Jeunesse d'une nation (Sonic youth au Zénith, 3)

Publié le par arbobo

Après Carlotta et Rififi, à moi de pousser ma chansonnette.
ahhhhhhhh

Il y a des concerts où, quand on va se chercher une pression au bar, on en profite pour s'enfiler bien profond (j'ai pas fini ma phrase !) des boules quies dans les oreilles.
Ce ne sont pas forcément les plus mauvais concerts. On peut pas dire que ce soit sponsorisé par la fédération des ORL, mais Dinosaur junior et surtout (oh oui surtout) Sonic Youth, ça vaut le déplacement.

Sonic Youth, c'est plus jeune que les Stooges et MC5 ou Television, mais plus vieux que les Pixies et Nirvana, que My bloody Valentine, Stereolab ou Ride. En même temps, considérations d'âge mises à part, c'est pas dénué de rapport avec tous ceux-là. En plus expérimental, bruitiste, pointu, etc, mais autant ce groupe est à l'évidence héritier de Television (en pourtant très différent), il est aussi la semence des suivants.
Je vais pas vous faire le pedigree du groupe, je laisse ça à Christophe si le coeur lui en dit, lui qui les voyait mercredi pour la 16e ou 20e fois sur scène et doit avoir à peu près tous leurs disques (alors que je n'ai que 3-4 albums parmi une bonne vingtaine).

Parmi les trucs que j'aime chez Sonic Youth, je veux dire en plus de leur musique indescriptiblement bonne, c'est d'une part les gens avec qui ils et elle bossent (Brigitte fontaine, Cat Power...), et leur positionnement clairement à gauche (cf. Contre le fascisme, en français dans le texte, ou Contre le sexisme). J'aime aussi que dans ce groupe dont les membres sont nés entre 1953 et 1963 ce soit la seule femme, Kim Gordon, qui soit la doyenne, alors que le milieu rock cultive volontiers le recours aux petites pépés. D'ailleurs Sonic Youth est plus égalitaire que quasiment tous les groupes de rock existants, que ce soit dans leur propre travail ou dans les projets solo et collaborations.

En concert, ça commence lourd avec Dinosaur jr, coincé entre leur micro et un mur d'amplis, qui écrase le son façon Andros, ça c'est fort de bruit. C'est court, et tant mieux, on avait l'impression que l'ingénieur du son était pas trop à ce qu'il faisait, il devait écouter ChanteFrance au casque pendant que Lou Barlow et Jay Mascis testaient la résistance de leurs cordes. Bref....

S'ensuivit un concert de Sonic qui faillit tourner un peu court. Une heure seulement, avant les rappels, c'est limite, et s'il y a eu 2 rappels (dont l'inévitable Teenage riot) ils furent plutôt courts eux-aussi. Et moi j'avais envie que ça continue. Si certains habitués du groupe ont trouvé le set un peu trop pépère, pas assez nerveux, pas assez violent, moi je les voyais sur scène pour la première fois et je suis super content.

C'est vrai qu'on a eu pas mal de titres lents voire des ballades. Vu le niveau, ça m'a pas gêné beaucoup ;-) Après la bouillie sonore de la 1e partie, on voit ce qu'un groupe acharné du bon son peu donner en bonne intelligence avec son ingé-son. Un son lourd et clair à la fois, précis, ardu, violent, agressif mais où tout est en place pour que les compos donnent leur maximum. Ces zicos là sont des mabouls du son, et le leur vaut le détour alors autant ne pas le gâcher.

Dans un jeu de lumière très sobre, quelques spots rasants, Thurston Moore demande un moment qu'on éclaire la salle pour nous voir. Cette grande gigasse interminable qui fait subir les derniers outrages à sa six cordes nous cause avec un flegme d'une coolitude tellement naturelle que ça me scie. Ce mec est cool, les autres sont cool, le groupe est cool, tout va bien, ne partez pas, on a encore quelques milliers de décibels à vous balancer plein la gueule, en toute amitié.
Placés sur le côté, nous échappons aux images vidéo projetées en fond de scène (totalement sans intérêt, de l'avis unanime), et ne voyons que l'élégant jeu de lumières qui darde ses rais blanchâtres sur le public de la fosse plutôt que sur les hôtes de la soirée.

Tant mieux, puisque de toute façon on ne voit qu'eux. C'est le Kim Gordon show, ce soir. Christophe qui l'a vue 15 fois sur scène me dit que c'est la première fois qu'elle lâche sa basse, et plus d'une fois encore! On l'entend assez mal lorsqu'elle chante (sauf sur les rappels où elle envoie une patate bourrée de chiendent), mais quelle présence ! Aux côtés de Lee Ranaldo qui trifouille savamment son manche, et de Moore qui lance accords et voix avec une précision de malade, la doyenne du groupe est en forme. Elle se lâche, danse comme une ado qui ferait sa première scène, animale, charnelle, dans une robe moulante en lamé argent, pieds nus, elle apporte ce plus scénique que le vidéaste du soir n'a pas su donner.
Cette bassiste en liberté a le même âge que Ségolène Royal (véridique), et je vous garantis que ce n'est pas l'impression que donne ce concert ;-)

Parce que mine de rien, Sonic Youth est un groupe qui a déjà 25 ans dans les pattes. Son premier album n'est sorti que 4 ans après le premier de Television qui visiblement tient une place centrale dans leur musique. Et en 25 ans leur musique n'a pas changé d'âme. Ces musiciens nés entre 1953 et 1963 ont la petite cinquantaine. Au même âge, les Rolling Stones étaient déjà devenus chiants et à l'affût d'une mode à accrocher, et David Bowie trouvait  enfin un deuxième souffle après un long étiage artistique. Alors respect les vieux, Sonic Youth n'est pas près d'être un nom ridicule ou trop lourd à porter pour vous.

Ok, c'était pas le concert du siècle. Ok, ça aurait pu être plus long. Mais pas de quoi se plaindre non plus.
Un concert chiément bon, voilà ce que c'était.

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Christophe 17/12/2006 00:42

Ha ha ha ha ha ha !!!

...

p'tit con.

csg

arnaud 16/12/2006 19:39

eh ben moi, j'ai loupé Nirvana à Paris pour la tournée In Utero parce que je connaissais personne qui voulait venir avec moi !!! Sauf un copain qui était à Strasbourg et qui aurait eu du mal à venir. Fais chier merde !! Je m'en remettrais jamais. D'ailleurs je me demandais quels étaient tous les concerts où il aurait été bon d'aller ? Du genre voir Elvis Presley en 58, voir LEs Beatles sur leur toit, les Stones en 73 (ou 74), les Sex Pistols à Londres, My Bloody Valentine vers la fin, Les Stooges avant qu'ils se séparent dans une salle pourrie au milieu des USA, the Doors pour Morisson Hotel ( parce qu'il y a ceux d'avant aussi) etc, etc et The Cure en 82 pour la tournée de Pornography. J'en oublie exprès plein pour vous laisser vous énerver et pester comme des brutes du genre : Petit con débile, tu n'as même pas dit un concert des Pink Floyd dans une arène en Grèce sans public ou n'importe quel autre groupe de merde du genre Led zep de mes couilles !
a+ tout le monde. La vie est belle
arnaud le chercheur de merde

Christophe 16/12/2006 09:22

B'en les gars, y a pas que moi qui devient un petit gros avec l'age. C'était bien Mark Ibold de Pavement qui faisait le 5e larron à la basse !

C'est un peu comme si Georges Harrison avait intégré les Stones en 75.

Enfin bon, on s'comprend...

rkc

rififi 16/12/2006 03:39

ben à toi (nan mais t'as vu l'heure !!)t'as l'air tout chaffoin des commentaires....

arbobo 16/12/2006 03:26

heu...rififi, tu réponds à qui?en même temps la précision vaut pour tout le monde, on est d'acord)