Spring break (Bourges 1)

Publié le par arbobo

Est-ce l'effet du soleil écrasant ou d'avoir marché tant et plus 3 jours durant? Ou plutôt une saturation audivitive due à l'explosion de milliers de notes (estimation sommaire) en quelques heures?

Je ne regrette pas d'avoir passé au Printemps de Bourges un peu plus de 48 heures, soit à peine le tiers du festival. Un tiers bien rempli, de plaisirs annoncés, de semi-déceptions, et de surprises étourdissantes.

Avant mon départ, je me suis donc fait un before,  première mise en bouche de 2 concerts que j'allais réentendre. Mardi après-midi, la canadienne Julie Doiron nous a donné un showcase au magasin Ground Zero. Les 20 minutes annoncées se transformèrent insensiblement en trois bons quarts d'heure, la durée d'un concert de festival en somme.

Julie Doiron, acadienne aussi à l'aise en français qu'en anglais, a été biberonnée au rock, et termine son set à Bourges en reprenant Pavement. Seule à la guitare, comme sur toute cette tournée française de quelques semaines. C'est que sous la douceur et la fausse candeur des sets de Julie Doiron, on trouve 3 albums avec un groupe tout bonnement baptisé Eric's trip, tiré d'un titre de Sonic Youth. Rien que ça. Je reparlerai plus longuement de la déjà longue discographie de Julie Doiron, mais pour l'instant c'est la scène qui m'intéresse. Et la scène elle y est vraiment à l'aise. Elle joue souvent les yeux clos, mais ça n'est pas pour oublier le public ou par crainte de l'affronter, bien au contraire.  On est accueilli à son concert en ami, et elle nous parle volontiers, de sa famille qui commence à lui manquer, de son capodastre qu'on lui a offert mais qui ne fonctionne pas, ou l'air de rien, de la musique à laquelle elle a failli renoncer à une époque de vaches maigres.
"Qu'est-ce que je vais pouvoir vous chanter? Je ne fais jamais de set list, alors si vous avez des chansons que vous voulez entendre..."

Effectivement, je l'ai entendue par 3 fois, et même si les morceaux du dernier album reviennent en priorité, actualité et promo oblige, la set list change largement. Le public du petit théâtre Saint-Bonnet, avec ses airs de salle italienne conçue pour le classique, aurait bien aimé qu'elle chante aussi en français. L'un de ses 7 albums, Désormais, contient effectivement une majorité de titres en français, dont le remarquable Ce charmant coeur, qu'elle a joué le vendredi. Les disques de Julie Doiron ont toujours un côté rock, américain. C'est pourtant aux côtés de Herman Düne qu'elle a fait sa première tournée française, après les avoir accompagnés à la voix et à la basse sur l'album Not on top. D'ailleurs samedi soir elle remettait ça à Bourges, ce qui a entraîné une mini course poursuite dans laquelle elle a fini par oublier l'interview qu'elle m'avais promise. Pas très étonnant en vérité, puisqu'elle n'est pas du genre à s'encombrer de contraintes, et que le côté business du métier lui importe peu. Interview remise, on verra bien.
Mais je vous conseille vivement ses disques. Du très blues Goodnight nobody, au beaucoup plus pop Woke myself up. Son dernier album est beaucoup plus orchestré et arrangé que les précédents, avec aussi pour la première fois ou presque des morceaux dansants comme le remarquable No more. Etonnants coloris pour celle qu'on classe plus volontiers en slowcore et qui commença proche du grunge. Ses premiers disques, confidentiels, ont été réédités presque 10 ans après, en 2003, sous le titre Broken girl. On y trouve des sons aujourd'hui disparus du paysage rock, en particulier un Soon, coming closer qui cousine franchement avec My bloody Valentine. Du gros son et du grand art. Mais son disque préféré, me dit-elle, est le court Will you still love me? Sa voix légère y rivalise de discrétion avec sa guitare. Tout en finesse. Un peu comme une Judee Sill qui aurait été élevée au rock.

Mardi soir, autre quartier, autre ambiance. Le Divan du Monde accueille Joan as Police Woman, en affiche unique. Une heure trois-quart d'un concert plein, beau, enlevé, où l'on découvre une femme que ses disques ne laissaient pas forcément soupçonner. A la fois plus frivole, dans sa manière de jouer avec le public, de nous faire rire, de nous abreuver d'oeillades charmantes... et plus politique également, exprimant le dégoût pour le gouvernement Bush, et nous régalant du même coup d'un rock brutal qui fleure bon la révolte punk, Are you not furious?
Après un premier EP de 6 titres assez rock, dont My gurl, l'album Real life était nettement plus soul-jazz. La bonne surprise est donc de la trouver suprêmement jazz, seule au piano avec sa voix splendide dont elle fait ce qu'elle veut. Mais aussi de l'entendre rageuse et rock, à la guitare. La formation est restreinte, elle est entourée de sa bassiste Rainy (qui poursuit aussi une carrière solo) et d'un batteur. Elle passe du piano à la gratte sans souci, aussi à l'aise qu'au violon grâce auquel elle a commencé sa carrière de musicienne.

A Bourges, en milieu de plateau, elle doit se tenir à un timing plus serré, une petite heure, pas plus, et le festival est très strict là-dessus. Le Konki duet a fait l'ouverture, un set parfait, tendu, nerveux, la formation à 4 est maintenant bien au point et nous régale. En 50 minutes j'ai eu la banane du début à la fin, je danse comme je peux sur mon siège, car dans le joli théâtre Jacques Coeur il n'y a que des places assises. Le public crie sa satisfaction, je ne suis pas le seul à m'être régalé. D'ailleurs Kumi et Zoé me disent à la sortie qu'elles sont contentes, avant de partir à un autre concert dont je parlerai plus tard, celui des déjantés Deer Hoof.
Mais finissons-en d'abord avec celui-ci.

Visiblement un peu enrhumée ou grippée, la voix de Joan Wasser est un peu limite en début de concert, un peu trop nasale. Pour ne rien arranger, cette bavarde invétérée nous confie qu'elle se sent un peu à l'étroit dans le timing qu'on lui impose, et faute de pouvoir tout jouer, change sa set list en cours de concert. La qualité ne s'en ressent pas, mais pour l'avoir vue 2 jours plus tôt au sommet de sa forme il manque un petit quelque chose.
En tout cas une impression se confirme. En tournée depuis 1 an, Joan n'a cessé d'écrire de nouveaux titres et de faire évoluer son show. Entre les concerts de mardi et de jeudi, l'intro et le final ont changé, des titres ont sauté, la manière de les chanter aussi.  On dirait  qu'elle n'est pas faite pour la routine.  Mardi, pas loin du tiers de  ses morceaux sont inédits, dont un Hard wait wall lascif et incisif.
Elle sait être dure quand il faut, même si décidément sa préférence va à la langueur et une douceur affectueuse.
Edit : JAPW se produira cet été au festival Les Nuits de Fourvière, à Lyon, dans le cadre d'une programmation New yorkaise où, pour la première fois, elle fera scène commune avec Anthony.

La tête d'affiche du soir, Peter Van Poehl, clôt la soirée avec un public enthousiaste. A l'exception des nombreux journalistes, et à mon grand désarroi. Même impression que Zoé : il ne se passe rien. Ses musiciens sont très bons, en particulier le batteur, le son est très rempli, mais ça ne suffit pas. En plus la voix de Peter, bien qu'il soit suédois et parle français couramment, me fait surtout penser à celle de Stephen Duffy, excellent songwriter avec lequel il ne soutient pas la comparaison. La qualité des 3 groupes aura été inversement proportionnelle à leur notoriété, ce soir là.

Ces premiers concerts m'ont laissé une impression que les suivants ne feront que confirmer : les groupes qui misent le plus sur la musique plutôt que se la raconter, les groupes qui sont les plus directs passent bien mieux. La musique a besoin de franchise, et la scène en est un bon révélateur. Voilà pour les artistes que j'avais déjà entendus (outre PVP sans intérêt).

Au prochain épisode : décapage de conduit auditif à la toile émeri. Eh oui, doctor's orders.

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Christophe 30/04/2007 15:16

Lynyrd Skynyrd aussi y sont un peu tous seuls sur scène.

En face du public d'un stade par exemple.

f92

theo 26/04/2007 00:42

ah c'est cool, tu as bien fait !

L'arpenteur K. 26/04/2007 00:09

A propos de jouer seul sur scène et à propos de moi, j'ai mis quelques titres en ligne de mon dernier concert et c'est là : http://abscons.org/spip.php?article88Pour une fois que je peux faire de l'auto-promo sans avoir à m'excuser d'être hors sujet ou d'user de ma mauvaise foi.Voilà.

Djac Baweur 24/04/2007 23:14

Pfuu, de toute façon tout ça c'est rien que de la musique de bourges

L'arpenteur K. 24/04/2007 17:01

Tu as précisé de toi-même ce que j'avais oublié de dire en parlant d'Anaïs puisque j'utilise également une (des) pédale(s) sampler (en plus dans mon souvenir de ce qu'elle fait, elle ne l'utilise pas tant que ça). Sans quoi, le fait de jouer seul serait une bien veille mode comme tu l'as toi-même dit.