Ceci n'est pas une pipette

Publié le par arbobo

We are the Pipettes, on dirait le nom d'un peep-show. Habitant Pigalle, ça m'a rappelé chez moi, je suis entré, j'ai écouté.

The Pipettes est un groupe de filles, dont le premier album qui sort après demain puise tout droit dans le répertoire du swinging London (un EP 5 titres Meet the Pipettes avait déjà fait monter la sauce, les concerts estivaux ont fait le reste). Ca sent les sixties à plein nez, c'est régressif comme tout et plaisant. On se demande quand vont sortir des rues avoisinantes les gars en culotte courte et vestes rayées, on regarde derrière soi mais non, finalement non, nous sommes bien en 2006 (enfin bien, ça dépend, mais nous y sommes, pour sûr).

Si vous avez acheté ce disque, si vous êtes fan des Pipettes, réjouissez-vous et arrêtez ici votre lecture. Si vous n'avez pas encore le disque et hésitez à vous l'offrir, lisez ce qui suit et décidez si vous êtes un pisse-froid dans mon genre ou plutôt celui à profiter de cette pop-fraicheur sans arrière-pensée.

Ca buzze pas mal autour des Pipettes, alors j'ai eu envie d'aimer.

Ce trio 100% Brighton nous ramène à Blow Up et à Dim Dam Dom, et je me surprends à penser que mes parents dansaient sur des trucs de ce genre. Pas très rassurant. Jusque dans les vêtements, ces robes à pois très très rétro qui superposent l'ambiance visuelle à l'atmosphère sonore. A première vue tout cela sent la facilité à plein nez, mais bon, je suis co-responsable d'un blog qui célèbre les compils approximatives de Mario Cavallero et je passe mon temps à vanter les merveilles d'antan, alors pourquoi faire le difficile?
Parce que je suis toujours un peu suspicieux envers les mises en scène du passé à la sauce d'aujourd'hui. Par exemple l'émission de Canal+ qui diffusait des sujets actuels avec un habillage très 1968, je n'ai jamais pu accrocher.

Aimer Julie London et Gene Vincent (et n'espérez pas me les faire reniez, vous aurez du mal), c'est une chose. Refaire du vieux avec du neuf alorsqu'il reste tellement à exhumer des caves et des greniers, je ne suis pas fan. En fait c'est un peu plus que cela. Je me demande souvent si la sauce rétro ne permet pas d'atténuer le regard critique qu'on pose sur les nouveautés. En sonnant "comme à l'époque", on bénéficie par extension de la bienveillance qu'on a lorsqu'on écoute des vieilleries. Même lorsque c'est mauvais, au pire on trouve ça "marrant", et le tour est joué, alors que pour ce qui sort de la Star'ac ou les derniers tubes que nous propose la radio nous sommes, la plupart d'entre nous, souvent intraitables.
Puisque j'ai commencé, je pousse mon questionnement à l'extrème : les artistes eux-mêmes, the Pipettes par exemple, ne perdent-ils pas en exigence artistique lorsqu'ils s'engagent dans cette pseudo-reconstitution? Tant d'effort déployés pour "faire sixties", là où une musique sixties, elle, n'a qu'à traverser nos oreilles pour révéler son époque. Par moment elles sonnent comme les Ronettes, ce qui est très chouette. Ca donne alors Pull shapes, un de leurs probables singles. Mais Je n'aime pas la production, très mate, et les arrangements de cordes sont très limite et les claquements de mains un peu bourrins.

J'avoue, là je fais le mauvais coucheur, sur la démarche. J'en fais même un peu trop. Il n'empêche, je maintiens ma suspicion. Mais ça ne nous dit pas ce que valent les Pipettes comme groupe de rock.
Hé ben... je confirme mes réticences.

Il faut dire aussi que le premier clip proposé sur la page de leur label, celui de leur single Dirty mind de novembre dernier, est une catastrophe. Visuellement mollasson souvent cadré trop large et sans rythme (alors que le morceau un rock'n'roll rapide), il est raté en tant que clip. Mais surtout, il pompe éhontément Back to where we started from, de Maxine Nightingale (en nettement moins bon). Je préfère donner un peu de publicité au petit bijou disco-pop de Maxine (que vous écouterez ici).

Mais il serait dommage de s'arreter là. Avec your kisses are wasted on me, présent sur leur EP, on tient un titre accrocheur, aux paroles rigolotes. A ceci près que les envolées de la lead quittent totalement les 60s et nous amènent en pleines années 80, quelque part entre Blondie et Annie Lennox. A quoi bon les robes à pois, les filles, si c'est pour vous affranchir aussi radicalement de l'époque que vous prétendez incarner? Même anachronisme bizarroïde dans Pull shapes (ça s'entend parce que précisément les deux styles sont rétro, mais avec 20 ans d'écart). En fait dès le We are the Pipettes d'ouverture on lorgne plus vers les mods que vers la pop. On s'y perd un peu les tympans.
Vous voyez, j'ai décidément du mal à ne pas redescendre illico, malgré l'énergie plaisante et les refrains bien balancés de ce disque. Une belle énergie surf qui ouvre superbement Why did you stay (meilleur titre de l'album?). Alors, bon? Mauvais? Inégal, tellement inégal, voilà tout. Ce n'est qu'un premier album après tout, n'en demandons pas trop, il n'y a qu'une PJ Harvey et qu'un Jeff Buckley par génération.

The Pipettes ne fait pas partie de ces groupes qu'on emmène sur une île déserte. Le problème c'est que les 60s, ça me fait l'effet inverse de la plupart des gens. Au lieu que ma bienveillance se réveille, c'est ma sélection personnelle de tubes de l'époque qui défile à mes oreilles. Et la comparaison est cruelle.

Honnètement, je n'en veux pas aux Pipettes. Je suis surtout dubitatif. Je me demande ce que vaudra ce disque dans 1 an, et c'est probablement ce qu'il n'est pas censé être : un disque qu'on écoutera dans 1 an. Je me demande sérieusement si c'est juste un one-summer-band qui rejoindra Bananarama au panthéon des groupes sans génie, ou si avec persévérance et exigence elles se hisseront au niveau d'Elastica.

Un titre comme leur Judy, réussite qui rappelle (enfin!) les succès des girl-groups d'antan, permet d'espérer. Le titre sonne juste de la premier à la dernière note, et fera même verser une larme aux fan d'American graffiti grâce à ses guitares surf plus vraies que nature. Une version acoustique figurait déjà sur le EP, ici elle est orchestrale.
Il reste un espoir, docteur? Oui. Espoir confirmé avec le très bon Tell me what you want.

Mais je préfère sans conteste un autre groupe rétro, bien que leurs musiciennes aient un jeu très approximatif. Souvenez-vous de Kill Bill, dans le restaurant à Tokyo, un trio de japonaises déjantées balance un mélange de surf et de rockabilly. Le résultat est presque à hurler de rire, et ourtant ces morceaux sont avant tout réjouissants.  Le son est autrement plus convaincant que celui des Pipettes, l'ambition affichée est apparemment moindre et le résultat pourtant nettement meilleur. Ce trio (encore!), ce sont les 5,6,7,8s. Rien que leur nom, déjà, me bidonne, et l'un des titres de la BO du film, Woo Hoo, a tout pour plaire. Le groupe a 20 ans, et désormais une renommée mondiale bien méritée.

Comment ça, je connais l'album avant même sa sortie officielle? Ah oui, vous aussi vous avez remarqué ;-)

 

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arbobo 29/08/2006 10:57

et voilà... le petit rappel taquin d'une navigatrice qui a de la mémoire.
Quelqu'un saurait me dire pourquoi j'ouvre toujours trop ma grande gueule?
;o)  (ok, je crie bien haut mes plus sincères objurgations)

sev à arbobo 29/08/2006 10:44

Tu pourrais pas nous objurguer plutôt, je préfère... ;-)

arbobo 29/08/2006 10:42

je vous conjure au contraire de ne pas arrêter :-)
j'adore!

sev à christophe 29/08/2006 09:42

Si si pas mal... mais moins bien que Khaled Zeppelin.
Bon OK Arbobo on arrête... pffff

Christophe 29/08/2006 07:49

Ha oui ! U2B3 ! en plus, j'imagine assez bien le mélange.
J'ai moins bon : Jeanne Mass Hysteria