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Mardi 29 juillet 2 29 /07 /Juil 23:24
suite à cette première playlist,
voici 16 nouveaux titres à écouer dans le même esprit.
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Jeudi 10 juillet 4 10 /07 /Juil 16:15
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Mardi 27 juin 2 27 /06 /Juin 12:00

Avec Robert Johnson, l'un des premiers bluesmen connus fut Leadbelly. Ce génie de la guitare douze cordes serait resté un inconnu si personne ne l'avait tiré de la prison où il végétait.

 

Son véritable nom est Huddie Ledbetter. Il est né en 1885 dans une plantation de Louisiane, rejeton d'une famille d'esclaves. Il loue ses bras à qui les veut bien, posant des rails ici, ramassant le coton là. Mais surtout, il joue de la guitare comme personne. Cette musique n'a pas encore de nom, car personne ne s'est encore soucié de l'enregistrer, elle ne semble pas intéresser les Blancs.

Huddie est un batailleur, sa vie d'errance est parsemée de forfaits minables et de bagarres innombrables. En 1918 il est condamné à trente ans de réclusion, pour un meurtre qu'il a toujours nié. Après sept ans passés dans la ferme-pénitencier de Huntsville au Texas, il est gracié. Huddie avait composé un blues pour le gouverneur, dans lequel il demandait sa libération.

 

Mais en 1930 il comparait de nouveau, pour tentative d'homicide, et retourne en prison. Les détenus noirs y chantent, pour supporter la dureté du labeur, de vieux airs entendus depuis toujours, ou de nouveaux comme ceux de Ledbetter. Le texan John Lomax travaille pour la bibliothèque du Congrès. Il parcourt tout le pays pour enregistrer les chansons traditionnelles. Accompagné de son fils Alan, il arrive en 1933 à Angola, en Louisiane.

 

L'homme qu'ils découvrirent se fait appeler Leadbelly. Son répertoire de 500 chansons les impressionne beaucoup. S'inspirant de sa première libération, les Lomax décident de pousser l'idée à son comble. Leadbelly enregistre en prison un disque de ballades, avec au dos de la pochette une pétition demandant sa grâce. Libéré pour bonne conduite en 1934, il rejoint ses bienfaiteurs. Curieusement, c'est là que commence la partie la plus controversée de son existence.

 

Lomax l'emmène dans le nord du pays, où il tient ses premiers concerts. Leadbelly connaît quelques succès. Sorti du besoin, il est pourtant chauffeur des Lomax. Ces derniers lui ont fait signer un contrat leur octroyant les deux-tiers de ses cachets. Sauveurs de tout un patrimoine musical, les Lomax contribuaient néanmoins à faire du repris de justice le type même du bluesman, et à le maintenir dans la sujétion. Leurs enregistrements en prison de 1947 illustrent bien cette ambiguïté. En 1940, Leadbelly coupe toute relation avec eux. Menaçant ses protecteurs avec un couteau, il entend bien ne dépendre de personne et jouir seul de ses revenus. Mais sans eux, lui rétorquaient-ils, il croupirait toujours en prison. Lequel d'entre eux fut le plus ingrat?


NB : cet article fait partie d'une série commandée pour le site zestory, dont 3 ont été publiées, ici, , et encore là.
On peut retrouver Alan Lomax sur son site, et de nombreux enregistrements sur ce site d'archives.

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Samedi 6 mai 6 06 /05 /Mai 20:05

http://chiennesdegarde.org/article.php3?id_article=279

(cet article est paru le 8 janvier 2004)

Il y a déjà des années un rappeur américain s’est distingué par la sexualité débordante de ses textes et images. Le premier album de Snoop Doggy Dog s’appelait "doggystyle", mot américain pour la position de la levrette. Au moins y’a pas mensonge sur la marchandise, on sait à qui on a affaire.

La multiplication de clips musicaux "sexy" amène 2 réflexions. D’abord, on peut s’interroger sur le voyeurisme qu’ils entretiennent, et éventuellement avoir une approche en terme de pudeur, là c’est la nudité qui est en cause, et comme j’ai pas de critiques particulières j’en dirai pas plus. L’autre approche, c’est d’y relever une pornographie sexiste et dominatrice. Tous les clips qui montrent du nu ne sont pas à mettre dans la deuxième catégorie. Cours vite des Silmarils est emblématique puisque les femmes filmées dans le clip sont des actrices porno.

Les clips vidéo sont regardés par un public jeune, voire ado, sur les chaînes musicales du cable/satellite, qui sont notamment diffusées en continu dans des bars et certains fast-food (le mac do de Pigalle par exemple), et sur les chaînes hertziennes dans des émisions de nuit (M6 music) ou en pleine journée (Hits & co sur la 1, Tubissimo à 16h sur la 6). En moyenne, on peut considérer que leur public descend plus bas en âge que celui des magazines de la "presse bite" type Interview, Maximal, FHM, Max...

On parle beaucoup de la pub sexiste, et pour cause. La pub vend un produit, transforme le corps en marchandise. Mais le clip, lui, est un support artistique à une oeuvre artistique. D’ailleurs certains clips sont des chefs-d’oeuvre et ont propulsé leurs créateurs vers le grand écran (Spike Jonze réalisant Sabotage pour les Beastie Boys, très prisé des connaisseurs). Certains arguments contre le publisexisme restent en rade pour les clips. Alors sans forcément condamner on peut déjà relever quelques exemples, heu, comment dire... troublants ? (un "trouble", c’est comme ça qu’on appelle le gonflement du bas ventre chez la gent masculine exposée à ces clips, en terme technique. "Pourquoi tu restes dans l’eau, elle est froide ? C’est parce que j’ai un trouble", encyclopédie du parler frais, 2003).

Pas la peine de se ruiner en antenne satellite, une télécommande à 6 touches suffit pour voir ces clips.

Description sommaire : Christina Aguilera, tout comme Jennifer Lopez, Kylie Minogue, Shakira ou tant d’autres, se contente de se déhancher lacivement dans une tenue de quelques millimètres. On est dans le "peu habillé" devenu extrêmement commun dans la mode et le spectacle. C’est aguichant, mais en soi ça ne dit rien, tout dépend des personnes qui les entourent à l’écran et de ce qui se passe, le fait qu’elles soient habillées légèrement peut avoir des significations très différentes selon le contexte. Quelques exemples pour saisir la nuance.

Plus subtil, Purple shoes sussuré de sa délicate voix rapeuse par Malia, joue sur le montré-caché. Grâce à un trucage, on voit une femme nue qui déambule dans la ville, tout le monde se retourne qui avec envie qui avec réprobation, de la vieille dame au policier en passant par des gamins. Pourquoi "subtil" ? Parce que jamais ni le pubis ni la poitrine n’apparaissent à l’image, tantôt floutés, tantôt masqués par une voiture, une épaule, etc. Mais la situation, elle, est exhibitionniste. Cerrone lui ne fait que poursuivre sur sa lancée, après ses pochettes très sexuelles des années 1970, le vinyl de son nouveau hysteria était vendu avec une pochette sous cellophane interdite aux moins de 18ans, et nous présente un clip avec des femmes penchées aux seins pendants, portant des masques d’animaux. Pas besoin de traduction.

Inutile de vouer le rap aux gémonies, certains des clips les plus pornophiles n’en sont pas, mais sont de la pop (Simply red) ou de la house (tim deluxe, junior jack). Parfois le clip est réalisé par une pointure, comme la reprise du I don’t know what to do de Burt Bacharach par les White Stripes, confié à Sofia Coppola.

Dans les années 1980 Simply Red a été un bon exemple de "blue eyed soul", musique d’inspiration noire interprétée par des Blancs (money’s too tight to mention, It’s only love), avec des sonorités proche de Sade. Pour le single de la renaissance du groupe, désormais classé en "variétés", Sunrise, une foule très jet set se masse autour d’une piscine de luxe. Le chanteur, en costume, se ballade parmi des mannequins toutes plus dénudées et plus "sexy" les unes que les autres.

La House music abonde d’exemples. Dans le genre house/brazilectro, E samba de Junior Jack fait gros plan sur gros plan sur les fesses ultra moulées dans de mini-shorts, et balancement des seins. Classique aussi, mais plus appuyé que la moyenne du genre. Très appuyé. Très gros plans. Avec en prime le jet d’eau sur les danseuses en string en train de se déhancher. La version "clip" de l’éjaculation faciale, en somme.

Tim Deluxe, remixeur et DJ classieux qui fait brûler les dancefloors, a fait sa marque de fabrique de ces clips ultra-sexualisés. Son dernier, Less talk, more action (le programme de la nuit est contenu dans le titre), est une parodie acide du culte du corps. A la manière d’un concours d’élégance canine, des mannequins, hommes et femmes, sont conduits en laisse par leurs éleveurs et éleveuses. Ils et elles passent des épreuves ridicules, prétexte à des gros plans sur la plastique sculpturale des "candidat-e-s". Le jury est composé d’hommes et de femmes vieux et libidineux qui se rincent l’oeil. Ce clip a été présenté comme une parodie grinçante des concours de beauté. Sur le principe on serait d’accord, si tout n’était pas mis en oeuvre pour qu’on puisse se rincer l’oeil sur les pectoraux, chutes de reins, décolletés plantureux. Second degré ? Hum... Le même Tim Deluxe a été clippé précédemment pour it just won’t do qui remet les pendules à l’heure. Dans une arène de corrida est dressé un terrain de volley avec UN juge vautré dans un transat en lisant le paragraphe sur la sélection sexuelle de La sélection des espèces de Charles Darwin. Des mannequins en bikinis minuscules, scrutées sous tous les angles, que des femmes cette fois, se prêtent à de pseudos matchs et surtout à des gros plans appuyés.

On ne va pas citer ni décrire tous les clips. Un dernier exemple toutefois, puisé dans le registre rock. Quand les White Stripes reprennent I don’t know what to do with myself, Sofia Coppola filme Kate Moss, en petit bikini, seule sur un cube se livrant à une table dance, ces danses lascives dont les bars à strip tease se sont fait une spécialité.

Les corps sont toujours choisis avec soin et suivant les canons de la mode, et les images sont très élégantes, vu les circonstances on peut même dire léchées. Mais quelle est la logique ? Se rincer l’oeil en écoutant de la bonne musique ? Probablement. On retrouve le même cocktail que dans les revues de charme et la presse-bite, on mélange corps offerts et produits ou informations qui n’ont aucun rapport. En ce sens on est dans le summum du corps objet, puisque ces corps, le plus souvent féminins, sont uniquement là pour 2 choses : la décoration et susciter le désir sexuel. Dans cours dire aux hommes de JL Murat, on ne voit QUE le pubis nu d’une danseuse coupée à la taille. On voit tout de suite la partie qui l’intéresse. Dans Be thankful for what you’ve got, excellente reprise par Massive Attack, la voiture dont parle la chanson est remplacée dans le clip par... une strip teaseuse. Dans les 2 cas, décallage entre le contenu de la chanson et la vidéo, et la femme est réduite à sa fonction d’excitant sexuel.

Un film a le mérite de suivre sa logique ouvertement et jusqu’au bout (ou presque). En 2002, Snoop Dog a fait un mini-événement en commercialisant une longue vidéo tournée dans une soirée gigantesque organisée par lui et en son honneur, durant laquelle un t-shirt était offert à toute fille montrant ses seins pendant 3 secondes devant la caméra. Ce pseudo-clip est donc un défilé incessant de fans relevant leur pull pour gagner un t-shirt, alterné de quelques plans où Snoop tape virilement dans les mains de ses potes. J’ai utilisé le mot "art" quelques lignes plus haut. Je le retire, c’est pas bien de dire des gros mots.

Certains des clips de la liste ci-dessous ont été interdits de diffusion, ou limités à une diffusion nocturne car estimés interdits à un public de moins de 16 ans. Le site de M6 en propose des extraits dans ses pages "sexy". Comprenons-nous bien. Il n’est pas question de rejeter la nudité. Les clips sont moins dans l’espace public et moins mercantiles que les pubs (sauf quand ils sont diffusés dans des bars). Mais nous baignons dans un environnement de corps-objets, et la pub n’est pas seule en cause. On pourrait tout aussi bien recenser dans les séries télé et les films, les scènes de nus qui n’ont aucune justification particulière.
"Justification" est vague. Dans le clip de batifole moi, on voit un couple faire l’amour, des carrés noir masquant le coït proprement dit. C’est un beau clip, visuellement, les images correspondent très exactement à la chanson ("batifole mon corps"), donc pas de souci de ce côté là, et surtout les 2 ou 3 corps que l’on voit sont également nus (et les musiciens en plans alternés torse nu). Idem pour shining de Peace Orchestra, un couple s’en donne à coeur joie dans un pré, rien de spécial à en dire. Tandis que dans sunrise ou donne moi ton number, comme d’habitude l’homme est couvert de fringues des doigts de pieds jusqu’aux oreilles et même les cheveux, tandis que la femme porte à peine un petit haut transparent, et dans hysteria le chanteur est habillé et entouré de femmes portant en tout et pour tout une culotte, des chaussures et un masque d’animal. Voilà, avec 4 clips on va du plus normal, au plus pornographique d’une part, au plus assymétrique surtout. Car c’est bien cete assymétrie qui pose problème en tant que féministe. Ce n’est pas "la nudité" mais "quelle nudité". L’homme habillé qui peut faire déshabiller les femmes et les contempler, c’est le maître, c’est de la domination symbolique et même plus que symbolique. Les images dans une boîte où le type emmitouflé est entouré de filles peu vêtues, on comprend sans chercher bien loin que le message est "toutes des putes". C’est ce message qui pose problème, ce n’est pas d’être dévétue. Autre cliché, l’homme seul entouré d’une nuée de femmes, là on est entre le maquereau et l’émir avec son harem, dans les 2 cas un homme dont l’argent et la puissance le mettent en position de domination.

La pub est la partie la plus évidente et la plus sauvage d’un ensemble cohérent de messages sexistes. Les clips sont une autre partie de cet ensemble, ainsi que les couvertures de magazines, les photos des magazines, les films, les mangas, ou les plateaux de télévision. Un article comparable pourrait être écrit sur la manière dont les présentatrices sont habillées comparativement aux présentateurs. Répétons-le, il ne s’agit pas de puritanisme, il s’agit de refuser que sous couvert de nu artistique on valorise la domination et le sexisme. Sexy, sexiste, entrainez-vous à faire la différence.

pour en croire ses yeux :
less talk, more action
It just won’t do
E samba
eric prydz

Pour mesurer la fréquence du phénomène, cette liste indicative et très incomplète. Certains de ces clips datent des années 1990 voire 1980.
Tim Deluxe Just won’t do et less talk, more action Simply Red Sunrise Junior Jack E samba Shaggy get my party on Kylie Minogue can’t get you outta my head et Slow Malia Purple shoes Thick dick Insatiable Cerrone Hysteria N*E*R*D lap dance Christina Aguilera Dirty Thomas Winter & Bogue batifole moi Matinda donne moi ton number Liberty X Jumpin Belouis Some Imagination Enigma Principles of Lust, Gravity of Love Sole 4, 5, 6 Metallica Whyskey in the Jar Shabba Ranks Slow & Sexy Armand Van Helden Funk Phenomena Primal Scream Swastika Eyes Chris Isaak Baby did a bad bad Thing Pills Fun-K-Tronic Moos Délicate chatte Fem to Fem Obsession The Cramps Like a bad Girl should The Beloved Sweet harmony Jean-Louis Murat Cours dire aux hommes Jacques Dutronc/ Etienne Daho Tous les goûts sont dans la nature Madonna Erotica Peace Orchestra Shining Massive Attack Be Thankful for what you’ve got Silmarils Va y avoir du sport, Cours vite Mass Hysteria Donnez-vous de la peine Mylène Farmer Libertine, Pourvu qu’elles soient douces, Beyond my Control Lenny Kravitz Black Velveteen, Fly away George Michael Roxanne, Outside Nathalie Cardone Populaire, Eric Prydz (call on me) Booba (baby) and so on...

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Dimanche 30 avril 7 30 /04 /Avr 10:09

It's a punky reggae party !

Ce titre de Bob Marley est aussi celui d'un énorme concert dont il a tenu l'affiche conjointement avec the Clash. Symbole suprème des croisements musicaux entre punk et reggae, que ce groupe dont le Sandinista fleure bon les airs extra-européens.

Résumé qui résume un peu trop, justement, car ces 2 mastodontes, dont tout appartement de droite ou de gauche possède des disques, masquent l'ampleur du phénomène.
D'abord l'importance de ces liens entre ces deux musiques, liens inscrits dans les gènes des premiers albums de
The Police. A force de remplir des stades de foot on a fini par oublier que Police fut avant tout un grand groupe de rock, indépendamment de son succès sur la FM, et l'un des plus reggae de tous. Les critiques de l'époque n'ont d'ailleurs de cesse d'insister sur le jeu du batteur Stewart Copeland, choisi précisément parce qu'il avait un penchant vers les rythmiques reggae, de même qu'Andy Summers.
Ces liens, on les trouve aussi chez d'autres artistes importants du tournant des années 80, et particulièrement des femmes, des blanches. Chacune à leur manière très personnelle,
Nina Hagen ou the Slits ont conjugué les 2 musiques.

Et une française cosmopolite et exploratrice musicale, Lizzy Mercier Descloux, a également réussi à concilier les 2 démarches. Pilier de la no wave, ayant enregistré un album en Jamaïque, elle est ensuite partie en Afrique du sud, avant de mourir trop jeune pour étoffer sa belle discographie.

Cette collision du reggae et du punk, illustrée par la place durable du ska dans l'univers skin et redskin, est surprenante d'un point de vue purement musical. On peut faire l'hypothèse qu'elle devient plus cohérente si l'on ne s'intéresse pas aux seules partitions.

Le jazz et le blues, pour les noirs, avaient déjà tâté de la politique, tout comme le folk pour les blancs.  Il est assez curieux de voir que les 2 jeunes musiques populaires des années 60-70, le rock et le rythm'n'blues (si on y inclue la soul et le funk, comme les charts r'n'b de l'époque) ont évolué de manières très différentes. Si le hard est bien apparu dans la fouleé du funk, il est moins politisé que le funk à une époque ou James Brown, Sly & the stone family ou Gil Scott-Heron (et même Marvin Gaye) se faisaient l'écho d'une implication politique massive des noirs. J'ai déjà parlé de ce morceau magnifique du label Philadelphia, un funk très disco, tube ultra-dansant qui met en scène la communauté noire se mobilisant pour son propre salut (Let's clean up the ghetto). Le rock, lui, dans cette décennie 70, part dans tous les sens mais toujours celui d'un affinement des styles (ce qui ne veut pas dire raffinement, un certain hard en témoigne).

On lit parfois que le Velvet underground a été le premier groupe de rock "adulte", approchant le rock non plus comme un défoulement adolescent mais comme un art, tantôt brut tantôt avant-garde, mais un art. La force incroyable du funk et de la soul est d'avoir su rester une musique adolescente par son énergie, son côté direct, tout en réussissant parfaitement à être politique, porteuse de messages et vecteur de rassemblement.
Sly et James Brown illustrent à la perfection comment les deux dimensions se mélangent, et comment la figure du vilain garçon est devenue le siamois du militant politique. J'ai eu l'occasion de détailler ici le livre de Greil Marcus qui développe cet aspect.

Où est-ce que cela nous mène? Cela nous ramène précisément à la Jamaïque, si vous vous souvenez de
mon billet sur Desmond Dekker, qui a fait du rude boy le modèle durable du chanteur ska/reggae, dès 1967. La dénonciation de la Babylone moderne ouvre une porte vers l'anarchisme punk.
Les Jamaïcains ont un énorme répertoire à eux, mais font aussi beaucoup de reprises de tubes occidentaux, arrangés à leur sauce. Moderne et décalés, aux portes de l'Amérique tout en revendiquant un héritage afro-judaïque (la religion rasta et ses mythes fondateurs), la musique jamaïcaine est à la fois un continent exotique, une vraie puissance (le vivier est impressionnant) et une forme inusitée de contestation qui reste en contact permanent avec l'occident. Cocktail subtil, qui ouvre des horizons aux défricheurs et contestataires du rock.

Paradoxe s'il en est, les Slits disent qu'elles étaient très proches de Nico, dont le plus gros succès fut l'album avec le Velvet underground. Sans revenir en détail sur Nico (
je l'ai fait ici), ses disques étaient loin du punk et du reggae. Mais on peut faire une musique et en écouter d'autres. Ce qu'elles disent aussi, c'est que le reggae était à l'époque la musique "la plus libre".  Pas libre de tout préjugé, puisque Bob Marley a été horrifié d'apprendre que les Slits était un groupe de filles, mais musique de liberté tout de même.
Les amitiés ne font pas tout, l'amitié des Slits et de Nico le prouve. Les fameuses punky reggae party et l'alliance des 2 styles, dont les Clash et les Slits sont les plus grandes illustrations, doivent autant au fond qu'aux affinités personnelles. Que le groupe le plus subversif de l'époque, 5 filles dont 2 mineures (14 et 17 ans) baptisées "les fentes" (the slits) ait été au coeur de ce rapprochement inattendu est à la fois la plus grosse des surprises et le plus beau des symboles.

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