Naphtaline

Publié le par arbobo

Je suis en train d'écouter pour la 300e fois Smile, des Beach boys.

Cet album n'était jamais sorti à l'époque, empêtré qu'était le groupe dans sa gestion des problèmes personnels, la drogue, et le mélange dépression/folie de son leader-inspirateur-songwriter Brian Wilson. Il est finalement paru en 2004. Réenregistré comme à l'époque, et sorti sous le seul nom de son compositeur, qui laisse éclater tout son génie.
C'est un chef d'oeuvre. J'emploie rarement le mot, mais c'est à l'évidence un chef d'oeuvre. Seul un single était sorti à l'époque, avant le naufrage. Et pas n'importe lequel : Good Vibrations, avec Heroes and Vilains.

Brian Wilson sort de temps en temps un disque solo. Il a été hospitalisé et soigné très très longtemps, et son album de 1988 porte, malheureusement, plus la marque de son psychiatre qui s'est pris pour Pygmalion et s'est piqué de devenir producteur. Un morceau surnage, one for the boys, un a capella dont les harmonies rappellent la magie des plus grandes heures de Wilson, et notamment... Smile.
Smile est un petit miracle et une source d'étonnement, Brian Wilson l'a composé au moment où il allait le plus mal, souffrant comme jamais, suicidaire, et il est enfin paru lorsqu'il en a eu fini avec ses démons. Qu'un disque aussi clair, optimiste, énergique au sens très californien du terme, bref la parfaite illustration de son titre, ait pu être composé par un dépressif en proie à une maladie mentale, est surprenant. Ce disque était devenu une légende, on avait cessé de l'attendre, on avait même fini d'espérer tirer quelque chose des bandes de l'époque. Offrez-vous ce disque, vous ne le regretterez pas. Il est difficile de l'écouter sans être ému.

Un peu comme les hommes politiques en France, qui datent à peu près tous de la 3e république, en pop et en rock les années 60 ne nous ont jamais quitté. Mais sous 2 formes très différentes.

D'un côté on a les installés, qui malgré des périodes plus creuses continuent à faire partie du paysage, les Rolling Stones, David Bowie, ou notre Johnny national qui reste imperturbablement l'un des tous plus gros vendeurs de disques en France (ben oui "national", les Belges n'ont pas voulu de lui, finalement). Bob Dylan aussi est toujours dans la course, et Lou Reed même s'il se fait discret en ce moment.

Pourtant, certains artistes de la même période sont toujours présentés comme des revenants, des antiquités. C'est le cas de Ray Davies, dont beaucoup ignorent le nom mais qui est pourtant dans toutes les oreilles, puisque comme leader des Kinks vous connaissez forcément ses You really got me ou All day and all the night, ou son increvable et irrévérencieux Lola (portrait d'un travesti). Par un mystère jamais résolu, Ray Davies a été infoutu de sortir des albums olo mieux que "correct", alors qu'il y a 35 ans, lorsqu'il écrivait lui-même tous les morceaux de son groupe, il était considéré à juste titre comme l'égal de Brian Wilson ou de Lennon-McCartney. Tous les bouquins et tous les témoignages l'attestent.

Il y a 1 mois ou 2 est sorti le nouvel album de Scott Walker. Scott Walker, pareil, chaque fois on s'extasie dans la presse spécialisée sur son "retour". En fait de retour, c'est simplement qu'il met beaucoup de temps entre 2 disques. Scott Walker faisait des pop sirupeuses et a récolté des succès monumentaux avec les Walker Brothers. En passant au solo, il s'est taillé une place de choix dans le rock'n'roll hall of fame, et pas un critique qui ne célèbre ses disques à commencer par Scott 4 (plusieurs de ses disques ne portent qu'un chiffre comme titre). Les chansons de Scott, à sa grande époque solo, forçaient l'admiration par leur atmosphère très personnelle, et par un sens aigu de l'orchestration. En traduction simultanée, ça signifie qu'il ne pouvait s'empêcher de donner un coté pompier et grandiloquent à ses morceaux. Mais qu'ils retaient beaux tout de même. Deux  titres me viennent à l'esprit, Montaigu terrace, ballade un peu triste, très douce et prenante, et the old man's back again, portrait tonitruant mais émouvant "dédicacé au régime néo-stalinien".
Scott Walker c'est d'abord un timbre de voix fabuleux, qui a dû lui valoir pas mal de déclarations indécentes. C'est aussi un amoureux inconditionnel des chanson de Brel. Il en a repris plusieurs, réunies ensuite sur un disque sobrement intitulé Scott Walker sings Jacques Brel. Reprendre Amsterdam semble devenu un classique chez les chanteurs anglophones à voix. Bowie en a fait une reprise, et aussi un de ses copmatriotes plus obscur, Craig Davies. A vrai dire je trouve qu'aucune des 3 ne mérite d'être comparée à l'original (et pourtant je ne suis pas fan de Brel, c'est dire).

Alors voilà la leçon du jour. Quel que soit le rythme auquel vous sortez des disques, si vous êtes constamment sur le devant de la scène vous "durez", mais si on ne parle de vous que de temps en temps et qu'on vous oublie entre 2 albums, vous êtes à chaque fois un "revenant". Je crois qu'aucun critique rock n'échappe à cette règle. Attendez le prochain album bien médiatisé de Paul Simon oui de Robert Plant, vous verrez.

Publié dans arbobo

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arbobo 08/08/2006 14:27

je ne croyais pas si bien dire,
puisque justement Paul Simon sort un nouveau disque, surprise, accueilli très chaleureusement par la presse et que je n'ai pas encore écouté.
enfin, je suis un peu sévère, cassavetti fait de lui un protrait intéressant et pas cliché : http://www.telerama.fr/musique/M0607171116234.html
mais ne soyez pas étonnés si vous lisez dans la presse généraliste qu'il avait "disparu" ou qu'il est resté "discret" depuis x années.