Dokidoki vous embrasse
Un festival, c'est l'occasion de se fier à une réputation (d'un label, des organisateurs, d'un artiste programmé), et de faire par la même occasion des découvertes.Dokidoki, comme son nom ne l'indique pas, n'est pas un festival exclusivement japonais. Un rapide coup d'oeil nous fait réaliser au contraire que ce collectif est avant tout constitué et animé par des français. Sur les 3 soirées au Point éphémère, je ne suis venu que le vendredi, pour écouter Kumi solo.
Surprise, dans la salle encore à moitié déserte, c'est un groupe pop-rock qui commence, les français Chris club. Les morceaux, dansants et bien exécutés, tournent pas mal. Ils gagneraient à ce que la différence de tempo soit plus marquée entre les morceaux, tout de même. Mais surtout, je n'ai pas plus apprécié le chant que les amis qui m'accompagnaient. Des paroles un peu creuses, ok on a l'habitude, mais lorsque le chant peine à trouver la justesse, là on décroche. Mais je ne dis pas qu'avec du boulot ils ne gagneront pas en épaisseur. Les premières parties servent à cela, donner à des groupes pas encore matures l'occasion de "faire le métier".
Puisque Kumi passe en dernier, j'écouterai les 2 autres artistes. A peine Tujiko Noriko a-t-elle fait tourner quelques mesures sur son laptop, que nous nous regardons tous les 3, l'oeil pétillant. Elle nous prend d'entrée, dans un univers nocturne, un lent conte horrifique. C'est d'abord une épaisseur. Sa musique a du grain, comme on dit d'un film. Son électro est très organique en même temps, avec plus ou moins de beat pour durcir certains passages. Les références qui me viennent sont le dubstep de Burial, voire un trip-hop très actuel, mais on peut aussi penser à Sigur Ros pour le climat ensorcelé. A y regarder de plus près, elle a un univers assez frappé, pas sage du tout, un peu crade et marrant mais toujours hyper travaillé. Plusieurs de ses disques sont au catalogue de Emusic. Ce n'est pas seulement une info, c'est réellement une invitation à l'écouter et vous immerger dans l'eau fumante de ce lac étrange. Je passe sur le français qui est venu la seconder par les attaques soniques de sa console, en en faisant un peu trop comme pour être sûr qu'on le remarque. Peine perdue car c'est bien elle qui en ressort grandie.
C'est le français Don Nino qui prend le relais. Voilà un de ces noms croisés bien des fois, sans que j'y prête une oreille. Peut-être avez vous entendu parler de son disque de reprises publié en 2007, Mentors menteurs ! , chez Prohibited records. Tout son set est excellent de bout en bout. Quand l'underground rock allie ce niveau d'exigence et de générosité, on en redemande. Sa version interminable du A day in the life des Beatles met une partie du public en transes, et on est presque surpris qu'elle s'arrête si vite (10 minutes? plus?). Son batteur est parfait, et lui-même suffisamment à l'aise pour affirmer une présence, sans faire trop et quasiment sans dire un mot. Entre folk et lo-fi, il livre de chaque morceau une version habitée, qu'il soit de lui ou une reprise. Expressway to you skull de Sonic youth, ou Like a virgin de Madonna, devenu aussi rock que salace, il s'y attaque avec la même réussite. Tout d'un coup on se trouve bien bête d'être passé si longtemps à côté, mais surtout content d'être sorti de l'ignorance.
Je pars après les dernières notes de Kumi solo. Sa pop sucrée, sautillante, entraine tout le monde, les pieds se lèvent, les hanches s'animent et les bras se balancent au-dessus des têtes. Loin de l'univers rock très riche du Konki duet, dont elle fait partie, elle cultive une électro-pop minimale qu'elle appelle avec humour "cheap pop". Festive et légère, Kumi développe son goût de la fête et de la danse, sans naïveté mais plutôt avec le parti pris de préserver sa part d'innocence. Cette fibre régressive nous rappelle tous ces moments où nous préférons danser sur un tube léger... ou de Kumi :-)
On les retrouve, avec beaucoup d'autres artistes, sur la compilation du label : I regret not having kissed you. Un beau double vinyl, sur lequel on retrouve surtout de l'électro, comme le très house A*class. Ou comme Anne Laplantine, dont je suis content de retrouver le nom des années après ses débuts. Ces compilations sont l'occasion de faire connaissance avec une famille, et de découvrir des artistes. Ne vous attendez pas à recevoir le choc que Tujiko Noriko et Don Nino nous ont donné, mais l'objet est beau et son contenu plaira aux amateurs d'électro.
Revenez me donnez vos impressions sur ces artistes qui méritent votre écoute.
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