âge d'or? (gooolden years, wap wap wap...)
Encore une réflexion à la volée que j'ai pondu sur un autre blog, chez Magda, et que je livre à votre perspicacité : après plusieurs âges d'or durant le 20e siècle, la musique ronronne en ce nouveau siècle et tarde à se réveiller.
Autrement dit, qu'est-il arrivé depuis 2000 qu'on puisse trouver marquant? Combien de chocs, d'artistes bouleversant qui nous fassent perdre nos repères?
Des bons disques il y en a, j'en parle d'ailleurs régulièrement. Mais depuis 2-3 ans mes plus fortes émotions musicales sont des concerts, pas des albums. Ou encore des clips (D.A.N.C.E de Justice, par exemple).
En rugby on parle de temps forts/temps faibles. Longtemps il a été de bon ton de considérer les années 1980 comme un temps faible, avant d'en découvrir l'inépuisable richesse. Et peut-être dans 20 ans ferai-je mon mea culpa en encensant les années 2000.
Mais à 20 ans d'écart une différence fondamentale me permet d'en douter : les années 2000 sont pour l'instant une décennie de revivals. Retour du rock, retour du rythm'n'blues, retour de la disco, retour de la new wave qui du coup n'a plus rien de "new"... Il suffit d'observer la floraison de concerts de "réunion", de Deep Purple à Police, des Stooges aux Jesus & Mary Chain ou My bloody Valentine. Ces derniers, les plus récents, ont publié leur dernier album en 1991!
D'où mon envie d'évoquer les "âge d'or". Car la qualité des artistes n'est pas en cause, PJ Harvey, Monade, Portishead, Nick Cave, sont au top. Bat for lashes, M.I.A, Marie-Flore, font des débuts très excitants. Et la génération intermédiaire, les Cat Power, the Gossip, Joan as police Woman, Katerine, se porte bien.
De ci, de là, des artistes bousculent les conventions, apportent un peu de nouveau, sont originaux. Mais l'impression d'ensemble qui se dégage est loin de tout ça. Elle est un peu plate, conventionnelle.
J'apporterai dans un prochain billet un éclairage sur ce que je crois être une forme actuelle d'innovation, mais il faut gratter et avoir l'oeil et l'oreille aux aguets pour trouver ces innovations.
En revanche certaines époques pas si lointaines étaient chargées d'électricité ambiante, le sentiment (excessif parfois) d'assister à du neuf chaque jour était communément partagé.
Les années trip-hop, "French touch", ont à peine plus de 10 ans. C'est court et long à la fois, assez court en tout cas pour que la plupart d'entre nous s'en souviennent. A peine plus anciennes, les années grunge incarnées par Nirvana. Pas bien vieux, tout de même, tout ça. Pas besoin de retourner jusqu'à Monterey en 1967 pour trouver un âge d'or. Pas même besoin de remonter aux années punk 1976-1978 ou post-punk et new wave (Joy division, the Cure) qui leur ont survécu.
La capacité d'excitation n'a pas disparu, on saute en choeur sur Amy Winehouse, Justice, on écoute en boucle les Last shadow puppets ou Alela Diane. Mais qui a vraiment l'impression qu'il "se passe un truc", que c'est "maintenant" que ça se passe? Pas moi. Pas suffisamment.
L'ambiance revivaliste est comme une chape qui empêche les inventions (Katerine excepté?) de se répandre comme des trainées de poudre et d'attirer l'attention générale.
Les périodes de dépression sont aussi susceptibles de doper la création que les périodes d'expansion, après tout aux Kinks et aux Beatles ont succédé une période funk grandiose, le glam rock (Bowie, Roxy music), puis le punk, en plein contrecoup du choc pétrolier. Je ne crois pas que les difficultés socio-économoques et les impasses politiques actuelles puissent expliquer en soi ce repli sur le connu et ce relatif désintérêt pour l'invention.
Y compris des disques que j'aime beaucoup et je promeus volontiers, du Budos band à Ladyhawke en passant par Amy Winehouse, sonnent "comme". Comme avant.
Quand j'étais ado, on s'extasiait sur le talent de Lenny Kravitz pour reproduire le son de ses ainés. Aujourd'hui tout le monde s'en fout un peu, c'est devenu parfaitement commun. Ce qui ne veut pas dire que les chansons ou les albums sont mauvais.
Il y a même de quoi franchement s'enthousiasmer parfois, je citais Bat for lashes qui pour moi fait réellement preuve d'invention. Mais songez un peu qu'à ses morceaux magnifiques, et très accessibles au public, en 2007 l'Angleterre a préféré par deux fois récompenser les Klaxons, dont la musique n'apporte rien qu'une sentiment confus de mélange et quelques refrains entrainants dans des compositions brouillones. Ce n'est pas comme si elle était absente de la présélection, là on a délibérément préféré un truc mal fait et sans lendemain, une sucrerie à consommation-digestion rapide.
Imaginez bien que dans les années 1960 les Beatles, James Brown, les Stones, étaient des stars. Et ils étaient les meilleurs. Bob Dylan attisait les passions.
On ne manque aujourd'hui ni de musique, ni de concerts, de presse et blogs spécialisés, ni de moyens d'accéder parfois gratuitement à tout ça. Mais il manque quelque chose. Il manque même le "petit quelque chose", un "je ne sais quoi" qui transforme l'actuelle juxtaposition d'oeuvres intéressantes, en immense excitation collective, en émulation étonnante. Annonce : mélomane cherche émulsifiant :-)
Vous aurez sans doute mille explication, mille rectificatif ou désaccord à exprimer. Je n'exprime qu'un sentiment qui m'anime, subjectif, mais que je ressens très fortement.