Hang the DJ

Publié le par arbobo


voilà une phrase qu'on a dû penser de moi plus d'une fois, et pas toujours en hommage aux Smiths...

Petit récit d'une soirée, de la préparation au set proprement dit.
Etre DJ, c'est vague. Ca peut être en tant que résident d'un lieu, ou comme invité, ou encore ponctuellement sur un événement unique (un mariage, au hasard). On peut être choisi en raison des sets qu'on fait habituelement, ou simplement parce qu'on a besoin d'un pro, ou encore c'est le DJ qui a voulu jouer à cet endroit.
Les différences ne s'arrêtent pas là. On peut mixer pour faire danser, ou pour créer une ambiance sonore (bar, défilé de mode, boutique fashion, événement de communication...).
Enfin, on peut faire une soirée seul, ou un set avec d'autres DJ.

J'ai fait au moins 5 de ces formules, et c'est chaque fois une manière différente de travailler : mariage, soirée étudiante avec 2 autres DJ, dîner d'entreprise, bar, et enfin soirées privées. Sans compter les réveillons entre potes où je me retrouve collé à la chaîne.Vous me direz, faire danser, c'est toujours faire danser. Oui et non. Dans une boîte ou une soirée étudiante (dont le principe s'en rapproche nettement), on vient avec l'intention de danser, et soit on connait les DJ pour les avoir déjà entendus soit on a acheté sa place en sachant quel style serait joué. On a alors un public captif, acquis même si de mauvais choix peuvent nous le faire perdre en cours de soirée. Voir une piste se vider en l'espace d'un morceau, puis se remplir à nouveau en l'espace de 2 ou 3 fait partie des moments de DJ qui m'ont valu quelques auréoles sous les bras. On peut toujours se consoler en se disant qu'on a augmenté le chiffre d'affaires du bar (et quand on est co-organisateur, ça compte).

Le plus confortable c'est évidemment de mixer dans un bar lorsque c'est pour l'ambiance, et en dehors de quelques endroits come certains gros pubs qui se conçoivent comme une alternative au nightclub, dans les autres même si l'objectif est de faire danser ce n'est pas une obligation absolue. On peut donc se faire plaisir. Quand je mixe dans un bar, c'est uniquement pour y faire de la soul-funk, et plutôt en privilégiant l'ambiance sur les bpm.

Ca me permet de souffler un peu par rapport aux sélections des soirées privées. Attendez, je ne crache pas dans la soupe, j'adore faire des soirées privées, l'idée de contribuer à transformer un anniversaire en bonne soirée, le plaisir de voir des personnes qui refaisaient le monde depuis une heure sauter sur la piste en entendant "le" morceau et ne plus la quitter sauf pour venir vous remercier, on y prend vite goût.

Or une soirée entre amis n'a rien à voir avec le public d'une boîte. Parce que, la plupart du temps, ce qui réunit ces gens n'est pas leurs goûts musicaux. Et bien souvent ils n'ont pas tous les mêmes.
A la longue, on finit par savoir comment s'y prendre, y compris pour retarder l'hémorragie "dernier métro". Mais c'est chaque fois une découverte. Dans ces soirées plus que dans tout autre contexte, j'estime que c'est au DJ de s'adapter au public. Quitte à moins se faire plaisir sur la sélection. Evidemment on conserve un pouvoir de proposition, et on peut avoir sa "patte", mais ce qui compte reste de faire danser le maximum de monde le plus longtemps possible.

Comment faire? Puisque je connais pas à l'avance les invités, il me reste à faire le point préalablement avec les organisateurs de la soirée. En faisant le tri dans ce qu'on entend.
Ma seule règle est de toujours insister sur la black list : ce que les organisateurs ne veulent surtout pas entendre, ça compte bien pluis que ce qu'ils veulent entendre. Le truc à éviter par dessus tout c'est qu'ils se disent "oh non merde, pas ça!". Quand on tombe sur des personnes qui ne retiennent aucun nom de groupe et pour qui les intitulés de styles musicaux sont de la science fiction, ça peut me mettre en situation délicate. En revanche, lorsque les organisateurs savent exactement ce qu'ils veulent, ça peut être tout aussi trompeur, surtout s'ils ont des goûts pointus. Quand on invite 80 personnes, ce n'est pas pour danser tout seul sur le morceau inconnu qu'on est seul à connaître. A vrai dire la question n'est pas forcément de passer des morceaux connus ou évocateurs, mais ça entre en ligne de compte.

Quand on vous dit "on veut du rock", ça ne veut rien dire, ou plutôt tout et son contraire. "On veut des trucs dansants", sans blague. Combien de fois n'ai-je pas vu venir une personne qui ne faisait pas partie de la cinquantaine en train de danser, venir vers moi pour me dire "tu peux pas mettre un truc dansant?" Il n'existe aucun morceau au monde qui soit "un truc dansant", même si je dis souvent de tel ou tel tuibe que c'est du pur dancefloor ou que c'est une tuerie. L'autre soir on m'avait demandé "de la musique africaine". Or j'en ai peu, et comme c'était un truc parmi d'autres je n'ai pas écumé les boutqiques pour avoir des heures d'avance au cas où.  En discutant avec l'organisateur, on évoque Salif Keita, Angelique Kidjo, Amadou et Mariam. Impeccable, je les avais cités parce que j'ai des morceaux d'eux, tout va bien. Manque de bol, des invités sont venus me dire "oui c'est africain, mais c'est pas ce style là qu'on voudrait". Là, je pourrais mettre ça sur le dos de l'organisateur, mais c'est moi le DJ, pas lui. Je pourrais aussi me morfondre en me disant que j'ai merdé, mais bon, je n'ai passé que 3 morceaux afro dans la soirée, et le reste bien fonctionné, au final c'est même une soirée qui a bien marché si j'en crois les commentaires.
Ca n'empêche qu'il faut ramer et se creuser la tête. Ce qui va faire venir sur la piste les premiers danseurs n'est pas forcément ce qui va retenir le plus grand nombre par la suite. D'aileurs par quoi commencer... on peut jouer la sécurité, mais se contenter de singer le top 50 par commodité n'est pas l'idée que je me fais d'un DJ.
Alors on profite de ce moment charnière, le warm up, pour essayer des trucs. Si ça prend, ça danse tout de suite, sinon, on évolue et ça dansera un quart d'heure ou parfois une demi-heure plus tard si les invités sont difficiles à bouger. surtout, ne pas se décourager, et ne pas hésiter à changer son fusil d'épaule. Et toujours avoir des yeux, guetter les réactions de plaisir ou de dépit aux changements de morceau, et essayer de ne pas perdre les danseurs fous, souvent des filles soit dit en passant, qui vont animer la piste et éviter qu'elle se vide quoi qu'il arrive.

Jolis principes, mais on a une volonté des organisateurs à respecter, et parfois des demandes des invités qui tombent pile dans la black list, alors il faut composer, et proposer d'autres pistes. A la longue on finit par avoir sinon des recettes du moins 2-3 bottes secrètes pour se tirer de ce genre de mauvais pas. Car ça ne fait que commencer. Il est 23h30, tout le monde danse, c'est parfait. Maintenant il faut durer. Composer avec les goûts des uns et des autres qui, sortis de quelques morceaux imparables (oui je sais, y'a pas de morceau imparable), n'ont pas les mêmes attentes. Ce n'est pas qu'une question de tempo à varier pour s'épuiser puis se reposer, puis s'épuiser à nouveau. Qui dit anniversaire dit gâteau et cadeaux. Génréalement, on les sort au moment où la soirée bat son plein et avant que les premiers couche-tôt ne s'en aillent. Coupure nette, totale. Généralement suivie du traditionnel champagne, or une fois qu'on a remis le son la plupart des gros danseurs sont une coupe à la main, mais il ne faut pas non plus que la pression retombe. Quand il y a 2 coupures comme certains soirs, j'avoue que je me fais un peu des cheveux, garder un public sur la piste sera toujours plus facile que de le faire revenir.

La gestion de la soirée se poursuit. Par gestion, je veux dire que les personnes qui partent en cours de soirée changent la donne, et qu'il faut s'en rendre compte le plus tôt possible. Autrement dit, inutile de planifier 5 morceaux à l'avance, on passera forcément autrechose. Et ça, c'est un des aspects vraiment bien quand on est DJ, je passe mon temps à essayer d'emmagasiner des informations et essayer d'en tirer les bonnes conclusions. Ne pas persévérer trop longtemps dans un style, ne pas proposer trop tôt un style décalé, ne pas maintenir un rythme élevé un morceau de trop, etc. Quand on fait bien son boulot on n'a pas trop le temps de chômer (je laisse de côté les questions techniques comme le règlage du volume, l'égalisation du son, le calage des départ et les enchainements, qui sont relativement secondaires).

Au final, tenir une soirée entière demande  surtout 1/des disques 2/être attentif. Ca se résume à ça. De toute façon un bon DJ n'est jamais à l'abri de passer à côté un soir, alors l'envie de bien faire et de s'amuser, voilà notre matière première :-)
C'est pour ça que quad on me dit "c'est pas bien compliqué", j'aimerais démentir mais je ne suis pas certain de pouvoir le faire.

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