Jeudi 10 août 2006

 

Un jour je suis allé voir au cinéma un James Bond pas comme les autres : Casino royale, l'épisode le plus déjanté de la série, avec Alec Guiness. Le pied total. Le jour même j'ai foncé chez le disquaire acheter la bande originale. Pour le parfait The look of love de Burt Bacharach chanté par la divine Dusty Springfield. Mais aussi et surtout pour le thème, furieuse samba qui cavalcade à travers le générique pour finir par vous trotter dans la tête durant des heures. Et c'est là, sur la pochette, que j'ai découvert le nom de Herb Alpert. Son groupe, sa fanfare plus exactement, s'appelle Tijuana Brass (brass = fanfare en anglais, ceci expliquant peut-être cela).

Jusqu'ici, durant des années, le nom d'Herb Alpert évoquait pour moi 1/la trompette, son instrument, 2/la quintessence de l'easy listening. J'aime bien l'easy listening, mais bien des gens pensent Herb Alpert quand ils disent "musique d'ascenseur".

Puis je trouvais un peu plus d'infos sur l'easy listening, et je découvrais 2 autres de ses papes, aux pochettes tout aussi bariolées et au son qui flirte avec celui d'Alpert : Engelbert Humperdink, et Bert Kaempfert. Autant dire qu'on tient là une trinité qui s'est efforcée de rendre leur musique aussi facile d'accès que leurs noms sont imprononçables (s'ils ont de l'humour, ce sont des pseudos, mais je crains que ce ne soient leurs parents qui aient un peu trop forcé sur le Campari).

Jusqu'ici, tout va bien, on a du second degré, on écoute des bouses et on en parle fièrement à ses copains. Normal. Sauf que le vice m'a pris. J'ai d'abord trouvé dans le grenier familial un 45t quatre titres d'Alpert, parmi lesquels une romance nostalgique, Cantina blue. Le mal était fait : j'adore ce morceau. Sans second degré, au tout premier degré. Déchu et fier de l'être.

La suite, c'est celle d'un banal addict aux cochonneries de supermarché, on m'offre un vinyl, je m'en dégotte d'autres, pas cher mais bon, rien que le fait de les acheter, ça vous catalogue un bonhomme. Pire que ça : j'exhibe dans ma chambre mon trésor, l'album Whipped cream et sa pochette, l'une des plus sexy et les plus scandaleusement excitantes de l'histoire des 30 centimètres (je parle de disques, hein, rappelez-vous, bon, merci). Dolores Erickson

Les albums d'Herb Alpert et Tijuana brass ont été réédités tout récemment, accompagnés de 2 compilations. La première Lost treasures est une collection d'inédits, et la seconde, Re-whipped, remixe les morceaux de Whipped cream avec plus ou moins de bonheur. Je préfère les vieux inédits. On trouve parmi eux pas mal de reprises, puisque Alpert avait pour coutume de massacrer plusieurs tubes par album. Là, par une divine surprise, Herb remonte au niveau de Casino et de Cantina, et nous sert une version chantée de They long to be (close to you). Et la magie opère. La magie tout d'abord d'une composition qu'on reconnaît des les premirèes mesures : ça, c'est du Burt Bacharach. Encore!

Décidément, Bacharach. Mais quand on fait des reprises il est normal de puiser chez les plus grands compositeurs. Sauf que le lien est plus direct. En 1968, pour la première fois le duo magique Burt Bacharach/Hal David obtient un numéro 1 des ventes : This guy's in love with you est chanté par un certain Herb Alpert, rencontré 1 an plus tôt pour Casino royale Histoire de rappeler qu'avant d'être trompetiste et band-leader, Alpert fut avant tout chanteur et compositeur.

Accrochez-vous, c'est là qu'on en décolle. Herb Alpert, musicien de disques soldés, qui trimballe sa trompette sur de la country hispanisante alors qu'il est américain? Ben non. Pas seulement. Loin de là. En me rencardant sur lui j'étais loin, très loin, de m'attendre à ce que j'allais trouver.

Je ne connais pas ce titre pour lequel il a été n°1, alors ça ne signifie pas grand chose pour moi. En revanche, Wonderful world de Sam Cooke, je connais. Les chansons de Sam Cooke ont bercé mes années de lycée avec autant d'assiduité que les riffs des Pixies. Wondeful world, très jolie romance pop, reprise plusieurs fois par la suite, a été co-composée par Cooke, Lou Adler et... Herb Alpert. En 1958. Fort de ce succès, il est signé en 1960 comme chanteur chez RCA records. On s'en fout, passons à la suite. En 1962, avec Jerry Moss, il crée une maison de disques qui change rapidement de nom pour s'appeler, tout simplement : A&M.

A&M records, c'est un label pas dégueu, et dans toutes les maisons vous avez plusieurs disques édités par eux (par exemple vos albums de Police). D'ailleurs le logo du label est souligné par une tompette. Trompettiste au son inimitable mais souvent agaçant, Herb Alpert est en vérité un grand producteur. Ca change un peu le tableau. Parmi les artistes dont il a lui-même produit les disques, on compte le crooner magnifique Lou Rawls (que je vous conseille vivement), Gato Barbieri, Michel Colombier, ou Chris Montez dont The more I see you est encore aujourd'hui un tube planétaire. La liste du label est assez longue.

Moi qui m'apprêtait à classer Herb Alpert avec Humperdink et Kaempfert, à savoir entre le bac à lessive et le bac à frites, j'avais tout faux. Ce type là joue dans une toute autre catégorie. Et pas le mauvais gars, en plus : il a créé il y a quelques années une fondation à son nom, qui récompense chaque année (50'000$ à la clef) 5 artistes prometteurs. Il ne récompense pas que des musiciens, et d'ailleurs c'est lui qui, en 1993-94, a produit à Broadway la pièce de Tony Kushner Angels in America (que j'ai jouée quand j'étais étudiant, vous vous en foutez mais pas moi). Je ne vous parlerai pas de sa peinture, je ne sais pas à quoi elle ressemble.

Si j'étais plus vieux ou américain ou archiviste (oh merde, je SUIS archiviste!), je ne serais pas tombé de haut. Je me serais souvenu qu'en 1966 Billboard a désigné Alpert "record man of the year", ce qui va de soi pour un type qui venait de vendre près de 14 millions d'albums dans les 12 mois écoulés.  Ahurissant, vous dis-je. Avec Tijuana Brass, en 1967 il explose les ventes et entre au Guiness des records pour avoir placé plus de titres dans le top 20 que... les Beatles. Il n'est pas du genre à se les rouler, Herb.

Il y a un autre artiste qu'Alpert a produit et qui mérite une mention spéciale. Brazil 66 est le nom du groupe qui accompagna durant 4-5 ans un musicien brésilien, Sergio Mendes. Et avec ce groupe, Sergio Mendes a fait parmi les plus belles reprises de ces années là, notamment un (I can't get no) satisfaction et un Light my fire génialement décalés.  Mais Sergio Mendes et Brazil 66, c'est aussi un tube astronomique, auquel on ne peut échapper depuis quelques années et qui passe actuellement sur toutes les radios dans une version rénovée : Mas que nada. Merci qui?

Et voilà comment, alors que je croyais aimer un has been un brin rétro, j'avais en fait sous la main un des acteur majeurs de la pop des années 60. Comme un gland, j'étais passé à côté du fait que plein de mes 45 tours qui trônent sur mes étagères sont passés par ses mains.

 

Par arbobo - Publié dans : des artistes, des disques
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

arbobo déménage

attention :
www.arbobo.fr

nouvelle adresse, nouveaux contenus :-)

Recherche

 
Blog : People sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus