Se donner la Payne
Encore une découverte grâce à internet, et en particulier myspace. Candie Payne, croisée au détour de je ne sais quelle page. J'ai d'abord cru à une chanteuse de 1967-68, un de celles dont on fait les compilations sorties de nulle part comme Ultra chicks et autres yéyé girls.
Mais non. Si Amy Winehouse est la face soul d'un revival très sixties, Candie Payne en est la face pop. Et encore, bien qu'on la compare souvent à Nancy Sinatra (ce qui n'est pas faux), Candie Payne aussi a mis une bonne dose de soul dans ses chansons. Et à la différence de Nancy dont la carrière croisa celle de son père, Candie travaille avec ses frères. Et son producteur est l'un des hommes en forme des studios anglais, le prolifique Mark Ronson. Egalement producteur de Lily Allen, musicien lui-même (il était à Rock en Seine cet été), Ronson achève une tournée anglaise avec Candie Payne en première partie. Ecoutez plutôt. Pas encore la révélation de l'année comme Winehouse, mais de jolies promesses assurément.
Comme Candie a tout compris à internet, son album est intégralement en écoute sur son site, mais on peut aussi les playlister sur jiwamusic.
On y découvre des chansons très produites, sur lesquelles elle refuse délibérément de doubler sa voix, à contre-courant de la vogue du moment. En revanche elle ne rechigne pas à convoquer des choeurs et des riches orchestrations. Grâce à quoi elle trouve un son très plein, marqué par une légère distance, comme si cette musique nous venait de loin. Certains instruments sont mixés très bas et avec suffisamment de réverbération pour qu'on ressente une impression très cinématographique, d'images à plusieurs plans. Why should I settle for you réveille la vision d'une Claudia Cardinale pas décidée du tout à s'aplatir devant son cow-boy. Les images viennent spontanément, voilà un album qui donne envie de faire du cinéma. Si je vous dis que son utilisation du violon est très dramatique, n'y voyez pas une insulte ;-)
Le rythme a la part belle dans ces chansons, mais un peu comme j'ai pu le dire de Bat for lashes. Certaines syncopes jazzy (le somptueux all I need to hear) ont un je ne sais quoi de Lalo Schifrin, et sur l'ensemble c'est toute la galerie des percussions qui est utilisée. Les compos restent simples, la voix se dessine bien et, allez savoir pourquoi, en entendant cette fille de Liverpool c'est plus à une américaine que je pense. La faute, peut-être, à l'atmosphère soul qui baigne l'ensemble, mais aussi une manière de prononcer les "r" (by tomorrow), alors qu'elle parle bien avec l'accent de son pays. Mais surtout, il faut bien dire, à ces cuivres à la Martha Reeves and the Vandellas, à ces choeurs que les Ronettes ou les Shangri la's ne renieraient pas.
Candie Payne chante au carrefour de deux styles qu'elle marie parfaitement. D'un côté une pop garage, pas très loin c'est vrai de celle de Nancy Sinatra mais avec un son plus "sale". Le "garage" façon années 60 c'est plus Jaqueline Taïeb par exemple. De l'autre côté, une soul traditionnelle comme je l'aime. Le résultat final n'est pas forcément original (Seasons change), mais Candie Payne a du talent à revendre et on écoute l'album de bout en bout sans s'en rendre compte (malgré quelques titres assez oubliables, tout de même). Ses versions acoustiques prouvent qu'elle tient sa voix toute seule, et joliment. Et quand je vous parle d'un son "sale", c'est plus subtil que ça, une forme musicale de négligé-chic, la production très pointue fait ressortir à la fois un côté "vintage" tout en truffant nos oreilles de détails savamment exécutés. Du très joli travail (Lee Hazlewood, sors de ce corps!). I wish I could have loved you more, nous dit elle. Comment ça, nous séparer? Mais, mais, mais.... pas déjà?!
Elle sera le 8 décembre aux Transmusicales de Rennes.