PJ Harvey au Rex
Un silence.
Une empreinte.
Impossible d'écouter un disque, de PJ Harvey ou de quiconque. Elle est là, elle prend toute la place, sa musique, sa présence, je ne peux rien écouter, depuis des heures, depuis hier. Pas la place. Un silence assourdissant.
Assis, trop assis engoncés dans les fauteuils profonds du grand Rex où, selon Polly Jean, elle serait capable de piquer du nez même à son propre concert, nous recevons. Je suis près et loin, près de la scène mais très excentré, concentré, c'est un concert assis de PJ Harvey, il y a peu j'aurais trouvé que c'est une contradiction dans les termes. Immobiles, concentrés sur elle comme elle sur sa musique, elle nous arrive droit par les yeux et les oreilles, une force nous envahit, nous parcourt.
Jamais elle n'a été aussi belle. Et sexy au-delà du descriptible, dans une robe noire créée pour elle, robe victorienne portée par la modernité incarnée, et dont elle ne dévoilera, finalement, qu'un mollet, pour une chanson où elle avant besoin de mieux voir une pédale d'effet. Un frisson traverse le Grand Rex et 3000 paires de lèvres humides fantasment sur le mollet diaphane d'une rock star. Absurde. Mièvre. Mais ce souvenir nous remonte l'échine, nous fermons les yeux, le concert revient, le souffle s'accélère...
Seule, elle arrive droit vers nous, guitare électrique sur robe de soirée. To bring you my love. Si c'est un message, il aura été reçu sans ambiguité. Les enceintes crépitent, sa chevelure baroque immobile, son regard nous pénètre et une voix incroyable commence à graver en nous son empreinte. La salle pourtant assise se soulève de joie, plus rien ne pourra entamer ce moment. Polly Jean Harvey fait l'amour à son public, et connait toutes nos zones érogènes.
Rififi, Ska, Chrystelle, Laé, éparpillés un peu partout dans la salle nous avons du nous séparer après nos retrouvailles d'avant concert. Pas grave. Ce qui sort de cette bouche, de cette guitare, ce piano, nous est d'abord adressé à nous seuls, mais nous relie, nous savons que les autres voient, entendent, vivent, la même chose que nous, et c'est un bonheur de plus que de savoir qu'ils repartiront avec cette empreinte en eux tout comme nous.
A la sortie, pas besoin d'échanger nos impressions, de demander qui a aimé, ce qu'on a préféré. Quelques exclamations, un frisson, des regards qui en disent long mais voudraient en dire plus. Cela suffit.
PJ Harvey a parcouru ses 16 ans de carrière en une petite heure et demie, seule en scène et avec un brio quasi surhumain. Toutes et tous, nous avons espéré qu'un tel concert puisse exister. Après deux titres à la guitare, elle se pose au piano, et entame the Devil avec pour percussion un métronome qui bat la chamade. Saisissant. Et lorsqu'elle enchaîne sur un autre titre de son dernier album, White chalk, la pureté de sa voix, nue à l'extrème, me remplit de larmes. Ce concert elle se l'offre autant qu'à nous, et ne donne que le meilleur. Avec deux de ses chansons qu'elle avoue préférer, Nina in ecstasy et Shame. De Water et Man-size des débuts, jusqu'à the mountain, toutes ses époques et tous ses styles sont revisités. Réarrangés. Jusqu'à lui poser un léger problème lorsqu'elle revient pour un 2e rappel non programmé. Elle a du tellement réarranger ses titres en profondeur pour les faire entrer dans ce concert, quelle ne sait plus que nous jouer malgré son envie de prolonger ce moment avec nous.
On voit mal pourtant ce qui peut lui résister. Elle n'a plus de limites. Elle qui a fait un disque au piano alors qu'il y a 2 ans elle ne savait pas en jouer. Elle passe sous nos yeux de la guitare au piano droit puis à un orgue énorme dont elle tire un grondement plus grave encore que celui de sa boîte à rythmes. Elle nous fera même un C'mon Billy à l'auto-harpe, dont elle se paie le luxe de jouer au mediator comme d'une guitare de conte de fées.
Donner autant d'intimité et un tel sentiment d'être un spectateur unique, dans une salle de 3000 personnes, il fallait un don pour y parvenir. Il fallait la plus grande.
Seul le silence ne fait pas de fausses notes. Mais seule PJ Harvey est plus forte que le silence.
Une empreinte.
Impossible d'écouter un disque, de PJ Harvey ou de quiconque. Elle est là, elle prend toute la place, sa musique, sa présence, je ne peux rien écouter, depuis des heures, depuis hier. Pas la place. Un silence assourdissant.
Assis, trop assis engoncés dans les fauteuils profonds du grand Rex où, selon Polly Jean, elle serait capable de piquer du nez même à son propre concert, nous recevons. Je suis près et loin, près de la scène mais très excentré, concentré, c'est un concert assis de PJ Harvey, il y a peu j'aurais trouvé que c'est une contradiction dans les termes. Immobiles, concentrés sur elle comme elle sur sa musique, elle nous arrive droit par les yeux et les oreilles, une force nous envahit, nous parcourt.
Jamais elle n'a été aussi belle. Et sexy au-delà du descriptible, dans une robe noire créée pour elle, robe victorienne portée par la modernité incarnée, et dont elle ne dévoilera, finalement, qu'un mollet, pour une chanson où elle avant besoin de mieux voir une pédale d'effet. Un frisson traverse le Grand Rex et 3000 paires de lèvres humides fantasment sur le mollet diaphane d'une rock star. Absurde. Mièvre. Mais ce souvenir nous remonte l'échine, nous fermons les yeux, le concert revient, le souffle s'accélère...
Seule, elle arrive droit vers nous, guitare électrique sur robe de soirée. To bring you my love. Si c'est un message, il aura été reçu sans ambiguité. Les enceintes crépitent, sa chevelure baroque immobile, son regard nous pénètre et une voix incroyable commence à graver en nous son empreinte. La salle pourtant assise se soulève de joie, plus rien ne pourra entamer ce moment. Polly Jean Harvey fait l'amour à son public, et connait toutes nos zones érogènes.
Rififi, Ska, Chrystelle, Laé, éparpillés un peu partout dans la salle nous avons du nous séparer après nos retrouvailles d'avant concert. Pas grave. Ce qui sort de cette bouche, de cette guitare, ce piano, nous est d'abord adressé à nous seuls, mais nous relie, nous savons que les autres voient, entendent, vivent, la même chose que nous, et c'est un bonheur de plus que de savoir qu'ils repartiront avec cette empreinte en eux tout comme nous.
A la sortie, pas besoin d'échanger nos impressions, de demander qui a aimé, ce qu'on a préféré. Quelques exclamations, un frisson, des regards qui en disent long mais voudraient en dire plus. Cela suffit.
PJ Harvey a parcouru ses 16 ans de carrière en une petite heure et demie, seule en scène et avec un brio quasi surhumain. Toutes et tous, nous avons espéré qu'un tel concert puisse exister. Après deux titres à la guitare, elle se pose au piano, et entame the Devil avec pour percussion un métronome qui bat la chamade. Saisissant. Et lorsqu'elle enchaîne sur un autre titre de son dernier album, White chalk, la pureté de sa voix, nue à l'extrème, me remplit de larmes. Ce concert elle se l'offre autant qu'à nous, et ne donne que le meilleur. Avec deux de ses chansons qu'elle avoue préférer, Nina in ecstasy et Shame. De Water et Man-size des débuts, jusqu'à the mountain, toutes ses époques et tous ses styles sont revisités. Réarrangés. Jusqu'à lui poser un léger problème lorsqu'elle revient pour un 2e rappel non programmé. Elle a du tellement réarranger ses titres en profondeur pour les faire entrer dans ce concert, quelle ne sait plus que nous jouer malgré son envie de prolonger ce moment avec nous.
On voit mal pourtant ce qui peut lui résister. Elle n'a plus de limites. Elle qui a fait un disque au piano alors qu'il y a 2 ans elle ne savait pas en jouer. Elle passe sous nos yeux de la guitare au piano droit puis à un orgue énorme dont elle tire un grondement plus grave encore que celui de sa boîte à rythmes. Elle nous fera même un C'mon Billy à l'auto-harpe, dont elle se paie le luxe de jouer au mediator comme d'une guitare de conte de fées.
Donner autant d'intimité et un tel sentiment d'être un spectateur unique, dans une salle de 3000 personnes, il fallait un don pour y parvenir. Il fallait la plus grande.
Seul le silence ne fait pas de fausses notes. Mais seule PJ Harvey est plus forte que le silence.
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