Del Shannon (Bourges, 2)

Publié le par arbobo

Au printemps les albums fleurissent autant dans leurs bacs que les concerts se multiplient devant les parterres. Je pourrais donc faire comme tout le monde et parler du gros truc du moment, Amy Winehouse qui allie soul rétro et arrogance rock (mouais). Ou bavasser longuement sur la dernière nouveauté que j'ai achetée, Knocked up des Kings of Leon, un bon vrai gros album rock qui vous fera pousser un gros centuron, des santiags et un foutu sourire de aux lèvres. Y'a bon les Leon.

Mais voilà, soit je vous ponds un article par jour comme aux bons vieux débuts de ce blog (presque 1 an, à quelques jours près), soit je m'en tiens à mon compte-rendu du Printemps de Bourges.

L'avantage d'être accrédité "presse", c'est qu'on va dans tous les concerts sans payer, c'en est limite obscène quand on songe au prix des billets (environ 120€ d'économisés en 48 heures). J'imagine qu'on se fait rapidement à ce genre de privilèges. Expédions les superflus et usurpateurs.

Jeudi soir, vers 1 ou 2h du matin, un truc vaguement arty appelé Acoustic ladyland fait du bruit devant 20 pelés au 22 est. Pffff. Suivant le conseil des Konki duet, j'attends Deer Hoof qui doit leur succéder. Attente qui me vaut de louper le début du concert de the Rakes, dans la salle jumelle. 350 places seulement pour une des nouvelles valeurs sûres du rock anglais. Ils jouent vite et bien, c'est calé, le son est très bon, ils sont raides comme la justice, imperturbables, balancent les titres les uns derrière les autres pendant que des nuées de jeunots font l'animation avec du stage diving si répétitif qu'il est soporifique. Si bien que le chanteur s'y met, lançant dès son retour sur scène un bon vieux "now fuck off" qui clôt le débat ;-)
Un peu de New Order, une pincée de Buzzcocks, un brin de Cure première mouture et une couche de the Rapture... cocktail TNT imparable, qui nous fait décoller illico, toute la salle danse et en redemande. Privilège du dernier groupe de la soireé, ils reviendront pour 20 minutes de rappel à tombeau ouvert. Grosse impression, vraiment.

Et comme je vous le disais, les concerts qui m'ont le plus impressionné et laissé le meilleur souvenir sont ceux où les musiciens étaient le plus sobres, ne décochant presque pas un mot, ne cabotinant pas, s'en remettant à leur musique. Le vrai test.
Et du Konki duet aux Rakes, ça marche. A fond.

Grâce aux horaires décalés, je ne loupe que le rappel des Rakes pour prendre à temps le début du set de Deer Hoof. 2 new yorkais et une japonaise qui tient la basse et assure seule le chant, laissant les mecs à la gratte et aux fûts.
Ces trois barges font un raffut ahurissant, mais tout est au millimètre. Les changements de rythmes sont incessants mais le trio reste parfaitement en place. Lorsque la chanteuse ne saute pas sur place, elle pose des figures étudiées avec ses mains. Au fond, le guitariste fait son truc, et l'on ne verra le visage du batteur que lorsqu'il viendra remercier et faire une courte annonce, traversant la scène pour emprunter à la chanteuse l'unique micro. Ce batteur transgénique sait tout faire. A commencer par nous donner l'impression qu'ils sont plusieurs. Il tape si fort que j'ai failli appeler Darty et son service après-vente.
Mais non, il se contente de resserrer sa caisse claire avec une clef, tous les 4-5 morceaux. Un gars bien, quoi, un musicien surdoué mais aussi le véritable incarnation du "batteur fauve" du Muppet show. En témoigne la cimbale supérieure de son charley, à laquelle il manque un éclat gros comme ma tête, il a dû la manger un soir de dalle carabinée. Et la carabine, ça les connaît, leur rock expérimental qui lorgne souvent vers Sonic youth est expédié à la vitesse... heu... du son (humpf). Aucun temps mort entre les morceaux, à peine 2 secondes chrono, on cherche en vain les set lists sur le sol, tout est dans leurs têtes et elles ont l'air de carburer vite et fort, en tout cas pas à des trucs très normaux. Le tout mélangeant dans le shaker SY, Cibo Mato, Stereolab, et une bonne dose de low-fi. 14 ans que ça dure et vous pourrrez les entendre aux Eurockéennes.

Deer hoof. Si vous avez renoncé à toute santé mentale, vous aimerez.

Le meilleur à la fin. D'abord, tordre le coup à Seb Martel, qui ne m'avait pas enthousiasmé en ouverture de Cat Power en novembre. Là, il est au complet avec sa troupe, qui se lance d'abord dans un théâtre dans la salle sur fond sonore très arty. Les comédiens interviendront à nouveau durant le concert proprement dit, alors que Seb est déjà bien entouré (6 musiciens). Les sons sont élégants, certains riffs partent bien, mais je me suis emmerdé au point de prendre des dizaines de notes pour passer le temps. Un extrait parmi d'autres : "Seb Martel a beaucoup d'idées, mais il n'a aucune idée de comment les utiliser". Ce type devrait jouer pour d'autres, je pense, parce que ce qu'il écrit lui-même ne rime à rien, ne va nulle part, n'a aucune épaisseur. Qu'il se trouve un compositeur digne de ce nom, un artiste quoi, et on en reparlera.
Du coup, avec ces âneries je loupe un concert sympa qui me tendait les bras, celui de Boogie Ballagan. Je commence à faire la gueule jusqu'à ce qu'un événement arrive.
Après ça, je me retrouverai à la Hune pour le concert de Brigitte Fontaine. Julie Doiron doit être quelque part dans le public, d'après ce qu'elle m'a dit, car pour cette canadienne l'occasion de la voir ne se représentera pas de sitôt. J'espère qu'elle n'aura pas été déçue.
Mais Fontaine est l'antithèse de Doiron. Elle accentue son personnage là où Doiron est nature et sans détour. Et les arrangements sont bons mais l'ensemble un peu trop planplan. On passe un bon moment et le public conquis lui arrache rappel sur rappel, chantant à tue-tête "l'amour c'est du pipeau, c'est bon pour les gogos". Sympa. J'imagine qu'aux Francopholies ça doit être un peu comme ça, mais ce serait Souchon ce serait sans doute exactement pareil. Je ne regrette pas, mais quand même...

Quand même, les meilleurs n'auront pas été les plus célèbres, décidément. A cette nuance près que c'est Shannon Wright, qui commence à être bien médiatisée, qui m'a cloué sur place.
Un concert court mais qui m'a marqué. D'autant plus qu'après Soupe Martel je n'étais pas dans de très bonnes dispositions d'esprit.
Pire : arrivée seule au piano, Shannon Wright nous sert son single actuel, que je trouve mollasson, une soul-jazz ni aussi rapeuse que Cat Power ni aussi émouvante que Joan as police woman, on est nulle part au milieu de tout ça. Faute de voir le visage de Shannon, on ne sait pas si elle s'en fout ou si elle est bouffée par le stress. Elle fait le boulot.
Puis, avec un batteur et un bassiste, elle prend la guitare. Et c'est un tout autre concert qui commence. D'une force palpable, brutale, agressive mais sans nous heurter. C'est fou.
Loin, très loin au-delà des rares versions rock qu'elle a gravé sur disque, on nage soudain en plein power rock, tous les boutons à 10 et elle qui s'épanouit progressivement. D'abord un jeu de jambes sympa, on devine qu'elle danse bien cette femme, toujours sans nous regarder elle  laisse aller sa jambe, un petit vent de liberté commence à s'emparer d'elle. Et le vent devient tempête, avec dans l'oeil du cyclone Shannon Wright, maîtresse des éléments, inarrêtable telle Tornade des X-men. Avec une maîtrise stupéfiante, elle balance des accords à une vitesse folle, jouant sur les 2 micros de sa guitare à la fois, dressant une véritable forteresse où elle s'anime, se donne à sa musique, de plus en plus charnelle, sexuelle, brutale, une incarnation du rock comme je n'en ai encore jamais vue.

J'ai rarement vu quelque chose d'aussi beau et fort sur scène. On sort griffé de partout mais le coeur chaud. Elle a glissé 2 mots en tout et pour tout, "thank you" au début, "thank you very much" à la fin, pas un signe, pas un au-revoir, et on s'en branle sévère parce qu'on a eu ce qu'on voulait. Tout. Elle a tout donné, par sa musique, furieusement et sans compter malgré la durée d'un gros album.
Ce que je connais des albums de Shannon Wright, je m'en passe volontiers, merci bien. Mais pour la revoir comme au concert de vendredi dernier, je donnerai cher. Très cher.

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arbobo 06/05/2007 15:04

oui, c'est marrant en effet,
mais moi je passe presque uniquement par le texte, ceci explique peut-être aussi cela.
à plus rod.

Rod 05/05/2007 14:20

Merci pour le linkback pour avoir pris une photo : c'est si rare (si si je te jure). Sinon c'est "marrant" de voir que je cherche à faire le plus synthétique possible dans mes comptes rendus, et que toi, au contraire, tu écrirais presque des commentaires composés pour ces memes concerts : et je dois dire que c'est interessant.

rififi 27/04/2007 18:30

c'est Pr Shannon et Mss Wright alors, parce que ce qu'il y a sur SonSpace ne m'accroche pas tant que ça.
Encore une artiste qu'il faut découvrir sur scène...

Par contre Deer Hoof, j'aime bien, mais la voix de la chanteuse... c'est pas lassant ?

rififi 27/04/2007 17:30

j'avais raté the Rakes l'année dernière, et cette année aussi. Alors là ça m'énerve encore plus :-/
Mais heureusement ils repassent bientôt à paris ;-)
bon, de toute façon tu es en train de dire qu'il faut qu'on aille à Belfort pour se rattrapper...

Moi aussi j'ai sommeil, je fais que dormir, et le soir je vais à des concerts qui me transportent dans la 4° dimension : les slits avec une chanteuse habillée disco, coiffée rasta et chantant punk, les Ebony bones en reines africaines fluos avec orchestre de carnaval et 586 ... à ben non, c'est comme ça les concerts avec arbobo, on voit pas le 1° groupe.. ;p))))

arbobo 27/04/2007 16:32

et je le prouverai très bientôt, au moins via mes photos sur flickr (pas avant ce soir)