Where did our love go?

Publié le par arbobo

Love sans Arthur Lee -qui vient de mourir le 3 août à l'âge de 61 ans- c'est comme les Doors sans Jim Morrison, ou comme les Beach Boys sans Brian Wilson : une coquille vide, un attrappe-couillon.

Arthur Lee le métisse, brillant musicien, était un personnage haut en couleurs qui ne rechignait pas à écrire sa propre légende. J'ai un peu de mal à croire la version la plus hagyographique. Par exemple, il a prétendu être celui qui a convaincu son label, Elektra, de signer les Doors. Il a aussi prétendu être l'inspirateur de Jimi Hendrix, dont il était un ami. Hendrix aurait commencé, en 1965, sur une session d'enregistrement d'un morceau composé par Lee, qui est devenu un de ses amis. Hendrix et Love ont jou ensemble en concerts et on le croise sur certains morceaux, comme Everlasting first sur l'album False start (1971).
Car à l'époque, Love ça n'était pas n'importe qui. Si aujourd'hui ce nom n'est guère connu que des amateurs de rock psychédélique et de la Californie des années 1967-68, à l'époque le groupe pouvait afficher des prétentions élevées.

Prétentions était bien le mot, en parlant d'Arthur Lee. Mais on doit reconnaître que ce type avait de l'or dans les doigts. Un excellent songwriter. En 1992, Arthur Lee a ressorti un album, sobrement intitulé Arthur Lee and Love. Aussitôt la presse lui a tressé des louange (ou tressé des lauriers, merci de m'éclairer sur l'utilisation correcte de cette expression que j'ai tendance à massacrer). Occasion de quelques rééditions, et occasions de quelques interviews.
Il était assez amusant de lire dans les Inrockuptibles, alors encore un mensuel très arty, le journaliste s'efforcer de trouver un sens intellectuel ou recherché derrière les paroles de Lee. D'où une question sur un titre "très psychédélique" : She comes in color. Sourire embarrassé d'Arthur Lee, qui explique benoitement "tu vois, parfois ta copine a ses règles, et vous faites l'amour quand même...". She comes in color, donc, pas spécialement psychédélique. romantique? Heu... non plus. 

On trouvait sur le disque de 1992 un titre finement écrit, repris peu de temps plus tard par Mazzy Star. Dans leur deuxième et magnifique album, So tonight that I might see, ils reprennent Five string serenade, avec sa mélodie impecable.

Il n'a que 18 ans quand il signe son premier disque chez les californiens Capitol records, en 1963, et c'est encore un gamin quand son nouveau groupe Love entre chez Elektra en 1965.

On résume généralement le parcours de Love à leurs trois premiers disques, en particulier Forever Changes. Après ce qu'il est convenu d'appeler leur chef d'oeuvre (et l'un des tout meilleurs disques de 1967), Lee a dissout le groupe.  Plus d'un se seraient arrêtés sur ce coup de maître  même si les ventes de l'époque ont été faibles et inversement proportionnelles à la postérité croissante de ce disque. LOVE, c'était à 99% Arthur Lee, qui composait presque tout. Avec de nouveaux musiciens, il enregistra encore quelques albums, pas nuls du tout. Mais les grandes heures se conjugaient au passé jusqu'en 1992. Même ensuite, ses concerts ont soulevé un enthousiasme variable.
 
Forever changes a été réédité avec 9 plages additionnelles. On y trouve tout le talent de composition de Lee, et son sens des arrangements. Alors qu'il lui est arrivé de tirer vers un son rock assez dur, il joue ici la finesse, délivre une pop très ouvragée  comme Brian Wilson savait lui aussi les faire. Ce n'est pas un  groupe californien pour rien. A la même époque, la capitale de l'automobile Detroit voit éclore un son brutal avec MC5 et les Stooges, mais Love est bien loin de tout ça et mérite parfaitement son nom.

Avec Arthur Lee, c'est un peu plus une génération dorée qui s'efface. Il reste Mick Jagger et Keith Richards, David Bowie, Paul Mc Cartney, Roger Waters, Ray Davies, Iggy Pop, Brian Wilson, Lou Reed, parmi les plus grands de l'époque la plupart sont encore là. Mais les départs consécutifs de Syd Barrett et Arthur Lee mettent le sablier un peu plus au centre de la pièce. Il nous reste encore quelques bonnes années devant nous ;-)

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arbobo 09/08/2006 11:44

;-)
j'aurais pu mettre nino ferrer parmi les disparus, et bob dylan parmi les vivants. de toute façon quand on commence une liste on la sait d'avance inachevée.

Christophe 09/08/2006 10:42

He ! Il reste quand même aussi Johnny Haliday, Eddy Mitchell et leur fille Joni Mitchell.
Et ça, évidemment, personne n'ose le dire...