the Dø, Cocoon, Keren Ann, Bashung, Adam Kesher : concerts et pépites
Pour quelqu'un qui a longtemps négligé les productions françaises, on peut dire que j'ai fait volte face ^^
Petite compilation des concerts où j'étais récemment.
D'abord The Dø à la Cigale. Sans atteindre la folie annoncée (le public, lui, était bouillant) le duo, secondé par un batteur, m'a plutôt rassuré. L'album part dans tous les sens, ce qui me gène, j'y cherche en vain leur identité artistique. Sur scène on sent une plus grande homogénéité, peut-être parce que les morceaux ont bientôt 2 ans et qu'ils ont mûri. L'entrée en matière très hip-hop surprend agréablement, même si l'envie de ne pas reproduire les morceaux à l'identique les conduit à rendre très plat leur tube On my shoulders. En revanche l'une de mes préférées, The bridge is broken, garde toute son ampleur, et la reprise de Crazy (nouveau standard mondial des concerts rock) est à la hauteur.
Finalement je ne devrais pas le dire, mais le plus réussi ce sont encore les photos de Chrystèle Lacène :-)
Chaude ambiance encore dans la petite cave de la Mécanique ondulatoire, pour le lancement de l'album de Adam Kesher. Décidément le rock français chasse sur les terres des Anglais, ces temps-ci, et ça se passe pas mal du tout. Attirés par un excellent single, Local girl, fans et jouranlistes se pressent pour entendre l'album en live. Son carré, belle énergie, les bordelais assurent. Malgré tout, je crois que l'album était peut-être prématuré, certains morceaux sont des redites, et on revient trop souvent à la syncope baggy sautillante des titres les plus costauds. Groupe très prometteur en tout cas, et qui devrait plaire aux amateurs des Rakes, des Foals, ou de Neimo. Leur rock qui allie puissance et sonorités new wave a quelques points communs avec eux.
Voilà qui est bien, mais qui laisse un goût d'inachevé. C'est en duo et en douceur que Cocoon nous emmène très très haut. Pas de surprise, le dispositif est sobre (le clavier de Morgane contient la plupart des sons), et le public collé à eux dans un Point éphémère bondé. La tournée est débutée depuis plus d'un an, les reprises ne sont plus inattendues (un très joli Hey Ya d'Outkast, dépouillé et chaleureux). Non, c'est autre chose qui nous suprend. D'abord cette fraicheur, irrésistible, contagieuse, radieuse, et étonnante après plus d'une centaine de dates. Et puis le contraste, aussi. Entre le désespoir courageux de leurs chansons, longues larmes séchées, et la légèreté dont ils font preuve. Car ils s'amusent, sur scène. Ils parodient Christophe Maé, plaisantent, rient de bon coeur. En un clin d'oeil on passe du rire détendu à la gorge serrée, du plaisir d'être en scène à partager l'instant avec nous, à la détresse contenue de leurs chansons. comme autant de chutes libres terrifiantes, bercées finalement par la toile ouverte qui nous dépose sans heurt.Que de pudeur chez ces deux là, jamais ils ne cherchent à nous tirer les larmes, ils profitent au contraire du moindre instant pour nous rendre la vague d'amour qui roule du public jusqu'à eux. Les lumières s'allument, on est heureux et on voudrait ne pas les quitter.
Alors que des jeunes débutants font venir les foules, que peut bien nous réserver un vétéran? Alain Bashung est un des plus grands artistes rock tout court, et vraisemblablement le plus grand français en tout cas. Hélas, les plus grands ont parfois des coups de mou. Je l'avais vu pour sa tournée de Fantaisie militaire, un pur chef d'oeuvre qu'il parvenait à transcender sur scène, flamboyante statue de cuir, durant deux heures d'embrasement. Dans la grande salle de La Défense, grâce à Rififi nous retrouvons Bashung, un Bashung vieilli et, je le crains, diminué. Quelque chose n'est pas là, une force, la santé aussi peut-être - je n'espère pas. Comme prévu, les titres du nouvel album Bleu pétrole sont tout plats, limite chiants, malgré des musiciens excellents. Mais le symptôme le plus ennuyeux est la faiblesse des morceaux de Fantaisie militaire, qu'il exécute sans âme, comme absent. Ceux de Osez Joséphine sont à peine mieux réussis. Surnage un What's in a bird enfin électrique et un Volontaire à l'énergie trouble. Que se passe-t-il? Pas grand chose à vrai dire jusqu'au rappel, puis au 2e rappel, un Nights in white satin chanté seul à la guitare, conclu sous les acclamations par ces mots rares chez ce taiseux : "Moi aussi je vous aime".
Chez un artiste aussi immense que Bashung on préfèrerait presque le ratage complet à l'eau tiède que nous avons eu ce soir là. Une eau soudain glaçante pour les seuls sommets à la hauteur de l'événement, quatre titres tirés de L'imprudence. Album aride et exigeant, ce pourrait bien être lui, finalement, le sommet de sa discographie. Signe inquiétant que de voir Bashung, amaigri et tête rasée, n'être bon ce soir que dans ses titres les plus désertiques. Angoisse.
La comparaison était douleureuse car Bashung succédait à Keren Ann. Tout critique normalement constitué attendrait du premier qu'il écrase de sa classe la seconde, reléguée au rang d'excellente artiste. Mais voilà. Keren Ann a été sublime. Confirmant la classe incroyable de son dernier disque, elle nous a fait planer très haut. La salle n'était pourtant très chaude, mais elle a réussi à nous bousculler et nous faire rocker de plus en plus. Déjà en décembre je l'avais trouvée excellente, sur cette même tournée. De très beaux concerts, très construits et habités, où le trompettiste Avishai Cohen apportait une touche subtile.
A la Défense il était remplacé par un clavier, et tous les morceaux ont été entièrement repensés, reconstruits, réorchestrés de fond en comble. Du grand art. Ajoutez une énergie communicative, et un hommage pudique à Henri Salvador qui devait jouer le ledemain. Keren Ann, c'est aussi une voix qui vous capte. Ses premiers disques ont pu faire croire qu'elle était restreinte à un joli murmure, mais sur scène sa maîtrise vocale est proprement bluffante. Même en sachant que Bashung jouait derrière j'ai failli partir pour rester sur ce souvenir, des étoiles plein les yeux.
