Festival des Inrocks 2007

Publié le par arbobo

La première leçon de ce festival des Inrocks 2007 est que les Happy Mondays ne font plus recette, même celle de la nostalgie. La deuxième leçon est qu'il est bien bon d'avoir des potes. La troisième, que la diversité et la qualité des groupes de scène est aussi remarquable que le son de la Cigale est médiocre. La quatrième leçon est qu'il ne faut pas accumuler les leçons, ce qui explique qu'il n'y a pas de 5e leçon, vous me suivez?

place-inrocks-081107.JPG Rien n'a tourné comme prévu, ce qui a plutôt tendance à me plaire. D'abord, j'étais tenté de retourner voir the Gossip, mais ce concert là a été l'un des premiers à afficher complet. Puis, sur un coup de tête, je prends ma place pour le concert des Campesinos/Elvis Perkins/etc. Pas un pis-aller, mais un achat impulsif, disons. 

J'irai donc à la Cigale le dimanche. Puis, j'apprends que Koko van Napoo, groupe vainqueur du premier concours CQFD en ligne (et que, comme tant d'autres, j'ai contribué à présélectionner à ce concours en honneur à leur belle Polly), va ouvrir le concert d'ouverture à la Cigale. Celui des Happy Mondays. Mais voilà, on ne connait d'eux que 3 titres, ils n'ont pas d'expérience de scène, et les Happy vaguement ressuscités me tentent moyennement. Je tente tout de même de gagner une des places mises en jeu par les Inrocks... et bingo. Je fais donc le concert d'ouverture jeudi, merci les Inrocks :-)

Enfin, dernier rebondissement, Arnaud le bien nommé (cherchez pas, ça ne veut strictement rien dire), a.k.a VJ Carlota en personne me fait don de la place dont sa chère et tendre ne peut profiter. Contre toute attente je vais donc voir the Gossip (entre autres) le samedi. Au final, des oreilles en chou-fleur et des orteils en douleur, mais plein de bonnes choses pas forcément faciles à résumer.

Accrochez-vous, on est parti pour un tour express de 15 artistes en 4 jours (éteignez vos portables, attachez votre ceintures, les tobogans sont disposés de part et d'autre du fuselage).

Acte 1. Jeudi. intérieur -nuit. La Cigale

Puisque j'ai gagné 2 places, et après moult tergiversations, c'est accompagné d'Ama-L que j'inaugure crânement le festival 2007 (curieusement, pas de haie d'honneur, mais nous sommes venus incognito).
koko-von-napoo.jpgJe suis content de voir les Koko van Napoo, mais c'est un cadeau empoisonné de leur faire ouvrir devant des stars et dans une grande salle. Je vous en reparlerai bientôt après les avoir revus en concert. En tout cas ils confirment le renouveau actuel de la new wave. Le chant me fait un peu penser à Human League, mais Ama-L disait plutôt Cindy Lauper par moments. Suite au prochain épisode (ils passent au Showcase le 24 novembre).

Les Koko n'avaient pas seulement pour handicap d'ouvrir le bal devant une salle dégarnie (et qui ne sera jamais pleine de toute la soirée) et qui ne les connait pas, ils ont aussi dû batailler avec un son globalement assez moisi. En dehors de New young pony club (et encore, la chanteuse a mis 2 titres à trouver la bonne distance  au micro), toute la soirée le son a été plutôt mauvais. Pas "moyen" : mauvais. N'ayant pas payé ma place, je peux pas me plaindre sur ce terrain, mais c'est pas génial de faire la connaisance d'un groupe dans ces conditions. Seule consolation, un niveau sonore bien maîtrisé, suffisant mais pas trop fort (ce qui est devenu la plaie des salles parisiennes).

New Young Pony Club
3 filles, 2 garçons, et beaucoup d'années 80. De New Order et Madonna jusqu'à... Technotronic (Pump up the jam, revisité façon electro-punk, on sautait tout partout), le New Young Pony club nous a joliment remué le slip. Dansant en diable, pas follement original mais suffisamment pour qu'on ne s'ennuie pas, ce jeune groupe est une découverte sympa et un groupe de scène entrainant.

les Inrocks nous ont réservé une surprise de classe, Kennedy, dans un rôle de rapeur old school qui n'a pas besoin de bretelles pour tenir son pantalon. Pendant le changement de plateau, il arrive micro en main devant le rideau de scène, se vautre en diva disco, descend dans le public, avec une maîtrise et un charisme bluffants. Son rap ultra funk venu tout droit des années 80 (encore) posé sur une bande son est diablement efficace. C'est d'autant plus classe de sa part que ce qu'il fait en disque est très différent, une funk-pop très Californie, pour dire vite un Jamiroquai plus funky et avant qu'il ne se répète (découvrez son I know karate). Classe!

La qualité de la sélection élève la barre peu à peu, on se demande si la sensation de l'été, Bonde do Role, va mériter sa réputation. Ca trio brésilien est ce qui s'exporte de mieux en baile funk (pour dire vite, chant rap en espagnol ou comme ici en portuguais, sur une rythmique funk assez basique). Les paroles sont ineptes, je suis ravi de ne pas les comprendre, le groupe se donne à fond, s'amuse comme des fous, c'est la déconne totale et en effet c'est vraiment difficile de se retenir de danser. Idéal pour la scène, je n'en écouterais qu'à dose homéopathique (vous connaissez déjà Solta o frango, qui illustre une pub Nokia). 

happy-mondays.jpg Nous voilà donc bien chauds pour accueillir les Happy Mondays. On se demande à les voir s'il y a un jour de la semaine, n'importe lequel, où ils sont encore happy. Sur les photos, je m'aperçois que les musiciens ont plutôt l'air de prendre du plaisir, et c'est vrai que la chanteuse (avec une bonne voix soul) assure bien. Mais quelle molesse, quelle tristesse se dégage de ce concert. Pas d'énergie, et lorsque Shaun Ryder ne chante pas un gobelet à la main, c'est qu'il débute l'hymne 80s Halleluja carrément assis. Bez, lui, fait du Bez, regard mi-halluciné mi-agressif, arpentant la scène en sautillant et prenant le public à partie. Même les stage-divers tombent de scène au ralenti, comme pour évite de faire bobo aux mimimes du public. Public à la hauteur, lui, qui diffuse une énergie féroce à des Happy mondays incapables d'en faire usage. Le public bouge, bouge, chante, saute, mais sur scène il ne se passe toujours rien. D'ailleurs la Cigale (1400 places) n'est pleine qu'aux deux-tiers. Vivement dimanche...


Acte 2. Samedi. intérieur -crépuscule. La Cigale (quelle surprise)

A peine le temps d'enlever ma panoplie de super-héros (celle que j'enfile pour rédiger ces innénarables billets que vous lisez actuellement), et me voilà dans la rue des Martyrs, où je tombe nez à nez avec Helluvah, qui vient de publier son premier single (disponibles chez les disquaires et sur itunes). Après cette chouette surprise nous voilà avec Arnaud dans une Cigale déjà bondée où Cajun dance party et Yelle ont déjà terminé leurs sets, tandis qu'au bar Katerine commence une bière. Quel timing !

La surprise du soir est un français, Sing Sing, seul à la guitare. J'ai pas trop accroché, mais il est peut-être victime d'avoir été programmé entre 2 artistes débordants d'énergie là où lui est un songwriter. J'accroche bof.

Nous entrons dans la salle pour assister à une bonne partie du concert de Jack Peñate, un canadien comme son nom ne l'indique que sous LSD. Bonne énergie, bonne pop, des morceaux qui, comme l'annonçaient les Inrocks, rappellent parfois les Housemartins, bref, plutôt du bon. Sauf que, étant situés sur la coursive du bas, nous avons un son écrasé et brouillon. Ce sera la constante du festival, malgré un léger mieux le dimanche. Après de longs débats avec Rififi nous incriminons conjointement les ingés son (qui poussent les basses et négligent la répartition du son entre les jeux d'enceintes) et l'installation (peu précise et trop grave). Vous allez me dire que moins je paie et plus je me plains, mais la vérité c'est que sur le son des concerts je finis par devenir tatillon.

go-team-copie-1.jpgEn tout cas nous voilà dans l'ambiance, festive, et à peine de le temps de refaire le plein de bière que the Go! team débarque dans une salle comble. The Go! team fait partie de ces groupes hybrides, qui mélangent rock et hip-hop avec naturel alors qu'il y a encore 10 ans ces publics respectifs étaient totalement incompatibles. Il faut dire qu'ils y mettent un allant et une bonne humeur déconcertants. Ca bouge de partout et lorsqu'on s'arrête on transpire rien qu'à voir la chanteuse lead sauter partout. J'écris "lead" parce que d'autres chantent, et parce qu'elle prend parfois la batterie.
L'une des batteries, pour être précis, car c'est une des marques de fabrique du groupe d'en avoir 2. Autant dire que ça fout un sacré bordelito. Encore plus que bonde do role, et avec des morceaux plus aboutis et plus riches. Un bon groupe de scène, et sans doute intéressant sur disque (sans compter leur univers visuel très riche). A cause de leur mélange ethnique (une noire, des blancs, des asiatiques) et de leur style musical, j'ai cru à un groupe new yorkais. Encore un préjugé, cette troupe sautillante vient d'Angleterre, qui n'est pas en rupture de stock côté surprises.

Lorsqu'ils plient bagages, se pose une question cruciale. Comment allons-nous trouver suffisamment d'énergie pour participer dignement au concert final, celui de the Gossip?
Je vous ai raconté ici combien ce groupe est une vraie tuerie sur scène. Dans une salle 4 fois plus grande que le Nouveau Casino où ils nous ont totalement estomaqués, ils arrivent ici devant un public chauffé à blanc. Et ils sont plus brillants que jamais! Hannah Billie toujours aussi juste, fine et puissante à la fois. Beth Ditto flamboyante et, pour une fois, habillée jusqu'à la dernière note. Elle régalera tout de même les premiers rangs, toujours avide d'un contact direct avec le public. Elle accueille à bras ouverts ceux qui s'incrustent sur scène, touche les premiers rangs, rend les bises qu'on lui fait, toujours en donnant le maximum de sa voix extraordinaire, l'une des plus magnifiques du rock actuel.
gossip-inrocks.jpgElle passe même de longues minutes dans la fosse à chanter parmi le public, tenant les uns par l'épaule, laissant les autres lui prendre la taille, dans une communion sincère, presque extatique, qui fait d'elle beaucoup plus qu'une performeuse aux yeux de ses fans.
Mais Brace Paine mérite lui aussi un hommage particulier. Quel guitariste, quel performer ! A la fois punk et funky, il a des riffs assassins qui vous propulsent instantanément à 4 mètres de haut en tirant à deux mains sur vos cordes vocales (je vous la fais sobre). Mieux, il innove cette fois-ci en débutant le concert avec un effet inédit, qui donne à sa guitare des sonorités de synthé à la Moroder. Planant. Et quelle maestria pour passer de l'intro de What's love's got to do with it enchainée dans listen up. The Gossip est bel et bien l'un des tout plus grands groupes de rock actuel, en disque et sur scène. Autant dire qu'en quittant la Cigale on a tous des airs ahuris, heureux, éprouvés, contents.


Acte 3. Dimanche. intérieur -crépuscule. La Cigale (running gag)

Encore 6 artistes ce soir, et pour une fois j'ai pensé (sagesse, sagesse) à prendre mes bouchons d'oreilles. Ca commence avec une ambiance rétro-pop, Marit Bergman et son groupe (6 musiciens) nous donnent une bonne entrée en matière. Une ambiance de troupe, Marit Bergman a de la présence, ses chansons pop un peu 60s pourraient voisiner celles de Candie Payne, et leur plaisir est communicatif.

elvis-perkins-copie-1.jpg Mais ce n'est rien en comparaison de ce qui nous attend. Elvis Perkins arrive seul à la guitare, et déjà il en impose. J'étais réticent au début, j'ai souçopnné qu'on parlait de lui "à cause de qui vous savez", mais il est surtout extrèmement talentueux. Et bien entouré. Son folk-rock habité et festif à la fois est admirablement servi par 3 musiciens, dont un percussionniste (et clarinetiste) qui nous charme par ses bondissements et l'air concentré avec lequel il donne du marteau sur sa grosse caisse avec entrain.
L'ambiance reste parfaite et nos sourires rivés aux lèvres, lorsqu'arrive un chanteur que je n'ai pas réussi à reconnaître. Honte à moi et merci à Rififi, c'est bien Gaetan Roussel de Louise Attaque et Tarmac. Joli final et bien bel artiste que je vous souhaite de voir en concert.

Je n'ai pas encore trouvé le nom de la frèle chanteuse solo qui fit une avant-scène pendant un changement de plateau (pardon à elle).  La tache est rude surtout que le public attend ces moments pour souffler, et je ne fais pas exception.

los-campesinos.jpg J'avais donc pris ma place après avoir découvert des clips de Los Campesinos. La musique est différente du Go! team, mais on peut utiliser certains qualificatifs en commun. Parce que c'est une troupe de multi-instrumentistes, qu'ils mélangent les genres, qu'ils ont la pêche et se prennent pas au sérieux...

Ce septet gallois, totalement foutraque, donne moins bien sur scène, même avec une acoustique meilleure je ne suis pas certain qu'ils maitrisent suffisamment leur mise en place pour y donner le maximum. Mais on passe un très bon moment. Ils ont l'air de ne pas avoir atteint les 20 ans et sont bien sympathique. Ca me fait un peu penser à une troupe de potes qui écouterait pas mal Deer hoof.

Du coup, comme toujours dans ces festivals pléthoriques, je n'attendais plus rien de spécial.

En particulier, rien de The Noisettes dont je ne connaissais que le nom et l'origine zimbawéenne de la chanteuse. Quel PIED !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Holy shit, comme disent les teletubbies, ça c'est un groupe de scène!
noisettes.jpg
Je préfère éviter les comparaison qui pourraient être trompeuses, mais ce concert a été énormissime et c'est, à l'évidence, l'autre grand concert de ces 3 soirées. Je ne suis pas encore convaincu que ce rock-punk fébrile passe bien sur disque, ça manque un peu de riffs définitifs, de mélodies entêtantes, brefs de morceaux phares.

Mais quel groupe de scène, wow la vache. Mes photos ne donnent qu'un maigre aperçu de Tornade (ce n'est pas son nom*), échappée des X-Men pour mener les Noisettes.

Splendide, altière, rehaussée d'une coiffe grandiose, elle habite la scène en cheffe et fais de nous ses sujets consentants. Sautant partout, pieds nus, elle se joint à nous pendant 5 bonnes minutes, fendant le public sur une dizaine de mètres, grimpe sur le dos d'un gars, puis poursuit le concert au même rythme infernal qui nous laisse vidés mais des étoiles plein les mirettes.

Reste le final, un groupe que je découvre et dont je n'attends rien, un de plus. Mais c'est la tête d'affiche de la soirée alors après le show fabuleux des Noisettes je m'attends à une explosion.
Rappliquent alors Editors (sans "the" devant), un de ces groupes du retour new wave, ce qui devrait donc me séduire. Ils font tout bien, ils ont un son bien en place, des mélodies qui coulent, ils rappellent à la fois Joy division et New Order, en plus ils sont pas mal gaulés, alors en théorie disons qu'ils ont tout. Tout sauf l'originalité.
editors.jpgTout sauf la petite étincelle qui me ferait adhérer, rentrer dedans, me sentir dans leur musique plutôt qu'avoir le sentiment d'assister à un concert de U2, insipide mais porté par un public en délire (l'afflux brutal du public vers la scène nous a fait reculer de plus de 5 mètres). A vrai dire on s'est un poil fait chier, ce que j'ai plutôt du mal à comprendre vu qu'a priori ils ont tous les ingrédients pour me plaire (si on laisse de côté les poses ridicules du chanteur qui se prend pour Dave Gahan tout en tirant sur ses cheveux gominés). Je suis pas dans le trip.
Ces 4 jours de folie se terminent donc sur une incompréhension, mais j'ai tellement engrangé de bon dans les oreilles et les mirettes que c'est le dernier de mes soucis.


Plaignez-moi, je remets le couvert vendredi au Grand Rex pour voir l'incomparable PJ Harvey. Plaignez-moi, quelqu'un ou quelque chose finira bien par vous le rendre.

* : elle s'appelle Shingai Shoniwa.
Mes photos du festival sont là. Yeah !

Publié dans concerts

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arbobo 16/11/2007 11:12

excellent thom ;o)mark E smith a toujours été imbuvable, même avant de s'apercevoir que son génie n'était pas reconnu à sa juste valeur. en même temps aucun de ses disques n'a procuré autant de bonheur à une génération que ceux des happy à l'époque.Je les ai découverts sensiblement en même temps.

Thom 16/11/2007 10:11

RecticatifPlus haut, j'ai écrit :Happy Mondays, ça fait combien d'années que je n'ai pas lu un truc sur eux que je n'ai pas écrit moi-même ?Toutes mes excuses à Mark E.Smith, qui taillait cette reformation "grotesque" et "molle du bulbe" dans une interview récente :-)

Djac Baweur 15/11/2007 18:38

"Holy shit, comme disent les teletubbies"

Diantre, arbobo tient une de ses patates !
:o)

arbobo 14/11/2007 22:29

j'étais pas très concentré, lyle, à vrai dire.besoin de souffler un peu :-)

lyle 14/11/2007 22:02

Y avait pas grand chose pour moi cette année, à part Los Camp! et peut-être the Gossip...Je vois que le son de la Cigale est toujours aussi merveilleux. Très curieux de voir ce qu'a pu donné Sing Sing dans une salle pareille : je viens de faire un billet sur son EP...