The revolution will not be televised

Publié le par arbobo

En musique, en art, on a des "préférés", dont on suit la carrière, dont on guette le "nouvel album". Et puis il y a les héros. Des artistes qui comptent. Qu'on a envie de faire connaître, au-delà du simple plaisir musical, parce qu'il se passe "quelque chose" (au niveau du vécu, pour parler le branché des années 80).

A cela, il y a des signes, qui trompent rarement. Les disques que j'offre ne sont pas forcément ceux que j'écoute le plus, mais ils comptent. Parmi eux, Catpower évidemment, ou le Liberation music orchestra de Charlie Haden et Carla Bley. Plus qu'un concept, plus qu'une formation, pas exactement une expérience. Quelque chose qui compte. Mercredi dernier, le Liberation Music était en concert à La Villette, et je n'ai pas trouvé de place. Dans le baba. Floué. Triste, jaloux, et autres parralèlépipèdes rectangles où je pense. Bref, j'aurais voulu y être.

Charlie Haden est un demi-dieu de la contrebasse jazz, catégorie où l'on croise du beau monde, Charlie Mingus en tête. Et je n'en parle pas simplement en raison de leur instrument. Mingus fait partie de ces musiciens qui ont pris ouvertement part au combat pour les "droits civiques", en tant que Noirs. Quand on pense "jazzmen engagés", on pense souvent à Mingus avant tout autre, lui qui avait gagné le surnom de "the angry man of jazz". Son autobiograpie était radicalement intitulée Beneath the underdog (moins qu'un chien).
Mais, si un orchestre à son nom continue de parcourir le monde, c'est un Blanc qui a peut-être le mieux fait vivre la communion du combat politique et l'exigence jazzistique. Charlie Haden, né en 1937 et de 15 ans le cadet de Mingus, a longtemps fait une carrière de sideman (ceux qui jouent autour d'un bandleader), en particulier dans l'ombre du grand nom du free jazz Ornette Coleman, puis de Keith Jarett. Que du beau monde, qui a une haute idée du jazz et qui prend le temps de réfléchir à son contenu.

Manière de dire que Haden a toujours été du côté d'une certaine radicalité, et du côté de l'expérimentation. Avec le Liberation Music orchestra, il a créé un objet nouveau, où musique et politique sont indissociables. Pour le dire vite, Charlie Haden et Carla Bley adaptent pour une formation touffue des chansons révolutionnaires, par exemple de la Guerre d'Espagne ou encore l'inoubliable chant  mexicain El pueblo unido jamas sera vencido (le peuple uni ne sera jamais vaincu). Contrairement à Mingus, qui en tant que noir avait un travail à faire pour son propre peuple dans son pays, Haden et Bley sont aussi blancs l'un que l'autre. Leur engagement n'est donc pas guidé par un impératif du même genre, mais par une soif d'égalité et une adhésion sincère aux combats des opprimés du monde entier. Dans leur cas, aucune raison de se cantonner aux Etats-Unis, et au contraire un certain internationalisme plane sur les disques de l'orchestre.

Ca n'a rien de théorique. Le combat est une réalité dure, et le free jazz que Haden a contribué à faire vivre est aussi une musique de liberté qui peut être assez dure elle-aussi. Et pourtant, grâce à la sensibilité de Haden et au talent d'orchestration ébouriffant de Carla Bley, les disque du Liberation orchestra sont d'une douceur étonnante. La force du propos ne s'accompagne pas d'une forme abrasive. Loin d'évoquer le sang des victimes, cette musique porte l'enthousiasme militant, galvanise les troupes avec lyrisme.
Je veux dire par là que si certaines oeuvres traduisent la douleur, font ressentir le degré d'abandon dans lequel se trouvent les ghettos noirs (Ghetto's misfortune, de 24 carat Black), ici au contraire on sent un élan, un optimisme qui aide à continuer la lutte.

Pour une fois, Charlie Haden n'a pas ici les habits du second couteau, mais le rôle du leader et d'inspirateur. Si le line up de l'orchestre a légèrementé évolué, on y trouve une bonne dose de cadors (Gato Barbieri) et des noms du free comme Don Cherry (décédé récemment).

L'orchestre n'a gravé que de rares disques. Mais il arrive que la formation soit reformée pour des concerts, notamment en Europe. Un remarquable documentaire a d'ailleurs été tourné lors du passage de l'orchestre à Marciac en 2004. C'est en 1969, dans le sillage d'une année 1968 qui a ébranlé le monde entier, que Charlie Haden sort sous son nom le disque Liberation Music Orchestra. Le disque reçoit le prestigieux prix de l'académie Charles Cros. Si le combat des Noirs américains est évoqué (We shall overcome), on y trouve aussi song for Che (Gevara, bien entendu).

Par la suite, il reprend ce nom pour désigner la formation qui l'accompagne, toujours avec Carla Bley. Longtemps, très longtemps après la premier album. En 1983, sans Barbieri mais avec Sharon Freeman, ils gravent un des plus beaux disques de l'histoire de la musique, Charlie Haden avec Carla Bley en tout cas un de ceux qui m'émeuvent le plus, Ballad of the fallen. C'est un disque que j'ai offert à plusieurs reprises et que j'offrirai encore, tant il me touche profondément. Le troisième disque sort en 1990, Dreamkeeper, qui contient une version de l'hymne de l'ANC sud-africaine (l'actualité politique, toujours au centre du projet). En 2005, l'orchestre est reformé (très remanié), pour Not in our name, disque qui reprend le slogan des anti-guerre du monde entier. Le choix des titres est comme d'habitude sans ambiguité, incluant notamment le This is not america de David Bowie, et Amazing grace, le chant mortuaire américain par excellence. Le propos anti-bush est clairement affiché.

Charlie Haden et Carla Bley, infatigables militants, jazzeux de génie, et malheureusement pour moi il faudra que j'attende la prochaine occasion pour assister en live à ce prodige.

PS : Les Inrocks du jour m'apprennent la mort du saxophoniste Dewey Redman, qui appartenait au LMO. Rest in Peace, brother.

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cactus 15/09/2006 14:32

dépité le jo nie pas : à la relecture , je le vois " la soul traine" hooo j'apprécie mais là trop de favorites et favoris alors des fois je bugggggggg tel Bunny !
bien à toi et à ton blog Royal dirait Ségolaine !

arbobo 15/09/2006 12:19

yesso !tiens cactus, dans mon billet sur la différence soul/funk, j'avais glissé une vanne de jazzeux en disant que "la soul traine" ;-)(oui c'est un métier, je sais, je débute)

cactus 15/09/2006 10:31

juste pour toi alors , fin du report'âge :
http://jocacponcetus.over-blog.com/article-3844492.html

arbobo 14/09/2006 21:06

cool :-)

cactus 14/09/2006 20:42

t'es allié né chez moi là alors prudence , le second en paretant de ma faim juste sur Djac !
http://jocacponcetus.over-blog.com/