La chinoise

Publié le par arbobo


Laetitia Sadier est la chanteuse de Stereolab, dont elle est l'une des 2 fondatrices.
C'est aussi, comme son compagnon et âme musicale du groupe Tim Gane, une femme aux idées politiques mûrement pesées et profondément ancrées à gauche. Pas n'importe quelle gauche.

Le premier album solo de Laetitia Sadier s'appelle Socialisme ou barbarie (ne le cherchez pas, il est épuisé depuis longtemps). Paru en 2003 sur leur label Duophonic, il est signé d'un alias de Sadier : Monade. La monade, concept philosophique, signifie unité, et désigne un concept d'unité, qui ne connait pas d'alternative.  D'après mon robert "l'emploi de monade fait d'abord référence à la philosophie pythagoricienne, désignant dans la première attestation l'unité première des êtres". (écrire au journal qui, espérons, planquera consciencieusement votre missive sous la pile). Toujours est-il qu'on aurait tort de ne voir dans ce nom, Monade, qu'un clin d'oeil et un jeu de mot mono/stéréo. Le choix des mots n'est pas innocent dans cette bouche là.

Si l'on ajoute à ça que le premier groupe où Sadier et Gane se sont connus s'appelait Mc Carthy, le tableau est complet.

Stereolab, groupe marxiste? Sans le moindre doute, puisque les interviews le confirment. La française installée à New York, une des égéries de la pop avant-gardiste minimaliste, est donc aussi une femme aux idées politiques réfléchies. Socialisme ou barbarie, c'est le nom d'une revue marxiste et du groupe dont elle est le centre, petite nébuleuse d'intellectuels et de militants ouvriers, qui contribua de 1946 à 1967 à faire penser la gauche. Ses deux figures centrales sont deux philosophes, le français Claude Lefort, le grec Cornelius Castoriadis.
Ne me demandez pas si l'artiste Cornelius lui rend hommage lui-aussi, je n'en sais rien.
De l'un comme de l'autre, je n'ai pas lu tellement, mais si Lefort parle volontiers d'histoire et s'ancre facilement dans un passé lointain, Castoriadis interroge volontiers de son côté le concept d'autonomie, et son application concrète dans la politique et les pratiques sociales, militantes. Si vous trouvez à lire un de ses recueils ou un article de lui sur l'autonomie, j'espère que vous vous régalerez (ça se lit pas comme un polar, mais ça se lit). De toute façon on pouvait s'en douter : chez Casto y'a tout ce qu'y faut.

J'ignore en quoi la pratique de Gane et Sadier, leur manière de travailler, peuvent illustrer ou non les analyses de Castoriadis. Les textes de Sadier sont politiques, mais souvent de manière évasive, et jamais didactiques.

Le choix du nom Monade est un peu paradoxal si l'on sait que le premier album que Sadier a sorti sous ce nom, en 2003, contient des morceaux écrits accumulés au fil des années (1996-2002), sans intention de suivre le fil conducteur d'un album. Au contraire, A few steps more paru en 2005 a été écrit et réalisé comme un tout.
Si l'on va par là, le second album devrait plus me plaire, avoir plus d'unité, etc. Mais c'est l'inverse. Les morceaux que je préfère sont clairement sur Socialisme ou barbarie, dont l'écoute ne trahit pas une écriture espacée sur 7 ans. En particulier, j'adore Vol de jour, un titre sublime qui a toutes les qualités d'un film de Miyazaki.

La musique, évidemment, évoque Stereolab, ce minimalisme de la composition, parfois dissimulé sous des arrangements plus plantureux, les sinusoïdes aigües de la voix claire de Laetitia Sadier... La répétition aussi, de motifs courts, le plus souvent le martèlement d'un accord puis d'un autre, toujours avec un clavier chargé d'assurer des notes continues par couches lancinantes, tout ceci qu'on connait depuis longtemps chez Stereolab, on le retrouve manié avec brio chez Monade. Il faut dire que malgré les chroniques qui s'évertuent à trouver des différences, les harmonies et les instruments utilisés, leurs sonorités, sont étonamment proches de Stereolab. Ce n'est pas une critique, j'aime tellement ce groupe que je suis ravi de voir Sadier en emporter avec elle le meilleur. Ce n'est pas seulement la voix qui rappelle Stereolab, mais plus largement le chant, la technique si caractéristique de Laetita Sadier. Et une manière qui traverse les différentes époques de Stereolab, de conjuguer légèreté des arrangements et composition lancinante parfois jusqu'à l'hypnose. Avec plus de simplicité toutefois, sans Tim Gane et son art des rythmiques.

Certains morceaux s'éloignent fermement du Lab, comme le très brésilien 2 ports 7 fenêtres, mais l'unité d'atmosphère et d'ambiance reste préservée. On ne retrouve certes pas le lyrisme du Stereolab de Sound dust, ou la dureté de Harmonium, ni la pop velvetienne de Lo boob oscilator, mais le registre reste celui des morceaux minimalistes du groupe, et ils sont légion dans leur discographie. Le paradoxe est de lire en interview Sadier préciser qu'avec Monade elle peut enfin être à la guitare, alors que ses disques ne sont précisément pas des albums "à guitare", contrairement aux premiers Stereolab. Evidemment, ce que je vous conte là ne risque pas de dire grand chose à ceux qui connaissent peu ou pas Stereolab. A ceux-là, on ne peut que conseiller de s'y mettre, par exemple en commençant par Emperor tomato ketchup ou par Refried ectoplasm. Restons avec Monade, pour aujourd'hui.

J'ai réalisé trop tard que Monade passait au début du mois en concert en France. J'aurais écrit cet article plus tôt, j'aurais eu l'occasion de m'en apercevoir à temps. Comme quoi, on ne parle jamais trop tôt des artistes qu'on aime. Chuis vert !

Edit (voir commentaires) : Socialisme ou barbarie a été réédité, vous aurez donc la chance de pouvoir vous l'offrir à noël ;-)

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arbobo 17/11/2006 16:04

mais tu le dis tellement bien ;-)

sev 17/11/2006 15:59

et bah moi pour changer, je connais ni l'un ni l'autre... et je le dis quand même!

rififi 17/11/2006 14:47

linverse, l'hoteboit... à la tienne ;o)

Christophe 17/11/2006 13:54

Et je l'ai vu il y a 4 jours chez Gibert Saint-Michel à paris...

Stereolab, Marie Do appelle ça le zinzin, des musiques entêtantes, entre kraut et postrock, décrié par les puristes. Découverts en première partie de Sonic Youth au Zenith en 1995 (tiens, ils repassent le 13.12 à Paris, et peut être ailleurs en France), Stereolab m'a scotché. Je me suis rué le lendemain chez les discaire, et depuis j'ai quasiment tout acheté (ils sortaient parfois 3 albums dans l'année, jusqu'à la mort d'une des membres).

Monade, peut-être plus politique, est moins convaincant, Gane manque sûrement. Stereolab s'est quand même un peu ramolli depuyis quelques temps, même si la musique est plus mature, elle est moins aiguisée, moins dérangeante aussi.

Mais dans l'ensemble, suivez le conseil d'Arobase : achetez !

56y

arbobo 17/11/2006 10:52

ooooouu yeahhhhhhben en fait si, il a été réédité, apparement, il est dispo chez amazon :-)