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Berry est arrivée sans crier gare,
surprise elle-même par la soudaineté des événements, du succès.
Comment trouver la bonne distance, quand on est prise dans ce mouvement?
La réponse tient en cinq lettres, Berry, tant elle assume ce qui lui arrive sans fausse modestie, mais sans forfanterie non plus. Elle prend avec un bonheur
non dissimulé, et rend sans compter.
Dans son chant comme dans la rencontre, sa pudeur le dispute à la générosité. Pas facile de se livrer, mais elle nous donne pourtant beaucoup, car "partage" est le mot qu'elle prononce avec le
plus de gourmandise. On la découvre franche, sensible et intelligente, la liste des compliments pourrait être fort longue :-)
L'album Mademoiselle, parcouru d'une foule d'invités de classe (Laurent de Wilde, Deodato...), écrit par elle et composé par Manou, est sorti cet été, et la tournée qui bat son plein
mènera Berry près de chez vous. On devra encore patienter un peu pour les photos que Chrystèle a prises pour vous lors de son concert à la Cigale, où Benjamin Biolay et Daniel Darc sont
venus la rejoindre. Sacré parrainage qui témoigne de cette position qu'elle occupe, entre chanson française et pop, où ses ainés sont visiblement ravis de lui faire une place.
Sur scène non seulement tout est parfait et Berry en voix, sobre et généreuse, mais elle nous offre dès son premier album un vrai concert de près d'une heure et demie, là où beaucoup de débutants
s'essouflent à la moitié.
Je vous laisse avec elle, laissez-la vous emmener et laissez-vous happer par les photos pas
croyables de Chrystèle. Quant-à la voix de Berry... que dire :-)
Vous pouvez télécharger la version podcast ici
(clic droit, enregistrer sous, 31'28).
Vous entendrez successivement des extraits du Bonheur, Demain,
Las Vegas, Enfant de salaud, et Mademoiselle.
1. Un projet éclos du jour au lendemain, Poitiers, Manou, l'écriture d'abord, Lionel Dudognon, faire du bien. (5'25)
edit "podcast"
A l'occasion de la sortie de No sport, troisième disque publié sous son nom (l'ensemble de sa discographie, en revanche, prend une belle étagère), Rodolphe Burger a accordé un long entretien à arbobo.fr.
Ne manquez ni l'un ni l'autre, je vous le conseille.
D'abord quelques mots sur l'album, sans ressasser des indications que vous
retrouverez dans l'entretien. On entre facilement dans No sport, mais c'est après plusieurs écoutes qu'il s'épanouit pleinement. Sa richesse, sonore, rythmique, de fond, de forme,
méritent qu'on lui laisse du temps. Comme un grand vin, qui plait dès l'attaque, mais qui est long en bouche et continue de surprendre vos sens.
No sport sera très haut dans les palmarès des disques 2008.
La France n'a pas de Radiohead. Mais elle a Rodolphe Burger, ça n'a rien à voir et pourtant à l'écoute de no sport c'est la réflexion qui m'est venue.
Puissance, inventivité, voix captivante, mélodies sans cesse renouvelées...
De bout en bout mille échos, mille images et références viennent à nous, de Melody Nelson en ouverture au Massive Attack de Mezzanine en cloture, mais ce disque n'est pas
référencé. Il puise ses racines aussi largement que profondément. Burger explique parfaitement combien faire un disque sous son nom correspond à un besoin de se "recentrer" musicalement, mais
stabiliser ce centre permet d'autant mieux de faire graviter en un tout cohérent tout ce qui l'intéresse et le nourrit.
Ouverture en douceur avec Avance, poussée d'adrénaline avec J'erre, de bout en bout on est porté par un souffle. Vicky, comme ses paroles, est liquide comme les vagues,
je pourrais l'écouter des journées entières. Mais je ne vais pas toutes vous les décrire.
Après la beauté rèche de Cheval mouvement en 1993, après le choc, radical et quasi drum'n'bass de Meteor show, Rodolphe Burger rompt avec l'ancrage dans un sillon radical. Il
élargit, épaulé de nouveau par Doctor L. No sport est d'une ouverture et d'une richesse qui donneraient le tournis si on ne s'y repérait pas avec une aisance déconcertante. Lorsque la
voix de James Blood Ulmer, bluesman et tant d'autres choses encore, rejoint la sienne sur Marie, soutenue par le jurukelen d'Ali Farka Touré, jamais le morceau ne sonne composite ou ne
vire à l'exercice de style. De même lorsque l'arabité de Rachid Taha fait d'arabécédaire un cours de langue, jamais la musique ne singe l'orient, bien qu'elle s'y abreuve.
La musique de Rodolphe Burger parle à nos sens, mais elle est aussi pétrie de sens. Chaque élément, chaque son ou invitation de musicien, fait sens et conforte un sentiment d'extrème cohérence,
alors même que l'horizon de No sport est d'une rare étendue. Et le terrain d'une expression vocale vraiment bluffante.
Charnel, physiquement et humainement engagé, ouvert sur le monde entier et "recentré" sur Rodolphe Burger, ce disque est vaste. Finesse et force, ces qualités qui font que Rodolphe Burger donne
envie de discuter durant des heures, sont aussi celles de son disque.
Tandis que je regagne la sortie de Capitol, Rodolphe Burger se demande bien pourquoi il doit se diriger vers une séance photo. "Pourquoi est-ce qu'ils veulent tous me photographier?" Peut-être
parce que l'homme impressionne.
L'entretien
est ponctué respectivement d'extraits de Blue skies, Vicky, Marie, Elle est pas belle ma chérie?, Ensemble, et Un nid.
La version totale est téléchargeable ici en mp3 (clic droit,
"enregistrer").
1. Doctor L, une production très acoustique, les albums solo, se dépayser, les instruments, les reprises (9'56)