Leadbelly gracié par sa guitare

Publié le par arbobo

Avec Robert Johnson, l'un des premiers bluesmen connus fut Leadbelly. Ce génie de la guitare douze cordes serait resté un inconnu si personne ne l'avait tiré de la prison où il végétait.

 

Son véritable nom est Huddie Ledbetter. Il est né en 1885 dans une plantation de Louisiane, rejeton d'une famille d'esclaves. Il loue ses bras à qui les veut bien, posant des rails ici, ramassant le coton là. Mais surtout, il joue de la guitare comme personne. Cette musique n'a pas encore de nom, car personne ne s'est encore soucié de l'enregistrer, elle ne semble pas intéresser les Blancs.

photo by Alan Lomax

Huddie est un batailleur, sa vie d'errance est parsemée de forfaits minables et de bagarres innombrables. En 1918 il est condamné à trente ans de réclusion, pour un meurtre qu'il a toujours nié. Après sept ans passés dans la ferme-pénitencier de Huntsville au Texas, il est gracié. Huddie avait composé un blues pour le gouverneur, dans lequel il demandait sa libération.

 

Mais en 1930 il comparait de nouveau, pour tentative d'homicide, et retourne en prison. Les détenus noirs y chantent, pour supporter la dureté du labeur, de vieux airs entendus depuis toujours, ou de nouveaux comme ceux de Ledbetter. Le texan John Lomax travaille pour la bibliothèque du Congrès. Il parcourt tout le pays pour enregistrer les chansons traditionnelles. Accompagné de son fils Alan, il arrive en 1933 à Angola, en Louisiane.

 

L'homme qu'ils découvrirent se fait appeler Leadbelly. Son répertoire de 500 chansons les impressionne beaucoup. S'inspirant de sa première libération, les Lomax décident de pousser l'idée à son comble. Leadbelly enregistre en prison un disque de ballades, avec au dos de la pochette une pétition demandant sa grâce. Libéré pour bonne conduite en 1934, il rejoint ses bienfaiteurs. Curieusement, c'est là que commence la partie la plus controversée de son existence.

 

Lomax l'emmène dans le nord du pays, où il tient ses premiers concerts. Leadbelly connaît quelques succès. Sorti du besoin, il est pourtant chauffeur des Lomax. Ces derniers lui ont fait signer un contrat leur octroyant les deux-tiers de ses cachets. Sauveurs de tout un patrimoine musical, les Lomax contribuaient néanmoins à faire du repris de justice le type même du bluesman, et à le maintenir dans la sujétion. Leurs enregistrements en prison de 1947 illustrent bien cette ambiguïté. En 1940, Leadbelly coupe toute relation avec eux. Menaçant ses protecteurs avec un couteau, il entend bien ne dépendre de personne et jouir seul de ses revenus. Mais sans eux, lui rétorquaient-ils, il croupirait toujours en prison. Lequel d'entre eux fut le plus ingrat?


NB : cet article fait partie d'une série commandée pour le site zestory, dont 3 ont été publiées, ici, , et encore là.
On peut retrouver Alan Lomax sur son site, et de nombreux enregistrements sur ce site d'archives.

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arbobo 25/01/2008 19:14

ooops, j'ai du un peu compresser pour tenir dans un nombre de caractères imposé ^^les lomax ont fait plusieurs enregistrements en prison, dont les plus célèbres sont les Prison songs de 1947. Ils avaient déjà rompu avec Leadbelly, en effet, à cette date.

Boeb'is 25/01/2008 19:05

interéssant! Par contre j'ai pas compris pour les dates. Il ont enregistrés en prison en 1947 mais il a coupé les liens avec eux en 1940... ?