La voix du peuple

Publié le par arbobo



Voilà une douzaine d'années que je suis militant, basculement dans ma vie dont ce blog ne renvoie qu'épisodiquement le reflet.
Ama-L citait récemment l'Américain Ben Harper pour qui "Les personnes qui ne donnent pas une seule chance à la musique de changer le monde sont celles qui n'aiment pas la musique."

Harper ne fait là que continuer une tradition d'artistes qui ne veulent pas seulement faire entendre au monde son tumulte et le cri de la révolte, mais plus fort que cela, changer le monde (et je ne suis pas de ceux que cette ambition à la Sisyphe fait ricaner).
Ce n'est que justice que ce soit Ama-L justement qui me procure cette citation, puisqu'elle est une amie avec qui nous avons partagé plus d'un combat et eu plus d'un déchirement violent avant de nous retrouver plus apaisés, toujours amis. Dans un de ses derniers billets elle parle justement d'un poète et chanteur chilien.

De notre aventure militante partagée, j'ai gardé des rencontres qui ont gonflé mon coeur et nourri mon esprit, aiguisé ma révolte et m'ont rendu plus intelligent (c'est pas là qu'y faut rire, c'est pas le jour, please). Des rencontres qui vous donnent foi en la vie et confiance en l'avenir, parce que croiser le chemin de certaines personnes est un don.

A vous, compagnes et compagnons de combat, copains copines et amis, merci et longue vie à ces liens qui nous unissent encore.


A toi Cécilia, à toi Janaïna, merci, vraiment, un merci plus spécial aujourd'hui. Pinochet, celui qui fit de vos pères des réfugiés et de vous de petites françaises aux racines cosmopolites et aux coeurs jamais rassasiés de justice, ce Pinochet là est mort le 10 décembre 2006, libre, injugé. Malgré les efforts de Balthasar Garzon et d'autres juges. Le groupe Inti Illimani disaient sur leur site, "el fantasma del dicatator es el primer caso de un espectro pre mortem" (le fantôme du dictateur est le premier cas d'un spectre pré-mortem). Un fantôme qui n'a pas fini de hanter.

On connait la chanson, mais pas toujours son histoire. Je confesse que jusqu'au jour où j'écris ces lignes je ne savais pas que ce chant, El pueblo unido jamas sera vencido, a été écrite en 1973 peu avant le coup d'état de Pinochet. Ca n'était dans mon esprit qu'une possibilité parmi d'autres, et je ne m'étais jamais demandé ce que ce chant pouvait représenter de particulier pour vous mes amies.
J'ignorais, pas vos histoires, pas vos combats, mais ce que cette chanson peut avoir de résonnances pour vous. Enfant choyé d'une famille bourgeoise consciente et humaniste (mais pas militante), je n'ai pas fini de découvrir ce genre de choses. Des "choses" qui ont un nom, à commencer par l'exil. Et sans vous y accorderais-je autant d'importance? On n'est jamais si sensible qu'à ce qui touche ceux qu'on aime.

J'ai parlé il y a quelques mois du Liberation music orchestra, qui a livré une version instrumentale mais vibrante de ce chant, une version jazz et orchestrée mais une version de combat tout autant que l'originale, pour qui connait Charlie Haden et la force de son engagement.

Mais un chant reste un chant, alors écoutons-le, ici.
Si vous êtes au boulot en open space avec un chef un brin sévère, j'accepte vos excuses, mais je vous le dis tout de suite, un chant révolutionnaire ça se chante et s'écoute debout, parce que la lutte c'est debout que ça se fait, et c'est ce qui, métaphoriquement, fait de nous des individus debout. Et ça s'écoute le poing levé. Non, pas celui-ci, le poing gauche levé, depuis que les ordures fascistes ont jeté le doute sur le bras droit levé.
Merci pour elles, pour eux, pour les victimes qui sont tombées.

Moi, grandiloquent? Si vous saviez comme je m'en fous depuis longtemps, d'être trop grandiloquent...
Des chants révolutionnaires, j'en ai d'autres, et il en existe de superbes. Chaque chose en son temps. Et il y a un temps pour le Chili et les siens.

Sergio OrtegaVous avez les paroles ici dans un article espagnol de wikipedia (chuis handicapé dès que ça ne cause plus angliche) . La chanson a été écrite par Sergio Ortega. Je découvre à peine qu'il vivait en France, comme beaucoup de ses compatriotes exilés, et qu'il est né la même année que mon père. Ca donne de la force une telle chanson de lutte. Ca porte. Ca se partage, ça fait du bien.


D'un clic-droit vous pouvez télécharger la chanson ici interprétée par Inti Illimani.

Publié dans arbobo

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arbobo 20/12/2006 23:50

s'il faut lire entre les lignes c'est plutôt bon signe, ça sous-entend qu'ici il n'y en pas qu'une, de ligne ;-)

Anna 20/12/2006 16:33

Djac : Si j'étais né en 17, à Leidenstadt... (Et cette fois tu es prié de comprendre, ton altesse. ;-)

sev 20/12/2006 09:44

Bah voilà, j'avions pas osé le coup du hochet, mais faut croire que Djac me double dans les cascades...

arbobo 20/12/2006 00:11

c'est pas que je vous délaisse, mais je suis pas trop près d'un ordi ces derniers temps.ce soir j'étais au concert de Sépia et avant, le percu me disait qu'il était au concert de quilapayun à l'olympia le lendemain du coup d'état de pinochet. il s'en souvient encore, bien qu'il n'ait pas l'air vieux, et ça se comprend.

Djac Baweur 19/12/2006 22:31

C'est Desproges qui disait que Pinochet était un grand enfant, puisque dans Pinochet il y a "hochet".
Et c'était Desproges aussi qui disait que si le rire peut désacraliser la bêtise et fustiger les angoisses mortelles, alors on peut rire de tout, on doit rire de tout.
Le rire et les blagues pourrites, c'est peut-être déjà une première forme de résistance, d'une certaine manière.
Cela dit, c'est facile de dire ça à moins de 10000 km de Santiago (encore Desproges).
Et comme toujours, je me pose la question, comme quand il s'agit de la Résistance lors de la 2ème guerre : qu'est-ce que je ferais, en vrai, mis au pied du mur dans la réalité d'une horreur dictatoriale ?