La note bleue
Un français a l'honneur de diriger le label Blue note depuis quelques années. C'est lui qui a signé des pointures comme Norah Jones, mais aussi des français comme Julien Loureau ou, plus étonnant, Saint-Germain (il a redressé les venres, mais le bilan artistique du gars est pas génial).
Blue note, qui a fait les belles heures du jazz d'avant garde avant que le free d'Impulse ne le supplante, tient son nom de cette fameuse « note bleue » qui serait typique du jazz.
La "note bleue", c'est une note qui vient dans un certain motif harmonique, pas n'importe lequel, mais là si je m'essaie à décrire je vais nager sévère. Extrait saisi dans le documentaire dont je vous parlais il y a 3 jours sur les musiques de films : la "note bleue" est une 7e en bémol (croyez-vous que ça veuille dire quelque chose? j'en doute). Une brève explication ici.
Le blue note, c'est aussi un club de jazz renommé de Manhattan, un club devenu un peu un musée où passent aujourd'hui les grands anciens, sur la 3e rue.
D'où vient-il, ce bleu qui fit fureur parmi les jazzmen? Est-ce Ellington qui l'a décrit? Le doit-on à Miles Davis ou à Coltrane? Que dalle. Ce n'est pas un musicien connu qui a forgé l'expression, et surtout ce n'est pas un jazzman. On tombe de haut.
Quelle ironie....
La "note bleue" doit son nom au compositeur de musique de film Al Newman. En 1941, le style des compositions de Max Steiner, tout en cordes et en langage classique, s'est imposé comme le standard hollywoodien. Cette année, Bernard Herrmann compose le score de Citizen Kane, tandis que Newman écrit pour l'adaptation d'un roman gallois dur et pas mal du tout, Qu'elle était verte ma vallée. Il puise évidemment dans le répertoire des chants gallois, notamment un air intitulé Six pence. Mais il l'adapte en puisant, chose nouvelle et que seul Hollywood permettait, dans le jazz. Un tel mélange de styles n'aurait pas été permis dans un autre contexte. Et c'est en écrivant ses arrangements que Newman donne son nom à la fameuse "note bleue" qui prit une place centrale dans le jazz des années qui suivirent.
Le propos du documentaire de Waletzki est de dire que c'est Hollywood qui a permis la rencontre entre le langage symphonique et le jazz, et donné son nom à un élément clef du jazz. Comme le souligne le film, l'ironie veut que ce soit le fils d'émigrés juifs ukrainiens qui ait intitulé la "note bleue" en composant "un jazz gallois".
Là-dessus, vous pouvez tirer une moralité mondialiste et bienpensante qui collera à peu près à ce que je pense, et gnagnagna esprit de noël et bla et bla :-D