Portes ouvertes

Publié le par arbobo

J'ai déjà évoqué les artistes qui consacrent un disque entier à des reprises.

Le côté sympa est qu'on entre un peu dans les goûts de l'artiste, parfois très éloignés de sa production habituelle. Lorsque c'est réussi, les reprises portent toutes la marque du repreneur (du couvreur?).

Béatrice Ardison est passée maîtresse dans l'art de dénicher des reprises intéressantes, décalées, comme peuvent l'être pour les plus connues le I will survive de Cake ou le Hurt des Nine Inch Nails repris par Johnny Cash. Passons... Passons également sur les "tribute", où 20 artistes différents rendent hommage à un seul artiste (I'm your fan est un bon exemple d'hommage rendu à Leonard Cohen).

J'ai un peu de mal à compter les disques de Nouvelle Vague comme émanant d'un artiste. Le très bon Marc Collin est plutôt pour moi l'organisateur d'un projet. Je dis projet, puisque les interpètes vont et vienne de morceau en morceau et de disque en disque. Mais projet aussi en raison du principe : prendre uniquement des titres de "new wave", et les jouer de manière décalée façon "bossa nova". Ces 2 courants musicaux se traduisent en français de la même manière : nouvelle vague. Malgré la qualité des titres originaux et celle des reprises, on est presque avant tout dans le concept. J'aime beaucoup certaines de ces versions, mais de la part d'un type comme Marc Collin on aurait pu attendre plus exigeant que cette lounge pour bars du 8e arrondissement.
Concept en effet, puisque Collin n'a aucune attache particulière au registre bossa nova. On est donc loin des reprises reggae des groupes jamaïcains de Studio One qui écumaient les charts anglais et américains. Les compilations comme 100% Dynamite (et les suivantes, jusqu'à 600%) en contiennent de super.
Pour en rester à Nouvelle Vague, tous les titres repris ne sont pas des tubes comme I just can't get enough de Depeche Mode ou Guns of Brixton de the Clash. D'autres ont été des succès quasi oubliés depuis, comme le génial this is not a love song de P.I.L. ou Making plans for Nigel de XTC, et certains comme the killing moon de Echo and the bunnymen n'étaient pas sortis du ghetto "indépendant". Faire connaître les chansons de ces artistes, même si personne ne fait attention à leur nom, c'est déjà bien. Après tout, on a rarement trouvé grave que le public ignore que Mr tambourine man des Byrds soit une reprise d'un titre de Bob Dylan, qui a aussi écrit All along the watchtower immortalisé par Jimi Hendrix.

Senor Coconut, de son vrai nom Uwe Schmidt, est un projet alternatif de ce pape de l'électro allemande. On peut penser qu'il a donné des idées à Marc Collin, en reprenant en 2003 façon latino des standards mondiaux (Smooth operator, Oxygène, Beat it) comme sa version hamac et jus de papaïe de Smoke on the water. Il a aussi consacré un album entier à des reprises latino de Kraftwerk. Il a un bon pète au casque le garçon.

Les jeux de notoriété sont subtils. Le trio franco-new yorkais Ivy, auteurs de quelques albums pop très sympa (et parfois un peu mieux que ça), n'ont pas eu de véritable succès, en dehors de celui très involontaire du titre utilisé en générique de la série les 4400. C'est en 2002 qu'ils ont sorti Guestroom, excellemment nommé. La plupart des titres repris sont connus, de Let's going to bed de Cure (meilleur titre du disque) à Be my baby des Ronettes. Mais d'autres ne sont connus que d'une petite partie du public et ne sauraient servir à attirer le chaland, comme Streets of your town, titre que j'aime beaucoup, tiré de 16 lovers lane des Go-betweens (leur album qui a eu le plus de succès, assez relatif en termes commerciaux). Le disque est très inégal et par moment très décevant.

Cat Power commençait à avoir un peu de succès, mais rien de phénoménal, quand elle a publié the covers record en 2000. Elle ouvre crânement son disque par une mise en garde radicale : il faudra des dizaines d'écoutes pour reconnaître dans ce morceau le Satisfaction de Jagger et Richards. Nous voilà prévenus. D'abord, on n'est pas là pour profiter des succès des autres afin de faire un disque "facile". On n'est pas là non plus pour faire des tubes. Et enfin, on est dans un disque de Cat Power, et de personne d'autre, alors oubliez les versions originales de toute façon elles sont à mille lieues de ce que vous allez entendre. La suite du disque est moins dans le contre-pied, mais la patte de Chan Marshall reste puissamment imprimée sur ces versions.
On n'est pas surpris de retrouver dans sa sélection Bob Dylan (2 fois), qu'elle vénère. Elle chante d'ailleurs début novembre à son concert jubilee. On entend aussi du Velvet et Nina Simone. Je parlerai un peu plus de ce disque dans la 2e partie de ma discographie de Cat Power.

Je me borne à mentionner les cas particuliers, déjà évoqués, d'April March et Mick Harvey, qui chacun ont consacré un album entier à Serge Gainsbourg. Un seul artiste reprenant un seul autre artiste, on en a d'autres exemples et notamment le plus fameux d'entre eux : Scott Walker sings Jacques Brel. Il faudra aussi que je vous parle du disque que le chef d'orchestre de jazz et arrangeur, l'immense Gil Evans, a conscré à Jimi Hendrix.

Publié dans transversales

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arbobo 30/12/2006 12:39

tu te souviens bien, en effet.l'impact international de gainsbourg reste remarquable, sur tous les continents. Quand il raconte sa rencontre avec les wailers, c'est quelque chose. Il arrive, blanc sans alure totalement inconnu, pour faire un album avec les mythiques wailers, ça discute, et "je t'aime ,moi non plus" passe à la radio. Un des wailers sourit et dit qu'il adore ce titre, gainsbourg glisse simplement ""it's me. I wrote this song", et il a enregistré 2 disques à la Jamaïque.voilà qui nous éloigne un peu de Burgalat, au parcours drôlement sympathique.

L'arpenteur K. 27/12/2006 19:22

D'ailleurs si je ne m'abuse, Bertrand Burgalat est l'arrangeur de ces deux albums (Intoxicated Man & Pink Elephants).

L'arpenteur K. 27/12/2006 19:06

Je récupère mon retard en lecture de ce bien bon blog et j'en profite pour appuyer sur le fait que les deux albums de Mick Harvey de reprises de Gainsbourg ne sont vraiment pas dégueulasses, il y a un vrai boulot tant au niveau des arrangements que des textes. Pour initier l'anglophone à la musique de SG, je vous garantis que c'est autre chose que l'immonde merdasse sortie il y a quelque temps (M. Gainsbourg Revisited ?).

arbobo 05/11/2006 04:43

je répète pas, je mets en ligne..nuance ;-)hop au lit !

rififi 05/11/2006 04:15

tu répètes jusqu'à quelle heure la disco de Cat Power ???