Le pays de Candi

Publié le par arbobo


Vous êtes peut-être tombé sur ce nom, voire sur une critique du disque que Candi Staton vient de sortir, chez Honest Jon.

En 2003, une
compilation de 26 titres de la fin des années 60 et début 70 est parue. Aussitôt la presse spécialisée et le petit milieu des amateurs de soul music a dressé l'oreille et sorti les biffetons pour se la procurer dans les meilleures boulangeries. Juste ce qu'il faut de croustillant et de chocolat.  Candi Staton faisait de la soul à l'ancienne, de celle avec de vrais morceaux de blues dedans. De celle qui ne vieillit pas. Le seul défaut de ce disque est de ne pas contenir son gros tube de 1976, l'excellent Young hearts run free, fortement teinté de disco. Sur la pochette elle a l'air d'une ado.



On pourrait être surpris. En 1995 un best of de Candi Staton était paru, dans l'indifférence générale. Dix ans plus tard, la lumière, des articles élogieux... Pourquoi?

Dans les années 80, quelques compilations de rythm'n'blues ont eu un gros succès. Je me souviens d'une double, avec une pochette sur fond rose, où s'accumulaient  les tubes de Wilson Picket, Sam and Dave, Sam Cooke, Otis Redding... Toute une partie de la soul music n'est qu'une évolution de ces chansons. Certains morceaux de His hands,  le nouvel album de Candi Staton, évoquent Stand by me ou d'autre rengaines de l'époque que vous connaissez par coeur. C'est très bluesy, c'est bien fait, jamais de mauvais goût, elle a fait de meilleurs disques mais celui-ci rassure dans la forêt de soupe dont les chaînes musicales sont remplies.


Visiblement le best of de 1995 n'a pas beaucoup servi la carrière de cette chanteuse. Pas au point, comme le suivant, de lui permettre d'enregistrer un nouvel album. D'abord, il peut y avoir de basses raisons industrielles à cela. Certaines boîtes sortent à grande échelle des collections économiques à 1, 2, 3 euros, puisant dans tous les catalogues possibles, sans mettre un artiste en particulier en valeur et sans souci de promotion. C'est sur le volume total qu'ils font leur beurre. De temps en temps on a de la chance et on trouve une compil de morceaux inconnus de Jimi Hendrix pas mal du tout, mais sinon...

D'un côté, les films de Quentin Tarantino, dont les bandes originales se vendent à des millions d'exemplaires, ont vraiment redonné à la soul-funk ses lettres de noblesse. Qui ne connait pas, désormais, le Jungle boogie de Kool and the Gang tiré de Pulp Fiction? Après la sortie du film, impossible de faire une soirée comme DJ sans passer au moins 2 morceaux de cette B.O.  Et pour cause : on y trouve ausis des bijoux de Al Green (Let's stay together, à des millions de kilomètres au-dessus de la reprise poussive qu'en a fait Tina Turner) ou Son of a preacher man par Dusty Springfield. Candi Staton n'est pas très loin d'Al Green justement. Mêmes racines bluesy, même langueur du chant, mêmes rythmes chaloupés. Elle n'atteint pas le niveau du maître (qui l'a jamais atteint?), mais on peut difficilement lui reprocher.

Ces 10 dernières années, les soirées soul-funk se sont multipliées à Paris et ailleurs, des labels spécialisés dans les rééditions et les compilations prospèrent (les compils Pulp Fusion, par exemple), des albums de Curtis Mayfield sont réédités en 33tours 180 grammes (un tour au sous-sol de Gibert Joseph et on en trouve de pleines caisses), et des disquaires spécialisés ont ouvert. Ceux-là, j'en reparlerai une autre fois. Le genre se porte bien, et ça n'a rien d'une mode d'un été. Parmi mes liens,
We go funk montre le dynamisme du milieu.

L'avantage de Candi Staton, surtout son dernier album, c'est qu'il n'est pas un disque pointu pour afficionados. On peut se l'offrir ou l'offrir autour de soi sans crainte. Au pire, on vous dira que c'est sympa et que ça rappelle Norah Jones (enfin vaguement, pourquoi pas). En revanche vous serez quasi certain-e que vos amis ne l'ont pas déjà. Mais si vraiment vous aimez la bonne soul, offrez-vous un best-of de Al Green ou son dernier album, c'est tout de même au-dessus, sans conteste.

Elle joue le 25 août à Anvers. Avis aux amateurs.

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