Admirable Nelson
En dehors de l'électro (Daft Punk, Air, Justice), on se demande bien quel groupe les anglo-américains pourraient nous envier. Phoenix, d'abord, pour la pop. Et puis?????????
Et puis c'est tout, on a de très bons groupes, mais on voit mal lesquels pourraient se faire une place au soleil du côté de la Californie ou de la Tamise*. Jusqu'à cette année. Nelson. Ils sont quatre, ils sont jeunes, et surtout ils sont remarquables. Ecoutez plutôt.
Après leur set à Rock en Seine où je les découvrais, je les ai revus au Showcase le 12 octobre. Et même si le public se dégarnissait en cours de route (ils étaient venus soit pour du gros rock soit pour le dancefloor), je ne m'en fais pas pour eux.
Nelson, c'est un peu Joy Division qui aurait roulé une énorme galoche à Ride. Mais surtout c'est une approche et une énergie purement new wave, un truc qu'on n'avait pas vu depuis longtemps. Du haut de leur petite vingtaine d'années, ils se hissent déjà très haut. Il est extrèmement rare de voir un groupe aussi exigeant, et je ne parle pas de débutants, mais d'artistes tout court. C'est ce qui me frappe le plus, cette exigence.
Premier indice, un son impeccable. Le showcase a une acoutique très difficile, et sur 5 groupes que j'y ai vus jouer, 4 avaient un son informe, raté. Avec Nelson, on comprenait même les paroles, les habitués des concerts estimeront le compliment à sa juste valeur ;-) Ils ont fait connaissance dans leur école d'ingénieurs du son, ceci expliquant cela. Mais pas seulement. Plus surprenant, ils avouent à Magic (en avril, je crois) que leur affection pour Joy Division est extrèmement tardive. En entendant leurs guitares et leurs batteries, on aurait pourtant juré le contraire. Mais c'est toute la new wave qui a pris corps dans ces quatre jeunes gars, de Cure à Gang of four, ou pour la même époque, PIL. Sans pour autant chercher à "sonner comme", et sans bannir des influences plus récentes, electronica, Ride, voire Radiohead. Bien que leur côté minimaliste fasse plus penser à New York, où des fusées arty ont dynamité la croyance qu'un tube passe par un refrain à fredonner (Suicide, Talking heads, Stereolab...).
Second indice, un fonctionnement très sain, homogène, en dehors du batteur les musiciens chantent à tour de rôle et/ou ensemble, passent de la guitare à la basse et au clavier, les questions d'ego semblent totalement absente. Pas d'esbrouffe, pas d'épate, mais des compos qui viennent nous narguer, nous vrillent les genoux, et nous donnent envie d'acheter un cottage à Manchester.
Retenez, en tout cas, que Nelson fait des chansons sur la corde raide. Des morceaux tendus à l'extrème, avec un côté entêtant, répétitif, tout en étant accrocheurs, rapeux juste ce qu'il faut, et dansants à souhait parfois (People and thieves, Slow falling, I say you can't stop). Plus j'écoute et plus je suis fan, mais surtout c'est après les avoir vus sur scène deux fois que je m'avoue impressionné. Et pourtant cette année des concerts haut de gamme j'en ai vus. L'album Revolving doors est sorti l'an dernier. J'avais vu des pubs, des chroniques, sans tilter (quand on voit la quantité de disques qui sortent...), et ce n'est qu'en achetant enfin leur disque que j'ai fait le lien entre la pochette et le groupe qui m'a bluffé sur scène.
C'est un beau premier album, les titres sont superbement enchainés, avec parfois des sons "madeleine" comme chez Justice mais je trouve que chez Nelson ça sent moins le procédé, le fabriqué. Ils vendront moins mais artistiquement Nelson ira bien plus haut, je pense. Leur morceaux continuent de se développer, de gagner en épaisseur, comme ce I (syc) stop de l'album, totalement repris et remixé par le groupe pour le CD distribué durant Rock en Seine, désormais intitulé I say you can't stop, avec enfin toute la puissance qu'ils savent lui donner sur scène. On peut comparer les versions entre leur myspace et celui de leur label Diamondtrax.
Et pourtant c'est the over song qui me revient tous les jours en tête, que j'ai écouté le disque ou non, et chaque fois une énergie venue de nulle part remonte mes jambes et me donne envie de fixer l'horizon avec arrogance en me, prenant pour un conquérant. Nelson ou la conquête pacifique.
Ce n'est pas un hasard si Nelson figure aux côté de Neïmo lors de concerts consacrés à la scène française en Angleterre (le 14, French Revolution, à Londres), et y jouit d'une réputation grandissante.
I Say You Can't Stop