'es pas d'accord je t'em...papaoute), et lycée, rencontre avec Arbo et d'autres, et pour moi aussi, decouverte de Bloody Valentine, Sisters, Cocteau, Pixies, ACDC (!) .Yep, cette apres-midi de l'été 1988, ce clip, ce son, ces 12 mesures, tout a commencé..