C'est la reprise
Ce n'est pas pour rien que sur seulement 2 liens que j'ai mis sur ce blog,
Je sais, à peine ce blog ouvert je dégoisais copieusement sur le manque d'imagination de certains français qui se contentent de plaquer des paroles de pacotille sur des titres dont la mélodie a déjà fait ses preuves ailleurs. Je n'enlève pas une virgule à ce que j'ai écrit, mais ça ne veut pas dire que je méprise les reprises (ni que je reprise les chemises... si vous avez d'autres débilités en "ise" les commentaires vous sont chaleureusement ouverts). Ca signifie seulement que je n'aime pas qu'on se foute de nous, ni qu'on traite la musique comme une industrie avant de la respecter comme un art, fût-il mineur (aux yeux de Gainsbourg). Visiblement l'ami Guillermo est du même avis.
En jazz c'est encore différent, la "reprise" est un concept qui n'existe pas. Ce qui existe, ce sont les "standards". On ne reprend pas un standard, on le joue, soit fidèle à l'original, soit en se l'appropriant au point de la rendre parfois méconnaissable. Interpréter des standards fait partie intégrante de la démarche de la plupart des jazzmen, et quoi qu'il en soit ce n'est pas perçu comme une forme de flemme ou de prudence excessive. Au contraire, se mesurer à un standard, qu'on peut aussi traduire par "classique" (j'aime moins) c'est souvent ça, le risque.
Si Ludovic Navarre n'avait pas eu la drôle d'idée de signer sur un label de jazz, et était resté dans la sphère électro où il a fait ses premières armes, j'aurais eu moins de critiques à lui faire. Mais là ça ne colle vraiment pas.
Une reprise réussie, c'est quoi?
C'est le contraire de Da doo ron ron par Frank Alamo ou de Noir c'est noir par Johnny, qui sont des copie-carbonne des originaux. J'ai moins de plaisir à entendre une reprise "ratée", mais plus de respect malgré tout, parce que les musiciens ont eu une démarche artistique au lieu de faire les perroquets. Ce sont parfois les producteurs qu'il faut incriminer. Quand je cite Johnny et la plupart de la bande de Salut les copains, ce sont des interprètes. Certains interprètes sont assez puissants pour orienter le travail de leurs compositeurs et arrangeurs, mais ces derniers sont les vrais responsables, main dans la main avec les producteurs.
Les meilleures reprises ne se contentent pas de ré-interpréter le morceau original. Elles font plus que le déplacer, elles lui ajoutent une dimension supplémentaire. Quand on en arrive là, c'est très très fort. Lorsqu'en 1972 le thème de Strauss Also sprach Zarathustra a été adapté en jazz-funk, c'était génial (Herbie Hancock lui-même a pris une grosse claque en l'entendant). Mais les dizaines de reprises funk qui ont suivi, et qui ne font parfois que singer la version de Eumir Deodato, sont généralement dépourvues d'intérêt (sauf pour moi qui en ai la collectionnite, mais musicalement on s'ennuie vite).
Allez, teaser : la playlist du 30 sera consacrée à Ainsi parlait Zarathustra.